Science & santé

C'est déprimant, la pollution favoriserait aussi la dépression

Repéré par Léa Polverini, mis à jour le 29.11.2017 à 15 h 02

Repéré sur Scroll.in

Des chercheurs chinois ont voulu déterminer si une corrélation entre l'indice de pollution atmosphérique et la santé mentale pouvait être établie. Il semblerait que oui.

Un enfant avec un masque, le 5 janvier 2017, à Beijing | Wang Zhao / AFP

Un enfant avec un masque, le 5 janvier 2017, à Beijing | Wang Zhao / AFP

Se rendre compte que le doux brouillard qui enveloppe nos matinées hivernales est en réalité un bon gros nuage de pollution était déjà désagréable. Selon une étude récente publiée par des chercheurs chinois, il semblerait que la cause de cette déconvenue ne se limite pas à dégrader nos humeurs, mais favorise aussi la dépression.

L'étude, menée par des scientifiques rattachés à l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, montre que de hauts niveaux de pollution atmosphérique augmentent considérablement les risques de présenter des symptômes de troubles mentaux. Se concentrant sur les effets de la pollution sur la santé mentale et le bien-être subjectif, les chercheurs ont collecté les données de 24.000 individus répertoriées dans le Panel d'études sur les familles chinoises, un sondage national qui enregistre depuis 2010 activités économiques, résultats scolaires, dynamiques familiales, relations, santé et bien-être subjectif de la population.

L'air pollué réduit le bonheur

À partir de là, ils ont mené une série d'interviews. Xiaobo Zhang, professeur d'économie à l'université de Pékin ayant participé à l'étude, rapporte ainsi:

«Nous avons trouvé que la pollution réduit le bonheur hédoniste et augmente le taux de symptômes dépressifs. Nos résultats mettent en lumière le fait que la pollution atmosphérique contribue au paradoxe d'Easterlin, selon lequel la croissance économique n'apporterait pas plus de bonheur.»

Dans leurs recherches, les scientifiques établissent une différence entre le «bonheur hédoniste», conçu comme «bonheur au jour le jour», lié à une expérience immédiate, et le «bonheur évaluatif», courant sur un temps plus long, moins susceptible de varier en fonction de l'environnement extérieur. Les personnes exposées à de forts taux de pollutions seraient moins nombreuses à témoigner de ce «bonheur hédoniste».

Le paradoxe d'Easterlin, exposé en 1974, critiqué depuis, mettait en avant le fait qu'une hausse du PIB n'impliquerait pas nécessairement, une fois un certain seuil atteint, une hausse du bien-être des populations. D'après les chercheurs, la pollution serait donc un facteur supplémentaire expliquant le taux stagnant du bien-être de la populations chinoise, en dépit de la croissance économique et de la réduction des inégalités que connaît le pays.

Le cerveau est directement affecté

«Des critères à la fois physiologiques et psychologiques peuvent expliquer ce lien entre la pollution atmosphérique et la maladie mentale. À court terme, la pollution de l'air cause plus de problèmes mentaux à travers des maux de tête, des irritations oculaires, des troubles de l'attention et de la fatigue. Sur le long terme, les particules fines pénétrant le cerveau sont susceptibles d'affecter dirrectement les échanges neuronaux, la structure et les fonctions du cerveau. En plus de cela, certains polluants, comme le monoxyde de carbone, peuvent inhiber les capacités du corps à libérer de l'oxygène, et donc affecter la santé mentale», explique Xiaobo Zhang.

Alors que les symptômes de dépression s'accentuent lors des pics de pollution, les chercheurs envisagent de mener une nouvelle étude afin de déterminer si cet impact persiste ou non dans le temps. Précédemment, ils avaient établi que les performances cognitives, évaluées à partir de tests de mathématique et verbaux, en étaient affectées durablement: au moins sur deux ans, parfois jusqu'à quatre.

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