Culture

Laissez Woody Allen tranquille!

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 04.12.2017 à 11 h 46

[BLOG] Depuis quelque temps déjà, on voudrait faire passer le cinéaste pour un pédophilie patenté. Il est peut-être temps de rappeler que jusqu'à preuve du contraire, il n'est coupable de rien.

Woody Allen en juin 2017 I KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Woody Allen en juin 2017 I KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Depuis quelque temps, et encore plus depuis l'affaire Weinstein et les révélations qui s'en sont suivies, je sens monter ici et là comme une envie furieuse d'épingler Woody Allen et de le présenter comme un abominable prédateur sexuel dont il faudrait bannir à vie les multiples œuvres cinématographiques.

On subodore, on suppute, on murmure, on menace, on pointe du doigt, on affirme, on juge, on prend parti, on condamne sans états d'âme: le temps est venu de se débarrasser de ce pervers patenté.

Cessez Ô frères humains de louer le génie d'un homme coupable non seulement d'avoir séduit avant de l'épouser la fille adoptive de sa compagne, la dénommée Soon-Yi avec laquelle il coule depuis des jours heureux, mais surtout de s'être livré à des attouchements sexuels sur sa propre fille adoptive cette fois, Dylan, alors âgée de 7 ans –on adopte beaucoup chez les Farrow-Allen, près de onze pour la seule Mia, ce qui n'est pas pour clarifier une affaire déjà hautement compliquée!

Comme tout un chacun, à part les intéressés, j'ignore le degré de vérité de cette scabreuse accusation.

La fille, Dylan, affirme avec force détails la réalité des attouchements, le père (Woody) clame son innocence et voit dans cette charge la mainmise de son ancienne compagne (Mia) qui se vengerait par procuration d'avoir été abandonnée pour sa fille adoptive (Soon).

Et quand on sait que c'est le propre fils de Woody Allen et de Mia Farrow, Ronan, celui-là pas adopté même si sa mère a suggéré dernièrement que son père biologique était non pas Woody Allen mais Frank Sinatra, son premier mari qu'elle aurait continué à fréquenter après son divorce –vous me suivez?– qui se trouve être à l'origine de l'enquête dans le New York Times sur Harvey Weinstein...

On peut difficilement faire plus glauque, plus tarabiscoté, mais dans ce genre d'affaires où se mêlent et s’enchevêtrent affects, jalousies, rancœurs, postures familiales diverses et variées, positionnements claniques, une seule chose prévaut: l'action et l'avis de la justice, en l'occurrence, la décision de ne pas poursuivre Woody Allen, décision qui pour autant laisse intacte les zones d'ombre, et ne parvient à éradiquer tout à fait les soupçons portant sur le cinéaste new-yorkais.

D'où cette atmosphère malsaine et quelque peu délétère qui désormais entoure la sortie de chaque nouveau film de Woody Allen, le dernier qui sortira en France en janvier n'échappant pas à la règle.

Reste aux admirateurs fervents du cinéaste, dont je suis, de se positionner face à ces révélations et autres accusations.

Force est de constater que pour celui qui voue une admiration sans borne au cinéaste, il n'est guère aisé de se le représenter comme un pédophile, tant son aura, son prestige, la qualité de la plupart de ses films, l’éminence de son humour, cette façon unique de porter à l'écran ses névroses, sa fantaisie, sa drôlerie, provoqueront chez lui comme un réflexe d'auto-défense qui lui interdira d'accorder quelques crédits à ces allégations.

Pour le dire autrement, il me coûterait que Woody Allen soit celui qu'une certaine presse présente. Je le ressentirais comme une offense personnelle qui provoquerait chez moi désolation, amertume, rage, rancœur, incrédulité.

Ceci posé, comme dans d'autres affaires qui ont éclaté ces derniers temps, je me suis fixé une ligne de conduite à laquelle je ne dérogerai pas, aussi scandaleuse que cette prise de position puisse apparaître à certains et certaines et qui tient en quelques mots: il appartient à la seule justice, la justice des hommes, la justice des tribunaux, la justice de la République, de dire la loi.

Ce n'est ni le rôle de l'opinion publique, ni celui des agitateurs d'opinion et encore moins celui de membres d'une association, quelle que soit la justesse de la cause défendue.

Cette règle ne peut souffrir d'exceptions tant elle demeure jusqu'à ce jour l'un des piliers intangibles de notre société, l'un de ses fondements les plus sacrés qui veut que non seulement le doute doit toujours profiter à l'accusé mais que de surcroît, il vaut mieux préférer un coupable en liberté qu'un innocent en prison.

Et je sais que si l'on renonce à cette règle, si on commence à la remettre en question, à l'ébrécher même de quelques simples égratignures, on rentre alors dans le règne de l'arbitraire où ce n'est plus la raison qui prévaut, mais la seule émotion annonciatrice d'une société du soupçon.

Quand il n'existe plus d'innocents mais seulement des coupables...

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (139 articles)
romancier
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