Sciences

Interdire les paillettes? Ce monde part vraiment en vrille

Temps de lecture : 3 min

L’interdiction mondiale des paillettes est peut-être une bonne idée, mais elle ne résoudra rien.

Love in glitter | Shanna Waller via Flickr CC License by
Love in glitter | Shanna Waller via Flickr CC License by

Je vais être franche: je ne suis pas une fan de paillettes, également connues sous le nom de déchets portables ou de truc dont seuls les riches qui n’ont pas besoin de nettoyer derrière eux peuvent réellement profiter. À la fois omniprésentes et agaçantes, elles sont un outil marketing médiocre et une forme de protestation qu'on peut sans doute considérer comme datée.

Mais quand même. La proposition d’interdiction mondiale des paillettes est en train de partir en vrille.

Un peu de contexte: le 16 novembre dernier, Trisia Farrelly, conférencière experte du plastique à la Massey University en Nouvelle-Zélande, a expliqué au journal britannique The Independent que les paillettes n’étaient pas seulement un polluant tape-à-l’œil mais constituaient aussi une grave menace pour l’environnement: «Je crois que toutes les formes de paillettes devraient être interdites, parce c’est du microplastique

Inexplicablement, deux semaines plus tard, des médias américains, dont le New York Times qui n’est décidément pas du genre à se laisser jeter de la poudre pailletée aux yeux, se sont mis à reproduire la déclaration de Farrelly et à l’utiliser comme base d’articles entiers surmontés de titres tel que «Des scientifiques tentent d'imposer une interdiction mondiale des paillettes» (celle-ci on la doit au New York Daily News). Cette interdiction théorique a rapidement gagné du terrain parmi les critiques de Kesha et les puristes des travaux manuels. Au beau milieu d’une semaine encore marquée par la violence, l’imminente interdiction des paillettes semblait être le sujet de discussion idoine –quel que soit le camp de chacun.

Un début de règlementation

La justification scientifique d’une interdiction de tout ce qui brille est tout aussi simple: le microplastique, catégorie à laquelle les paillettes appartiennent selon Farrelly, désigne des particules de plastique au diamètre inférieur à 5 millimètres. Le microplastique peut se former à partir de la dégradation de plus gros fragments, mais il est souvent fabriqué tel quel. Les microbilles, autrefois très utilisées dans les exfoliants et autres produits pour la toilette et les cosmétiques, sont un type de microplastique. Quand ces petits machins finissent dans l’océan ou des cours d’eau –des millions de kilos y échouent chaque année–, ils peuvent être ingérés par des poissons et d’autres formes de vie marine et provoquer des obstructions, des mutations et des blessures.

Le public a commencé, ces dernières années, à prendre conscience des problèmes posés par le microplastique. En 2015, les États-Unis ont interdit la production de cosmétiques contenant des microbilles. De nombreux pays, dont le Royaume-Uni et le pays natal de Farrelly, la Nouvelle-Zélande, ont pris le même genre d’initiative pour endiguer cette déferlante de microplastique.

Pourtant, déplore Farrelly, de nombreux autres facteurs qui contribuent au fléau du microplastique ne sont toujours pas règlementés. C’est aussi pour cela qu’elle veut que les paillettes soient également interdites dans les magasins Sephora et ceux de matériel pour travaux manuels.

Quelles alternatives?

Comme le souligne The Independent, certains fabricants de cosmétiques et d’arts créatifs ont déjà remplacé les paillettes traditionnelles par des alternatives plus biodégradables, même si l’authenticité des revendications de ces sociétés n’est pas totalement claire. Mais apparemment, il y a une volonté d’aller encore un peu plus loin avec une interdiction mondiale.

Le problème est que si les microbilles et les paillettes sont une menace indéniable, elles ne forment qu’une partie infinitésimale de l’énorme problème du plastique. Le plastique qui se fragmente, dont on pense qu’il est la principale source de pollution plastique des océans, est à la fois un phénomène complexe et aux sources multiples. Toute forme de plastique –des briques de lait jetées n'importe où aux saletés de sacs en plastiques qui s'envolent– peut être transformée par le soleil brûlant, le mouvement des vagues et le temps en une soupe de microplastique meurtrière pour les poissons.

Alors d’accord, allez, interdisons les paillettes. Mais que personne ne se berce de l’illusion que faire la guerre aux paillettes va réellement sauver les océans. La fin du monde semble toute proche. Autant que ça brille.

Eleanor Cummins Journaliste

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