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Tiger Woods outragé, Tiger Woods brisé, Tiger Woods martyrisé mais Tiger Woods libéré!

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.12.2017 à 10 h 08

À bientôt 42 ans, la star américaine semble moins rêver de son retour au plus haut niveau que les passionnés de golf.

Tiger Woods s'entraîne à Nassau (Bahamas) pour le Hero World Challenge, le 29 novembre 2017 | Mike Ehrmann / Getty Images / AFP.

Tiger Woods s'entraîne à Nassau (Bahamas) pour le Hero World Challenge, le 29 novembre 2017 | Mike Ehrmann / Getty Images / AFP.

Dans six mois, Tiger Woods fêtera le 10e anniversaire de sa 14e et dernière victoire dans un tournoi du Grand Chelem. Sauf si, bien sûr, il remporte le Masters en avril.

En juin 2008, au terme de son succès homérique à l’US Open en dépit d’un genou disloqué, personne n’aurait évidemment pu imaginer que le champion américain, alors âgé de 32 ans, ne gagnerait plus jamais le moindre tournoi majeur.

Celui qui était supposé ne faire qu’une bouchée du record de Jack Nicklaus, vainqueur de 18 trophées du Grand Chelem entre 1962 et 1986, en est pourtant resté là et il y a de fortes chances que son compteur reste bloqué à 14 pour l’éternité.

Retour aux affaires de l’un des plus grands champions

À quatre semaines de son 42e anniversaire, Tiger Woods est face à cette réalité au moment où il amorce… le 10e retour de sa carrière, après une interruption due à une blessure ou à un événement personnel —en réalité, il s'agit du quatrième «véritable come-back» de son aventure sportive dans le sillage d’une durée d’indisponibilité supérieure ou égale à cinq mois.

Absent du circuit professionnel depuis le 3 février 2017, il reprend les clubs, du 30 novembre au 3 décembre aux Bahamas, à l’occasion du Hero World Challenge, un tournoi rassemblant la crème de la crème qui ressemble davantage à une exhibition –avec un champ réduit de 18 joueurs seulement–, mais marque clairement le retour aux affaires de l’un des plus grands champions de l’histoire du sport.

Qu’en attendre? Rien, à vrai dire, et tout en même temps, à l’image de la cohue médiatique qui entoure cette reprise, perçue comme un événement considérable aux États-Unis. Cet engouement existait déjà un an plus tôt quand, après 15 mois sur la touche, Woods avait entamé son avant-dernier retour, vite ruiné par un dos à nouveau récalcitrant. Un rendez-vous supplémentaire chez le chirurgien plus tard, deux des vertèbres du golfeur (L-1 et S-1) avait dû être fusionnées. Peut-on être compétitif au plus haut niveau en golf après avoir été opéré, en tout, quatre fois du dos? Poser la question, c’est (presque) y répondre.

Un corps devenu tortionnaire

Lors de la conférence de presse qui a précédé ce Hero World Challenge, Tiger Woods n’a pas fait mystère de ses ambitions limitées du moment. «J'ai juste hâte de jouer ces quatre tours afin de mieux comprendre où je me situe actuellement», a-t-il dit sans tirer de plans sur la comète en annonçant, par exemple, un programme de tournois en 2018 à l’avance. «Je ne sais pas à quelle puissance je peux frapper la balle, quels coups je peux jouer, a-t-il étayé. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, parce que j'apprends encore à apprivoiser ce corps.»

Ce corps, devenu tortionnaire au fil du temps, l’a presque empêché de marcher, l’a cloué au lit, a détruit son sommeil en raison du niveau d’intensité de ses douleurs dorsales et l’a conduit à abuser d’anti-inflammatoires, de tranquillisants et d’antidépresseurs. Au point d’avoir été retrouvé par la police, en mai dernier, assoupi au volant de sa voiture sous l’effet du cocktail puissant des médicaments.

Direction une cellule de dégrisement, tandis que des vidéos et des photos de police, où on le voyait l’œil vitreux et le regard mauvais, faisaient le tour de la planète, portant un nouveau coup à la légende.

«Je n'avais pas réalisé à quel point mon dos était en mauvais état, a-t-il reconnu. De la façon dont je me sens aujourd'hui, j'ai peine à imaginer que je vivais comme je le faisais, avec un pied amoché, un dos en piteux état et toutes ces heures de sommeil perdues en raison de tout ce mal

Une part de mystère

Au fond, ce qui ressortait surtout de sa conférence de presse des Bahamas était sa décontraction, qui tranchait avec d’autres obligations médiatiques du passé nettement plus défensives et tendues. Personne ne connaît vraiment les ressorts intimes d’un homme qui reste, à sa manière, un véritable mystère.

Qui est-il réellement? Que pense-t-il au juste? À quoi croit-il? Des questions auxquelles il est impossible de trouver des réponses complètes alors qu’il a été si souvent mis à nu, notamment lors des révélations sur les dérives de sa vie privée en 2009, qui ont sans doute été la plus grande cassure de sa carrière et dont il ne s’est jamais tout à fait remis.

Cette fois, loin de la méthode Coué et des déclarations optimistes taillées pour la communication officielle, il a donc paru naturel –comme heureux de renouer juste pour le plaisir avec un sport qu’il a servi avec grandeur et peut-être aussi conscient de pouvoir très vite en finir en douceur avec lui, dans l’hypothèse où son dos finirait par renâcler une dernière fois.

Tiger Woods a-t-il admis, cette fois, l’inéluctable fin de son destin sportif? S’est-il approché de sa vérité? Peut-être, à en juger la lecture presque testamentaire de ses déclarations, où il apparaît surtout satisfait de pouvoir montrer à ses deux enfants, enfin grands, ce qu’il fut et ce qu’il reste.

«Je crois que mes enfants n’ont jamais pu comprendre ce que j’ai réalisé dans ce sport, parce qu’ils pensent que je suis un joueur qu’on ne peut voir que sur YouTube, a-t-il souri. Tout ce qu’ils ont vu de moi l’a été par le biais de résumés. Ils n’ont jamais vu ce que je peux faire sur un parcours

Et que peut-il encore faire, d’ailleurs, après si peu de compétition en quatre ans? C’est l’interrogation qui intrigue tous les passionnés, presque plus optimistes que l’intéressé lui-même dans leur désir de le rêver à nouveau au sommet de son art, sur le modèle d’un Roger Federer, qui s'est réinventé en 2017 à l'âge de 36 ans.

Toutefois, là où Federer a su ménager son physique en le ciselant et en le protégeant depuis 15 ans avec Pierre Paganini, son préparateur, Tiger Woods l’a sans doute trop brutalisé dans sa fréquentation quasi obsessionnelle et militaire des salles de gym. En plus de ses quatre opérations au dos, quatre supplémentaires ont été réalisées sur d’autres parties de son corps.

Affecté par la mort de son père

Au cours d’une aventure sportive inouïe qui l’a vu occuper la première place mondiale pendant 683 semaines (plus de 13 ans), Tiger Woods s’est beaucoup enrichi. Mais il a également payé le prix d’une vie très isolée pour se mettre à l’abri des regards.

La mort de son père en 2006 a renforcé cette solitude, pour ce fils unique qui ne semblait avoir vécu que pour –ou à travers– son géniteur et mentor, qui lui avait mis un club dans les mains dès sa naissance.

Arnold Palmer, icône du golf décédée en 2016, avait dit: «Tiger est sorti de son éthique de travail quand son père est parti. S’il était resté dans son ancien fonctionnement, il aurait sans doute battu des records que plus personne n’aurait pu atteindre dans le futur

Le revoir aux Masters d’Augusta dans quatre mois serait une première victoire pour lui depuis longtemps, et un retour aux sources. Et si c’est le cas, il y en aura toujours pour l’imaginer revêtir une cinquième veste verte –qui récompense le vainqueur des Masters d'Augusta–, 21 ans après la première de 1997. De la (dure) réalité au rêve, il n’y a qu’un pas avec Tiger Woods…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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