Histoire

La Troupe K: la folle histoire de la troupe fédérale américaine qui s'attaqua au Ku Klux Klan

Temps de lecture : 15 min

En mars 1871, une série d'exactions commises par la milice blanche contre la population afro-américaine en Caroline du Sud pousse le gouvernement fédéral à réagir de manière spectaculaire.

Des membres du Ku Klux Klan en Caroline du Nord | via Wikimedia CC License by
Des membres du Ku Klux Klan en Caroline du Nord | via Wikimedia CC License by

Cet article est le premier d'une série en quatre volets consacrée à la Troupe K et son combat contre le Ku Klux Klan au sortir de la guerre de Sécession dans le Comté de York en Caroline du Sud.

Il était un peu plus de 2 heures du matin. Les hommes entrèrent dans la petite cabane et s’accroupirent. Durant un court instant, on aurait pu penser qu’il s’agissait d’un groupe de prière. Ils étaient à l’affût du moindre bruit pouvant émaner de sous le plancher: grattements, respiration, pleurs… Ils arrachèrent les planches. Une femme qui se tenait à côté d’eux leur supplia d’arrêter. Rageusement, ils poursuivirent leur labeur jusqu’à ce que le plancher ne finisse par révéler son secret.

Un peu plus tôt, en cette même nuit du 6 mars 1871, le Ku Klux Klan avait rassemblé ses membres à travers toute la Caroline du Sud. Le tumulte provoqué par la cinquantaine d’hommes à chevaux évoquait une force d’invasion. Les adhésions au Klan, groupe paramilitaire terroriste apparu après la défaite du Sud lors de la guerre de Sécession, avaient été nombreuses dans le comté de York. Mais, même en période de force, les mouvements comme le Ku Klux Klan se nourrissaient de la peur et ils ne cessaient d’alarmer la population au sujet du nombre croissant d’électeurs noirs lors des élections locales.

Rituel d'humiliation

Cette nuit-là, les klansmen allèrent de maison en maison, tirant de force les hommes noirs hors de leur lit et les obligeant à jurer de ne jamais voter pour un candidat «radical» (en d’autres termes, un candidat républicain* qui défendrait leurs nouveaux droits, déjà bien maigres). Le but des membres du Klan allait bien au-delà du vote: il s’agissait d’humilier ces hommes devant leur famille, de montrer qu’en dépit des changements intervenus depuis la guerre de Sécession, la dynamique des pouvoirs était restée la même dans le comté de York. «Je vais vous montrer qui commande!», avait crié l’un des klansmen lors d’une attaque.

Les tortionnaires se cachaient sous des robes et des cagoules à cornes; leurs habits étaient parfois sombres, parfois blancs, certains étaient ornés de croix ou de dessins grotesques. À la tête des fauteurs de trouble de cette nuit se trouvait le docteur James Rufus Bratton. Un habitant de la région, ancien esclave, se souvint plus tard de Bratton comme d’un homme qui «donnait le ton dans la bonne société» du comté de York. Père de sept enfants s’étant porté volontaire pour soigner les blessés de l’armée des États confédérés lors de la guerre de Sécession, le docteur Bratton était le médecin le plus influent du comté. Et c’était l’un des plus hauts dignitaires du Klan. Il s’était donné pour cette nuit une mission qu’il n’avait partagée qu’avec une poignée d’autres nightriders (terme que la presse commençait à utiliser pour désigner les acteurs de ces exactions), triés sur le volet.

Le docteur Bratton affirmait qu’une milice noire locale, menée par un dénommé James Williams, était responsable d’une vague d’incendies provoqués sur des propriétés appartenant à des Blancs. Soutenus par l’État et le gouvernement fédéral afin d’encourager l’engagement des Noirs pour les droits civils, ces miliciens ne se contentaient pas de statuts honorifiques. Ils avaient juré de faire payer au Klan la liste croissante de ses meurtres et méfaits, de devenir une sorte de contre-Klan. Cette nuit-là, Bratton avait donné rendez-vous à de jeunes membres de l’ordre, parmi lesquels Amos et Chambers Brown, fils d’un ancien magistrat, et les quatre frères Sherer, qui ne furent formellement initiés que ce soir-là. Lorsqu’ils se rencontraient, ils utilisaient un code pour confirmer leur appartenance au Klan.

«- Qui va là?
- Des amis.
- Des amis de qui?
- Des amis de notre pays.
»

«Nous allons tuer Jim Williams»

Bratton conduisit le petit groupe d’hommes vers le domicile d’Andy Timons, un membre de la milice de Williams. Timons fut réveillé par des cris. «Nous sommes venus tout droit de l’enfer!» Ils demandèrent à ce qu’on leur ouvre la porte. Avant même que Timons n’ait eu le temps de l’atteindre, ils fracturèrent les charnières et se saisirent de lui. «Nous voulons voir ton capitaine.»

Ils battirent Timons jusqu’à ce qu’il finisse par leur indiquer l’emplacement de la cabane de Williams. Puis, une dizaine de klansmen partirent dans sa direction. En chemin, ils s’attaquèrent encore à un autre membre de la milice noire: même avec les renseignements fournis par Timons, la cabane de Williams était difficile à trouver en plein cœur de la nuit. Il leur fallait une aide supplémentaire. «Nous allons tuer Jim Williams», déclarèrent-ils à leur nouveau guide.

Aux yeux de Bratton et de ses complices, les crimes de Williams étaient bien antérieurs à la formation de la milice. Durant la guerre de Sécession, Williams avait été esclave près de Brattonsville –une plantation dont le nom renvoyait aux ancêtres de Bratton, le médecin y était lui-même né–, mais il avait réussi à échapper à ses maîtres pour passer au Nord et combattre dans l’armée de l’Union. Lorsqu’il revint, en homme libre, dans le comté de York suite à la défaite du Sud, il était l’incarnation d’une nouvelle ère, d’un nouveau départ, «un meneur radical parmi les nègres», comme le décrivit un membre du Klan. Ayant abandonné le nom de ses anciens propriétaires, Rainey, pour celui de Williams, il prit rapidement la tête de la milice qui souhaitait mettre fin au pouvoir du Klan.

La corde au cou

À quelques mètres de la maison de Williams, Bratton prit un petit détachement de ses hommes, qu’il mena à la porte. Répondant à leurs appels, Rose Williams les informa que son mari était parti et qu’elle ne savait pas où il se trouvait. Ils fouillèrent la maison, mais n’y trouvèrent que les enfants de Williams et un autre homme. Frustré de voir sa proie lui échapper ainsi, le meneur de l’expédition scruta l’intérieur de la cabane de son regard noir et perçant.

«Il doit être là-dessous», dit Bratton en désignant un coin de plancher qui avait attiré son attention. Ils s’accroupirent à l’endroit le plus probable. Après avoir arraché les planches, ils trouvèrent Jim Williams. Rose les supplia de ne pas faire de mal à son mari. Ils lui répondirent d’aller se coucher avec ses enfants et tirèrent Williams hors de sa maison. Andy Timons, pendant ce temps, avait réussi à rassembler sa milice pour aller protéger Williams, mais l’avance du Klan était trop importante.

Bratton avait apporté une corde avec lui. Il la plaça autour du cou de Williams après que le groupe eut désigné un arbre «pour finir le travail». Williams accepta de grimper par ses propres moyens sur la branche qu’ils avaient choisie pour le pendre, mais lorsqu’ils voulurent le pousser dans le vide, il s’accrocha à une grosse branche qu’il refusa de lâcher. L’un des complices de Bratton, Bob Caldwell, se saisit d’un couteau avec lequel il entailla les doigts de Williams jusqu’à ce qu’il lâche.

Une nuit en enfer

En fouillant dans les bois un peu plus tard à la recherche de Williams, Timons et Rose le retrouvèrent, pendu. Une pancarte accrochée sur son cadavre raillait la milice: Jim Williams sonnant le rassemblement. Durant ce temps, le petit groupe de Bratton avait rejoint les autres membres du Klan, qui s’étaient arrêtés chez le frère du médecin, John, pour prendre un verre. L’un des klansmen, qui n’avait pas fait partie de l’équipée meurtrière, demanda où se trouvait Williams.

«En enfer, j’imagine», répondit le médecin.

Dans la maison du frère Bratton, les cavaliers masqués étaient autorisés à se détendre et à retirer leur cagoule, révélant certains des visages les plus connus et les plus distingués du comté de York. Par cette dernière campagne d’intimidation, ils pouvaient se réjouir d’avoir porté un coup sévère, tant moral que physique, à leurs ennemis politiques locaux. Ils ignoraient cependant que les actions qu’ils avaient commises sous le couvert de l’obscurité cette nuit-là –qui s’ajoutait à de nombreuses autres nuits pleines de coups de fouets, de passages à tabac, d’agressions sexuelles et de meurtres– étaient sur le point de déclencher une réponse sans précédent de la part du gouvernement fédéral avec un seul but: l’éradication complète du Ku Klux Klan.

Une nouvelle guerre

La vague criminelle du Klan en Caroline du Sud atteignit son paroxysme à l’époque du meurtre de Williams. Son corps ne fut que l’un des nombreux cadavres afro-américains qui jalonnèrent le passage du Klan dans le comté de York –on retrouvait encore des restes humains dans la région vingt ans après. Le gouverneur Robert Scott, un vétéran de l’armée de l’Union qui s’était installé dans le Sud pour participer aux efforts de reconstruction, appela le gouvernement fédéral à l’aide.

Si le Ku Klux Klan avait pu sembler être une simple tentative morbide d’effrayer les gens lors de sa création au Tennessee en 1865, Scott affirma que c’était devenu «une vraie calamité, une organisation armée et très bien équipée, avec ses soldats, ses chefs d’état-major, ses officiers de liaison et des voies de communication». Une guerre était en train de se jouer, mais seul un des deux camps combattait.

Robert Scott via Wikimedia

Lorsque Scott parvint à soutirer des promesses de paix auprès de représentants locaux des Blancs en lien avec le Klan, ce fut pour voir rapidement les violences reprendre. Il ne pouvait faire appel aux milices d’État, qui avaient été dissoutes pour la propre sécurité des miliciens: les klansmen étaient plus puissants qu’eux. Pour tout dire, le Klan était sans doute ce qui s’approchait le plus d’une milice active en Caroline du Sud. La gravité de la situation fit que le dossier arriva sur le bureau du président Ulysses S. Grant, qui promit une réponse fédérale «prompte et décisive» à une délégation venue de Caroline du Sud pour parler du problème.

«J’étais complètement incrédule»

Au département de la Guerre, ancêtre du département de la Défense, les experts en stratégie commencèrent à réorganiser leur carte des régiments armés aux États-Unis afin de libérer des forces et désignèrent un officier ayant fait ses preuves au combat, le major Lewis Merrill pour prendre la tête de cette mission sortant de l’ordinaire.

En recevant son ordre de mission, le major Merrill dut d’abord admettre qu’il avait des doutes sur tout ce qu’il avait entendu concernant l’importance du Ku Klux Klan en Caroline du Sud.

«Disons-le même clairement, dit Merrill en se rappelant ses pensées lorsqu’il avait reçu sa nouvelle affectation, alors qu’il était en poste au Kansas, j’étais complètement incrédule

Son supérieur dut le prévenir que la terreur répandue par le Klan allait bien au-delà que ce que pouvaient en dire les rumeurs. Mais quoi qu’il ait pu imaginer, le jeune officier de 36 ans n’aurait jamais pu se douter que cette mission allait bouleverser sa vie et lui permettre d’inscrire son nom dans l’histoire.

Formé à West Point, Merrill s’attirait autant de partisans que d’ennemis. Il était monté en grade au sein de l’armée de l’Union jusqu’à diriger sa propre unité. Durant la guerre, son régiment de cavalerie avait fini par être appelé «Merrill’s horse» (le cheval de Merrill), du nom de son charismatique leader. Ayant grandi en Pennsylvanie dans une famille de juristes, parmi lesquels son père, Merrill avait hérité d’eux un talent certain pour l’analyse méthodique, talent dont il fit montre en officiant en tant qu’inspecteur général militaire et juge-avocat dans les cours martiales.

L'homme de la situation

Il avait une carrure imposante, mais les traits de son visage étaient juvéniles. Un reporter du New-York Tribune s’était amusé à dire qu’il ressemblait à un professeur d’allemand, sans doute en raison de la sévérité de son regard, que l’on peut constater sur les quelques photos de lui ayant survécu. Merrill était l’un des plus importants officiers de la 7e cavalerie lorsqu’il partit pour la Caroline du Sud.

Le major Merrill était en quelque sorte devenu un spécialiste de la gestion des ennemis insaisissables et des dynamiques compliquées. Durant la guerre, il avait maté des mouvements de guérilla qui s’attaquaient aux soldats de l’Union dans le Missouri, puis avait fait face à des troupes fédérées cachées dans les bois de l’Arkansas lors de la bataille de Bayou Fourche. Après la guerre, dans le Kansas, il avait eu la difficile tâche de régler un conflit territorial entre une tribu d’Indiens Miami et des colons blancs (sa mission étant à l’origine de faire partir les Blancs).

Alors que le vieux train bringuebalant conduisait ses hommes –principalement la troupe K du 7e régiment de cavalerie– à travers la Caroline du Sud, Merrill réfléchit à la difficulté pour des soldats extérieurs à l’État de résoudre un problème d’habitants terrorisant d’autres habitants.

Rappel à l'ordre

L’arrivée de la troupe K dans le comté de York ne fut pas discrète. Après avoir marché toute la journée, à pied et à cheval, pour parcourir les 35 km entre la gare de Chester et Yorkville, quelque 90 militaires entrèrent en ville vers 21h, le soir du 26 mars 1871, accompagnés de plus de 60 chevaux et des chiens de compagnie des officiers. Annoncée dans les journaux, l’arrivée de la troupe avait été le sujet de toutes les conversations sur les longs porches des commerces et des maisons de Yorkville. Les dames de la bonne société locale ne manquèrent pas de rendre visite à la femme de Merrill, Anna, ainsi qu’aux autres femmes d’officiers qui avaient accompagné leur époux.

Merrill organisa immédiatement des réunions publiques où se pressèrent en masse les différents leaders de la communauté afin de l’entendre leur demander leur assistance. Comme à son habitude, il fut on ne peut plus direct. Son rôle était «de préserver l’ordre public, du moins tant que j’en ai le pouvoir». La solution la plus simple et évidente était de demander aux citoyens blancs raisonnables d’imposer aux plus mécontents et extrémistes d’entre eux de cesser leurs exactions. Les personnes les plus importantes du comté promirent de faire montre de leur influence à cet effet. Ils signèrent et firent circuler des pétitions dans ce but, qu’ils allèrent jusqu’à publier dans les journaux.

Parmi ces soutiens de la bonne société, l’un des plus actifs et bruyants était un grand homme svelte aux manières discrètes et à l’air bienveillant. Il s’agissait du docteur Rufus Bratton, celui qui avait passé la corde autour du cou de Jim Williams.

Le culte du secret

Le nom de l’organisation à laquelle Merrill faisait face dans le comté de York venait du grec kyklos, «cercle» et du gaélique clan. Le terme «clan» soulignait l’aspect quasi familial des relations promises par l’ordre dans ce Sud de l’après-guerre où de nombreuses familles s’étaient retrouvées diminuées ou affaiblies. C’était un cercle au sens d’un groupe, ou d’une société, mais aussi en raison de sa fermeture au monde extérieur, de son isolement. Les règles du Klan lui permettaient de garder secrets ses plans et l’identité de ses membres jusqu’au sein même de l’ordre, puisque ses membres n’étaient désignés que par des numéros lorsqu’ils étaient impliqués dans des opérations. De même, les contacts étaient délibérément limités entre les différents groupes (les dens), ainsi qu’entre les subordonnés et les officiers de plus haut rang.

L’état-major du Klan surveillait de très près l’arrivée des forces dirigées contre l’organisation. Pour tout dire, avant même l’arrivée de la troupe K du Kansas, un autre escadron de l’armée américaine s’était rendu dans le comté de York afin d’empêcher l’attaque prévue par le Klan du bureau du trésorier du comté. Les klansmen avaient démonté la voie de chemin de fer à l’avance afin de stopper l’arrivée de l’infanterie. Pendant que les soldats étaient occupés à réparer les rails, le Klan mena à bien son projet d’attaque contre la trésorerie –elle visait en fait avant tout le trésorier, blanc, que le KKK jugeait coupable de soutenir la milice noire. Sachant que le Klan voulait sa mort, le trésorier quitta non seulement le comté, mais le pays pour aller se réfugier au Canada.

La mission de la troupe K dépassait la simple opération de protection. Ce n’étaient pas quelques rails arrachés qui auraient pu la stopper. Les leaders du Klan consultèrent un avocat qui les renseigna sur les meilleures stratégies à mettre en œuvre pour éviter les ennuis. Ils ordonnèrent à leurs membres de sourire et de tendre la main en signe d’amitié. En mettant certains de leurs membres les plus éminents au centre du soutien affiché par la population, ils se rendaient invisibles.

Loué soit le Klan

Bratton et les autres leaders du Klan espéraient pouvoir distraire Merrill assez longtemps avec cette coopération de façade pour qu’il rapporte à ses supérieurs que la panique suscitée par le Klan était disproportionnée. Selon ce scénario, la troupe K finirait par être tôt ou tard affectée en d’autres endroits plus importants, laissant à l’organisation paramilitaire secrète «tout le champ pour opérer», comme l’écrivit plus tard Merrill.

Merrill rapporta effectivement à ses supérieurs que la mission semblait rapide à effectuer. Mais même s’il était d’un naturel confiant, il savait trop bien qu’il vaut mieux se méfier des apparences. Les leaders blancs qui étaient supposés soutenir Merrill faisaient régulièrement un même commentaire, qu’il trouvait particulièrement déconcertant. Il l’entendit dans la bouche de presque tous les citoyens de renom qu’il rencontra dans Congress Street. Après lui avoir promis de l’aider à mettre un terme aux exactions de l’horrible Ku Klux Klan, les gens trouvaient toujours un moyen de dire que l’on «ne pouvait pas nier qu’ils avaient tout de même fait des choses bien». C’était comme s’ils ne parvenaient pas à s’en empêcher.

Yorkville était une ville pittoresque avec un centre commerçant assez animé, mais elle était au cœur d’une région agricole dont l’économie avait été plus durement touchée qu’ailleurs par les nombreux morts de la guerre de Sécession et par la sortie de l’esclavage. Lorsqu’il comprit que le versement de salaires à ses anciens esclaves n’était plus économiquement viable sur son exploitation, le docteur Bratton les congédia non sans leur avoir lancé d’aller «en paix ou au diable» avec leur liberté.

«Ils ne nous rendront jamais nos droits»

Ces difficultés économiques ne faisaient que renforcer la colère ressentie par les Blancs face à l’intrusion des valeurs du Nord, qui, à leurs yeux, avaient permis la radicalisation de l’importante communauté noire locale. Pour toutes ces raisons, la région ne pouvait être qu’un terreau des plus fertiles pour le Klan.

«La cause du Ku Klux Klan, comme le rapporta Merrill au Congrès, repose sur le mécontentement des leaders blancs face aux résultats de la guerre et sur leur volonté de les annuler… d’empêcher le naufrage de la rébellion.»

Cela résonne avec les pensées privées de Bratton. Se rappelant avoir dû abandonner un hôpital confédéré de peur qu’il ne soit pris pour cible par l’armée de l’Union, il avait ainsi écrit dans son journal:

«Je priais pour qu’arrive bientôt le jour du châtiment, l’heure où le bras de la justice trop longtemps retenu s’abattrait enfin sur les envahisseurs sans merci de notre pays.»

Plus tard, Bratton avait abrité Jefferson Davis, le président de la Confédération, lors de la fuite de ce dernier. Davis lui donna un conseil avant de partir: «N’attendez rien de juste ou de bon des Yankees abolitionnistes. Ils ne nous rendront jamais nos droits.»

* À notre époque où la politique américaine voit s’affronter un parti républicain plutôt conservateur et un parti démocrate plutôt progressiste, il convient de noter que le parti républicain est né de l’anti-esclavagisme. Les Républicains radicaux (parmi lesquels comptait le président Ulysses S. Grant) souhaitaient donner la pleine citoyenneté aux esclaves libérés, alors que les Démocrates, opposés au fédéralisme, jouissaient d’un important soutien dans le Sud sécessionniste et s’opposaient à la Reconstruction. Les premiers membres afro-américains du Congrès furent tous élus sous l’étiquette républicaine (le premier en 1870). Il fallut attendre 1934 pour que, sous l’impulsion de Roosevelt, le parti démocrate présente son premier candidat noir. Depuis, la tendance s’est largement inversée, comme le montre la liste des Afro-Américains élus au parlement des États-Unis Retourner à l'article

Matthew Pearl Auteur

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