Monde

Oubliez votre vieux planisphère, voici la représentation à plat la plus juste de la Terre

Titiou Lecoq, mis à jour le 01.12.2017 à 11 h 12

Et si on l'adoptait?

La carte d'Hajime Narukawa

La carte d'Hajime Narukawa

Cette semaine, je n’ai pas envie de parler d’une polémique quelconque ou de rapporter les horreurs quotidiennes. En fait, cette semaine, je n’ai pas envie d’actu. Alors j’ai décidé de parler plutôt du monde. Attention, ce texte pourrait changer sérieusement et irrémédiablement votre vision de la planète.

A priori, on partage tous à peu près cette perception:
 

C’est ce qu’on appelle la projection de Mercator, du nom de Gérard Mercator, géographe des Pays-Bas. Elle date de 1569. Ce n’était pas exactement hier mais enfin me direz-vous, la Terrre n’a sans doute pas fondamentalement changé depuis le XVIsiècle. Ce qui est important, c’est le terme «projection». La Terre étant plus ou moins ronde, un à plat ne peut être qu’une projection plus ou moins fidèle. Celle de Mercator est la plus utilisée par les navigateurs (c’était le grand siècle de la navigation) parce qu’elle conserve les angles et donc elle permet de reporter sur la carte les angles mesurés au compas (vous savez quand les mecs mettent un par-dessus en hermine et font tourner un compas sur un vieux parchemin à la lueur vacillante d'une chandelle). Cette efficacité maritime explique son succès.

Un problème de distance et de surface

Le problème de la projection de Mercator, c’est qu’elle déforme les distances et les surfaces. Par exemple, l’Afrique et l’Amérique du Sud y paraissent beaucoup plus petites qu’elles ne sont. (Je ne vous fais pas tout le détail parce que c’est un peu fastidieux mais en vrai, la Russie n’est pas plus grande que l’ensemble du continent africain. Si vous voulez mieux comprendre, il y a le site The true size, vous tapez le nom d'un pays, ensuite vous pouvez le prendre et le déplacer sur le planisphère pour vous rendre compte de sa taille réelle par rapport aux autres.) Au final, on a tous grandi avec des versions plus ou moins équivalentes de cette projection. Dans nos chambres, en sous-main sur le bureau, au mur de la salle de classe, dans les livres, dans les journaux à la télé.  

Mais à quoi ressemblerait une projection plus fidèle?

À ça (attention au choc visuel):
 

Ça fait bizarre, n’est-ce pas? Ça date de 1999 (mais ça a été médiatisé à partir de 2016) et c’est le résultat du travail de Hajime Narukawa, un architecte japonais. Il a remporté plusieurs prix et sa carte est en passe d’être considérée comme la plus fidèle. Ce n’est évidemment pas parfait mais c’est ce qui s’en approche le plus pour le moment. En fait, il a repris la projection de Fuller (de 1946) qui était construite comme ça:

Les enjeux du changement climatique

 

L'idée de Hajime Narukawa était de réussir à garder les bonnes proportions de la projection de Fuller mais dans un planisphère rectangulaire. (Il explique tout ça très bien dans une conférence TED.) Pour l’authagraph comme s'appelle cette carte, Hajime Narukawa a divisé une sphère en 96 triangles, de là il a pu en faire une espèce de pyramide (un tétraède) et ensuite un rectangle –des étapes nécessaires pour conserver la plus grande précision possible dans les rapports entre les masses continentales. Vous pouvez d’ailleurs acheter le kit pour la reproduire vous-même:

(Vous pouvez aussi, si vous êtes un passionné, jouer avec en ligne.) Évidemment, on peut découper autrement pour recentrer sur l'Europe (tout en la laissant toute petite bien sûr). (Mais dans cette projection, on comprend par exemple que la Corée du Nord n'est pas à l'autre bout de la terre par rapport aux États-Unis.)

Hajime Narukawa insiste sur le fait que les changements climatiques rendent nécessaire une visualisation différente de la planète. Un des faits les plus intéressants, c’est d’inverser le rapport terre/mer. On voit un grand océan au milieu duquel surnagent des continents dont on perçoit beaucoup plus l’unité alors que dans la projection de Mercator, on a des continents distincts et entre eux un peu de flotte.

C’est particulièrement frappant sur la projection de Fuller quand on invisibilise les océans:


Évidemment, il ne faut pas trop faire circuler cette carte. Vous vous rendez compte pour des personnes déjà fragilisées dans leurs certitudes, qui croyaient il y a encore un mois que le sexisme n’existait plus, que le racisme était exceptionnel et que la langue française était immuable, pourraient basculer dans des troubles psychologiques graves: 

«Ah bah voilà! Après l’écriture inclusive, les anti-racistes féminazies ont inventé une planète inclusive et dans leur haine de la France ils en ont fait un tout petit pays riquiqui. Quand cette folie s’arrêtera-t-elle? Il existe une République, une langue, une géographie, un planisphère. En plus, dans leur nouveau truc, on dirait qu’il y a plus d’eau que de terre! Ridicule!»

Et ne leur dites surtout pas que les lycéens japonais étudient désormais cette carte...

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq. Pour vous abonner c'est ici. Pour la lire en entier:

 
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