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Les descendants de personnes exposées très jeunes à la guerre sont davantage sujets à des troubles psychologiques

Repéré par Camille Jourdan, mis à jour le 03.12.2017 à 12 h 20

Repéré sur Journal of the American Medical Association, Los Angeles Times

Les conflits vécus durant l'enfance ont des conséquences sur plusieurs générations.

Des enfants irakiens dans les rues d'un quartier de Mossoul, le 12 mars 2017 | ARIS MESSINIS / AFP

Des enfants irakiens dans les rues d'un quartier de Mossoul, le 12 mars 2017 | ARIS MESSINIS / AFP

La guerre marque profondément les personnes qui la vivent, c'est une évidence. Y être exposé lorsque l'on est enfant laisse des traces jusque dans l'âge adulte. Et selon une nouvelle étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), les descendants de ces enfants qui ont vécu la guerre seraient eux aussi plus propices à développer des troubles psychologiques.

Cette étude s'intéressent plus particulièrement aux Finnois séparés de leurs familles après la Seconde guerre mondiale, souvent placés dans des familles d'accueil en Suisse, parfois pendant plusieurs années. Selon les observations des trois chercheurs, les femmes qui ont vécu cette situation difficile ont été, une fois adultes, davantage sujettes à des troubles psychologiques: elles ont été hospitalisées pour des «troubles de l'humeur» bien plus souvent que leurs pairs restés en Finlande.

Mais ce qui paraît plus étonnant est que, même une fois rentrées chez elles, elles semblent avoir transmis ces désordres psychologiques à leurs propres filles; ces dernières ont elles aussi fait au moins deux fois plus de séjours à l'hôpital pour des raisons psychologiques que leurs cousins dont les mères n'avaient pas été évacuées enfants. Des études plus anciennes avaient déjà montré les conséquences intergénérationnelles de l'Holocauste ou encore de la famine au Danemark de 1944 et 1945, rappelle le Los Angeles Times.

Selon cette étude, seules les femmes semblent victimes de ces situations de conflits à travers les générations, observent les chercheurs, sans y trouver une réelle explication. Katie Ehrlich, psychologue interrogée par le Los Angeles Times, émet certaines hypothèses sur cette différence:

«Cel peut refléter le simple fait que les femmes sont en général plus sujettes aux troubles de l'humeur que les hommes, peut-être en raison d'un mécanisme biologique inconnu qui protégerait les garçons de certains types de stress. Cela laisse également supposer qu'à un certain âge, les filles sont peut-être plus sensibles à la dépression maternelle, ou à des relations perturbées, que les garçons.»

Cette question est l'une des nombreuses que soulève cette étude. Les chercheurs se demandent notamment si ces conséquences varient selon l'âge auquel l'enfant est confronté à de telles situations, ou selon la durée durant laquelle il endure ces souffrances. L'interrogation sous-jacente est la suivante: sur combien de générations et avec quelle intensité se transmettra le stress des enfants actuellement confrontés à la famine, aux conflits ou à la persécution? Ils étaient plus de 30 millions fin 2016, estime le Haut Commissariat aux Réfugiés. Et il fait peu de doutes que eux aussi transmettront à leurs enfants un héritage incluant des troubles psychologiques.

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