Sports

Le groupe de la France au Mondial est-il (vraiment) une chance?

Pierre Rondeau, mis à jour le 02.12.2017 à 14 h 07

Ne pêchons pas par excès de confiance. Nos adversaires sont peut-être plus rudes qu'on ne le croit.

Un ticket pour les huitièmes de finale? Pas si sûr. | Mladen Antonov / AFP

Un ticket pour les huitièmes de finale? Pas si sûr. | Mladen Antonov / AFP

Vendredi 1er décembre, à Moscou, ont eu lieu les tirages au sort de la prochaine Coupe du monde de football. Les anciennes stars du ballon rond, Maradona, Laurent Blanc, Carlos Puyol, Diego Forlan, Cafu et Fabio Cannavaro ont eu la charge de constituer les 8 groupes du mondial, avec plus ou moins de chance pour les 32 nations participantes.

La France, par exemple, aurait été particulièrement vernie avec son tirage la mettant dans le groupe de l'Australie, du Pérou et du Danemark. C'est en tout cas ce qui se dégageait dans les commentaires de la plupart des observateurs présents. Sitôt le tirage terminé, le sélectionneur Didier Deschamps affirmait que cela «aurait pu être pire»; les bleus auraient pu affronter, dès les phases de poule, des adversaires plus difficiles, comme l'Espagne, la Suède, le Japon ou la Serbie.

Même son de cloche du côté de Noël Le Graet, président de la Fédération Française de Football«C'est un tirage au sort qui devrait nous permettre d'avancer dans la compétition», et pour l'ancien sélectionneur Raymond Domenech, «ce tirage au sort est une aubaine pour l'équipe de France».

Sur les réseaux sociaux, sur les plateaux télé, tout le monde évoquait une France particulièrement chanceuse avec son groupe «facile et abordable», «l'une des favorites de la compétition», qui devrait «aller très loin lors de cette Coupe du monde».

Trop de confiance...

Mais comment expliquer cet excès de confiance? Ne faudrait-il pas jeter un coup d'oeil dans le rétro? En 2002, nous tombions face au Sénégal, à l'Uruguay et au Danemark. En 2010, face à l'Uruguay, l'Afrique du Sud et au Mexique. La presse avait déjà souligné notre chance au tirage. Pour le résultat que l'on sait: une élimination dès le premier tour. À l'inverse, à l'Euro 2000, nous tombions dans le groupe de la mort, avec les Pays-Bas, la République Tchèque et le Danemark. Un coup de malchance quie ne nous avait pas empêchés de finir vainqueurs.

Le principal argument des commentateurs les plus optimistes pour ce Mondial 2018: tous nos prochains adversaires, l'Australie, le Pérou et le Danemark, ont été barragistes. Ils ont dû passer par un tour supplémentaire pour réussir à se qualifier. Ce qui ferait d'eux, finalement, des opposants de second rang. Avec une réputation relative. L'Australie, le Pérou ou le Danemark ne sont pas des équipes mythiques, prestigieuses, historiques. Le Pérou n'a plus participé à une phase finale de coupe du monde depuis 1982, l'Australie n'est qu'un nain dans la mythologie du football et le Danemark, après son titre européen surprise de 1992, n'a jamais réussi à renouveler ce succès.

Aurions-nous dit la même chose si l'Italie avait réussi à se qualifier et s'était retrouvée dans notre groupe? Une situation de barragiste pour un historique de la compétition, dur à évaluer.

Un groupe plus difficile qu'on le croit

En regardant un peu plus en détail et en faisant fi de la réputation et du passif récents des équipes, on ne peut que s'inquiéter. La France a beau avoir battu, il y a 2 ans, les Australiens par 6 buts à zéro, la dernière fois qu'elle a affronté les Socceroos en match officiel, c'était lors de la coupe des Confédérations de 2001 et elle avait perdu 1-0. Dernier match officiel contre le Danemark, à la coupe du Monde de 2002. Les hommes de Zidane avaient perdu 2 buts à 0. Quant au Pérou, les Bleus ne l'ont affronté qu'une seule fois, en 1982 lors d'un match amical de préparation au mondial. Résultat: défaite par un but à zéro... au Parc des Princes.

Jetons un coup d'oeil au dernier classement FIFA, mis à jour le 23 novembre 2017. Si on calcule la moyenne des places dans le classement de toutes les équipes par groupe, on constate que la France serait, statistiquement, dans le groupe de la mort. Avec une moyenne de 17,75, le groupe C, le groupe de la France, serait le groupe le plus relevé du mondial. Loin devant le groupe A, celui du pays hôte, la Russie, avec une moyenne de 45, et du groupe B, considéré par la presse comme le «groupe de la mort» avec l'Espagne et le Portugal, avec 20,25 de moyenne.

 

 

Calculons maintenant l'écart-type, qui mesure l'intensité sportive de chaque poule, la diversité des forces en présence. Un groupe avec un écart-type faible signifierait une très forte intensité compétitive, avec des niveaux sportifs très rapprochés. Inversement, un groupe avec un écart-type élevé désignerait une situation avec des différentiels sportifs très importants, où l'équilibre compétitif ne serait pas respecté, entre des équipes très fortes et des équipes très faibles. Résultat: pour la France, l'écart-type est le plus faible du Mondial, 14,22, contre une moyenne globale, parmi les 8 poules, de 19,9.

 

Groupe

Ecart-type

A

22,33

B

18,52

C

14,22

D

19,38

E

16,13

F

24,85

G

22,08

H

21,4


Dans tous les cas, ça va être dur

Le groupe des Bleus serait donc le plus relevé, le plus dur et le plus compétitif de la compétition. En tout cas, si l'on accorde crédibilité et véracité au classement FIFA. Une autre méthodologie existe, jugée beaucoup plus fidèle à la réalité: le classement ELO. Ici, les points sont accordés au prorata du positionnement précédent. Par exemple, si une sélection classée 12ème bat une sélection classée 8ème, elle empochera des points de victoire majorés par la position supérieure de son adversaire.

Chose qui n'existe pas avec le classement FIFA, qui ne pondère qu'en fonction de paliers, les nations classées entre la 1ère et la 50ème place, entre la 50ème et la 150ème, etc. Pour les économistes Bastien Drut et Richard Duhautois, auteurs de «Sciences sociales football club»«le classement ELO permet d'évaluer le niveau de performances d'une équipe relativement aux autres beaucoup plus simplement que le classement FIFA et a surtout un meilleur pouvoir prédictif».

Que se passe-t-il alors pour la France lorsqu'on ne s'intéresse qu'à ce classement ELO? Toujours la même chose, le groupe C reste le groupe de la mort, avec la moyenne la plus basse, 17,25, et l'écart-type le plus faible, 11,95. Plus faible même que celui donné par le classement FIFA, ce qui réflèterait une intensité sportive et compétitive encore plus importante.

Il ne faut donc pas crier victoire et s'imaginer déjà en huitièmes de finale. C'est encore loin d'être gagné. Si l'on prend à la fois le classement FIFA et le classement ELO, le meilleur tirage pour les Bleus aurait dû être l'Uruguay (classée à la 21ème contre la 11ème pour le Pérou), l'Égypte (31ème place contre la 12ème pour le Danemark) et l'Arabie Saoudite (63ème place contre la 39ème pour l'Australie).. 

Pierre Rondeau
Pierre Rondeau (30 articles)
Professeur d'économie à la Sports Management School
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