Monde

Le nouveau tir nord-coréen visait en réalité les États-Unis et la Chine

Daniel Vernet, mis à jour le 30.11.2017 à 11 h 56

Kim Jong-un a défié ennemis et alliés en tirant un missile balistique d'un nouveau type ce mardi.

Pyongyang, ce mardi I JUNG Yeon-Je / AFP

Pyongyang, ce mardi I JUNG Yeon-Je / AFP

Le nouveau tir de missile nord-coréen ce mardi 28 novembre était dirigé vers le Japon mais visait tout autant la Chine que les États-Unis et leurs alliés. Certes, dans la rhétorique de Kim Jong-un il s’agit toujours de «protéger le pays de la politique de chantage et de menace des impérialistes américains», mais cet essai d’un missile intercontinental (ICBM) Hwasong-15 apparaît aussi comme une réponse aux signaux envoyés conjointement par les Américains et les Chinois au moment de la visite de Donald Trump à Pékin.

Non seulement la Chine s’est ralliée au durcissement des sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU mais elle les a mises en pratique, ce qui n’avait pas été toujours le cas auparavant. Pékin ne mettait pas son veto aux sanctions mais les appliquait sans faire de zèle. À la mi-novembre, le président chinois Xi Jinping a envoyé un de ses représentants à Pyongyang. Song Tao, responsable des «liaisons internationales» au Parti communiste, était officiellement chargé d’informer les dirigeants nord-coréens des résultats du XIXe congrès du PCC qui venait de se tenir à Pékin.

Un camouflet

 

Tous les observateurs étaient d’accord pour penser que Xi voulait surtout pousser Kim Jong-un à faire un geste en direction de la communauté internationale. La Chine, comme la Russie, est aussi inquiète que les Occidentaux des risques de prolifération en Asie si la Corée du Nord continue son programme de développement de missiles et d’armes nucléaires.

De toute évidence, l’envoyé spécial chinois n’a pas convaincu ses interlocuteurs nord-coréens. À peine avait-il regagné Pékin que Kim ordonnait ce nouveau tir de missile qui s’est écrasé en mer près des côtes japonaises.

«Le système d’armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d’une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du continent américain», a affirmé l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA.

Le tir représente un camouflet pour la Chine qui n’arrive pas à convaincre les deux principaux protagonistes de l’intérêt de sa «double option»: le gel du programme nucléaire nord-coréen contre l’arrêt des manœuvres communes américano-sud-coréennes. Washington l’a aussi rejetée. Même si le secrétaire d’État Rex Tillerson a affirmé que toutes les options diplomatiques étaient encore sur la table. Donald Trump, de son côté, a lancé un énigmatique «nous allons nous en occuper».

La faible marge de manœuvre de la Chine

 

Comment? La question reste entière. Après avoir menacé la Corée du nord de lâcher «le feu et la fureur», le président américain avait semblé compter sur la Chine pour accentuer ses pressions sur son allié de Pyongyang. Pékin ne s’est pas dérobé mais ses efforts ont été peut-être insuffisants, en tous cas inopérants.

Kim Jong-un dispose envers la Chine d’un moyen de dissuasion. Sans être une arme nucléaire, il n’en est pas moins efficace: si la Chine se prêtait à une tentative d’asphyxie de la Corée du nord, l’effondrement du régime aurait des conséquences catastrophiques pour elle. Non seulement il susciterait une vague d’immigration des Nord-Coréens mais il provoquerait une réunification sauvage de la Corée. Il priverait ainsi la Chine de la présence d’un ɐtat tampon entre elle et une péninsule coréenne dominée par les États-Unis. Les troupes américaines stationnées en Corée du sud s’installeraient plus au nord, sur le fleuve Yalou, à la frontière avec la Chine.

Guerre psychologique

 

Le statu quo issu de la guerre de Corée (1950-1953) où des millions de «volontaires» chinois sont morts pour assurer la survie du régime de Kim il-sung, le grand-père de Kim Jong-un et fondateur de la dynastie, serait bouleversé aux dépens de la Chine. Xi Jinping verrait son ambition visant à assoir l’hégémonie chinoise en Asie et au-delà remise en cause. C’est un risque qu’il ne peut pas courir.

Pour Pékin, le régime des Kim est un voisin difficile mais un allié indispensable. Fort de cette évidence, le dictateur de Pyongyang croit qu’il peut se permettre quelques provocations aussi bien à l’égard des États-Unis que de son grand voisin du nord. Jusqu’où? La reconnaissance de la Corée du nord comme puissance nucléaire? L’obtention de garanties internationales pour la pérennité de son régime? Un soutien implicite à des visées expansionnistes en direction du sud? Par-delà les invectives dont il est coutumier, Kim Jong-un poursuit une stratégie de dissuasion du faible aux forts qui laisse toutes ces questions ouvertes. L’incertitude sur ses intentions profondes est aussi une de ses armes.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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