Culture

Quand Johnny Hallyday faisait censurer une chanson sur sa mort

Boris Bastide, mis à jour le 06.12.2017 à 4 h 50

En 2009, un morceau des Fatals Picards s'interrogeait sur ce qui se passerait le jour de la mort du plus célèbre rockeur français qui s'est éteint dans la nuit de mardi à mercredi. Elle ne fut pas du goût de Johnny.

«Tu étais pour nous, le dernier indien
Le Jean Michel Jarre, du rêve américain
Tu étais le blues, de Bruxelles à Menphis
L'ultime samouraï, de la route 66»

Ce mercredi 6 décembre 2017, la rengaine risque de connaître une deuxième vie avec la disparition à 74 ans de Johnny Hallyday des suites d'un cancer du poumon. Pourtant, le rockeur a tout fait pour que le morceau des Fatals Picards, «Le Jour de la mort de Johnny», ne trouve jamais son public.

Pas de chance pour le jeune groupe de rock français, il partage alors la même maison de disque que l'ex-«idole des jeunes»: Warner. Début 2009, à quelques semaines de la sortie de leur nouvel album Le Sens de la gravité, les Fatals Picards mettent donc en ligne sur leur site et sur leur page MySpace le clip du morceau en expliquant qu'il leur a été exigé qu'il ne figure pas sur le disque. Warner avait demandé son avis à Johnny qui n'avait semble-t-il pas apprécié l'hommage.

Problème, le buzz naissant entourant le morceau et sa mort à venir ne fait pas plus plaisir à l'intéressé. Warner exige donc que le groupe retire le clip de son site et de sa page MySpace. Les Fatals Picards s'exécutent et leur management publie une longue lettre d'explication dans laquelle il s'excuse «auprès de Johnny Hallyday et de son entourage pour cette "mauvaise" communication»: 

«Cela étant, pour couper court à certaines rumeurs, la chanson ne "souhaite" pas la mort de "l'idole des jeunes", et ne cherche en aucun cas à nuire à la personne de Johnny Hallyday, peut-on y lire. Au contraire, il s'agit d'un hommage à "l'icône" ou au "mythe" Johnny Hallyday, mais en restant sur le mode humoristique qui fait la marque de fabrique des Fatals Picards. Il était tentant de nous interroger avec humour sur la nature des manifestations qui auront lieu ce jour-là - jour que nous espérons sincèrement le plus lointain possible– et d’imaginer les éventuels débordements qui ne manqueront pas d’entourer un tel évènement. ​​​​​»

Le texte de la chanson égratine surtout gentiment les exils fiscaux de la star en Belgique et en Suisse.

Fin de l'histoire? Non, les Fatals Picards n'avaient nullement renoncé à leur chanson. «Ne souhaitant pas la voir disparaitre dans l'oubli, nous pensions donc la proposer au public en live», précise le mot d'excuse du management ajoutant avec lucidité que leurs prestations scéniques seraient sans doute filmées par le public et que donc le morceau existerait de fait sur internet. Et ça Johnny Hallyday et Warner ne pouvaient rien faire pour l'en empêcher. C'est ainsi que le titre a pu être écouté en ligne pendant ces sept dernières années jusqu'à devenir ce mercredi une triste réalité. À voir maintenant comment l'hommage humoristique sera pris et pour quelle postérité.

Boris Bastide
Boris Bastide (106 articles)
Éditeur à Slate.fr
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