Slatissime

Quatre fashion faux pas à éviter pour bien s'habiller cet hiver

Benedetta Blancato, mis à jour le 29.11.2017 à 10 h 13

Suivre la mode dans les mois qui viennent devrait plus que jamais être un choix militant.

Évitons la fourrure | Fero Banjo via Pixabay CC0

Évitons la fourrure | Fero Banjo via Pixabay CC0

Cela ne vous aura pas échappé, il suffit d’un thermomètre en berne pour que les magazines remplacent les régimes d’été par la sélection de vêtements censés nous éviter le ridicule même en-dessous de zéro degré. Parce que si la faute de goût menace de se nicher «partout, se nourrit de l’excès de tendance, de recherche ou de mode, aussi bien que de l’excès de négligence, de je-m’en-foutisme ou de ringardise», selon l’analyse de Marc Beaugé dans son manuel De l’art de mal s’habiller sans le savoir, l’hiver est un terrain miné, qui nous pousse sournoisement à sacrifier le style sur l’autel du confort.

Au premier givre, emmitouflés dans une écharpe qui bouloche, on frôle constamment l’aberration esthétique, notion glissante déclinée sur un ample spectre allant de Jean Genet («L’accord de ce qui est de mauvais goût est le comble de l’élégance»), à Christina Cordula (l’erreur est d’ignorer sa morphologie, «ma chérie»).

Prendre en compte les effets du réchauffement climatique

La bonne nouvelle? L’inélégance est la nouvelle coqueluche des fashion designer. «Il n’y a plus de règles de style aujourd’hui, la nature globale du luxe rendrait impossible de les respecter», confirme Anna Murphy, fashion director de Times. La mauvaise? La faute de goût est bel est bien encore là, elle a simplement mué sa peau. La vulgarité, pour la saison 2017/2018, c’est d’ignorer que chaque placard est le cache-misère de la deuxième industrie la plus polluante de la planète.

Avec une apocalypse climatique annoncée (le énième cri d’alerte, signé par 15.000 scientifiques de 184 pays, a été publié le 13 novembre dernier sur la revue BioScience), même la mode commence à s’inquiéter: le magazine Business Of Fashion expliquait en mai dernier que «d’ici 2050, les matériaux utilisés par l’industrie, ainsi que ses structures opérationnelles, les réseaux commerciaux internationaux et la force travail, pourraient être méconnaissables, si seulement certaines des nombreuses prédictions des scientifiques venaient à se réaliser».

Les effets du réchauffement climatique se font déjà ressentir: l’année dernière, la plus chaude jamais enregistrée depuis la création du système de contrôle météo en 1880, des marques comme Patagonia, Uniclo, H&M, Gap, Macy’s, Marks and Spencer se sont retrouvées avec une baisse significative de leurs ventes, due principalement aux invendus d’hiver. Pour un porte-parole de Patagonia, le changement climatique constitue déjà «une crise sérieuse» pour les affaires, et Benjamin Auzimour, managing director de Saint James aux États-Unis, a constaté que l’automne 2015 «est un triste exemple qui illustre à quel point les gens ne savent plus quoi porter, ce qui a un impact direct sur le business de Saint James: les produits en laine. On ne veut pas renoncer à notre héritage, mais on commence à proposer des lignes de produits déconnectées des saisons, plus légères et aérées, pour donner plus de flexibilité à nos clients».

La meilleure façon pour s’habiller cet hiver est probablement de sauver l’hiver tout court, comme le démontre la création des Green Carpet Awards par la Chambre nationale de la mode italienne, un prix dédié à la mode écoresponsable qui a couronné à Milan, le 24 septembre dernier, Gisele Bündchen pour ses engagements environnementaux. Sans nous attarder sur l’empreinte carbone du top model, on s’inspire de la tendance et on évite au possible les nouveaux fashion faux pas.

Faute n°1: s’habiller léger

Malgré le bon sens de l’art du layering (s’habiller par couches superposées, quoi), n’importe quelle photo de streetstyle vous le confirmera: en hiver, le fashionista est parfaitement à l’aise jambes et épaules découvertes, indifférent à la température extérieure. Les collections proposées dans les boutiques prolongent volontiers la confusion saisonnière, avec shorts et crop tops glissés parmi les manteaux d’hiver.

La globalisation des marchés a plongé la mode dans une seule et unique saison, où froid et chaud ne veulent plus rien dire, et la résistance héroïque aux habits d’hiver permettrait à l’homme moderne de renouer avec sa liberté.

Porter des escarpins ouverts par temps froid serait même un signe d’élégance selon Alessandra Codhina, news fashion editor de Vogue.com, pour qui «le manque de praticité peut être chic: trimballer un sac à main trop petit sous-entend par exemple que vous avez un chauffeur ou un assistant collé à vos basques pour s’occuper des détails». Et se passer d’une paire de collants concerne des questions comme «la classe, l’argent et l’âge, renchérit Jess Cartner-Morley sur The Guardian. Les jambes nues en disent long sur votre mentalité, votre note de taxi et vos programmes de vacances. C’est un luxe qui signale que vous pouvez vous permettre de commander un Uber avant d’être complètement frigorifié».

Même si n’est pas Heidi Klum qui veut, la tendance no socks s’est imposée jusque dans les bureaux, où jambes livides et chevilles dénudées ont fait leur apparition dans les couloirs en surchauffage constant.

Inutile de rappeler que simuler un printemps électrique n’est pas une idée lumineuse: selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, les bâtiments de bureau en France consomment, par an, 275 kWh par mètre carré (sur une surface globale de 175 millions de m2) et 56% de cette énergie sert à chauffer. Mieux vaudrait se contenter d’une température acceptable et ressortir des tenues adéquates pour la saison.

Faute n°2: être à la mode

Selon une étude commandée par la marque anglaise de prêt-à-porter Simply Be, les garde-robes d’hiver seraient trois fois plus chères que celles d’été. Si Noël et les soldes sont là pour booster les ventes même sous la neige, il faudra donc éviter l’achat des statement pieces, soit les vêtements pile dans la tendance du moment qui risquent de ne pas survivre à l’arrivée du printemps.

Livia Firth, la fondatrice de Eco-Age, un système de certification écologique pour la mode et le luxe, a lancé la campagne #30Wears pour sensibiliser sur la question, invitant les acheteurs potentiels à acheter seulement ce dont ils ont vraiment besoin. «Chaque fois que vous achetez un truc, demandez-vous si vous allez le porter au moins 30 fois. La plupart du temps, la réponse est non», a-t-elle expliqué à Harper’s Bazaar.

Quand une envie d’achat démange, on peut toujours passer par des services de prêt, comme celui proposé par l’enterprise new-yorkaise Rent the Runway –une «garde-robe en cloud» selon la définition de ses fondatrices. Mais s’il y a pléthore de services de partage dans tous les domaines, comment expliquer l’envie brûlante de posséder les cuissardes Saint Laurent incrustées de Swarovski qui font la une d’Instagram cette saison? (les mêmes, on tient à le rappeler, que les influenceuse arborent sans les avoir achetées).

La psychologue de la consommation Kit Yarrows détient la clé du mystère: quand on fait un achat de mode, on s’imagine comme le héros d’un film où «on part en croisière, on est invités à des soirées de gala et on est plus mince de ce que l’on est réellement: on achète pour la personne qu’on imagine pouvoir devenir, pas pour celle qu’on est ici et maintenant». Car ici et maintenant, il y a des chances pour qu’on puisse se passer d’un nouveau manteau.

Faute n°3: préférer systématiquement les fibres synthétiques

Même si la fourrure a fait un come-back fracassant dans le luxe, boosté par des pays comme la Chine et la Russie, pas besoin d’être un intégriste vegan pour décider d’exclure les produits animaux de sa garde-robe, ternie par moult scandales allant des pratiques de plumages utilisés dans la production des doudounes haut-de-gamme (Moncler en a fait les frais en 2014), jusqu’aux mauvais traitements réservés aux moutons élevés pour la laine mérinos.

Se rabattre sur les fibres synthétiques semblerait un choix louable, mais, en mars dernier, Greeenpeace alertait dans son rapport «Expansion de la Fast Fashion» sur les dégâts du polyester, «une fibre relativement à bon marché, utilisée désormais dans 60% de nos vêtements. Si on prend en compte la quantité de carburant fossile nécessaire pour la production de cette fibre, les émissions de CO2 sont presque trois fois supérieures à celle nécessaires pour le coton». Sans parler des scories non recyclables de la production.

Certes, le synthétique se passe des pesticides toxiques, mais il est fabriqué à partir de dérivés du pétrole très friand en eau: la viscose, par exemple, représente à elle seule un fléau pour certaines régions de la planète, comme pointé par le rapport «Dirty Fashion» de la Changing Markets Foundation.

Selon la Banque mondiale, la mode est ainsi responsable de 17% à 20% de la pollution des eaux, ce qui la place en deuxième position parmi les pires pollueurs de la planète. Une aberration parfaitement expliquée dans le documentaire River Blue de David McIlvride et Roger Williams, sorti en 2017, aussi que dans The True Cost, réalisé par Andrew Morgan et présenté à Cannes en 2015.

Faute n°4: ne jurer que par la fripe

Ralentir le rythme d’achat est une proposition qui commence à infuser même les strates les plus hautes de l’industrie de l’entertainment.

Parmi les célébrités les plus engagées, on trouve Emma Watson. Sur son compte Instagram Press Tour (dédié à ses tenues de promo), l’actrice invite ses followers à acheter d’occasion: «Chaque nouveau vêtement possède une empreinte carbone liée à sa fabrication, alors que la quantité d’énergie demandée pour produire un vêtement vintage est zéro.» 

 

Our final day of promoting @beautyandthebeast in Los Angeles. Less than a week until the film opens worldwide! Suit is vintage @ysl from @williamvintage. Every new item of clothing made has a substantial carbon footprint attached to its manufacturing; but the amount of new energy needed to produce vintage clothing is zero. Vintage clothing has a huge role to play in making fashion more sustainable and reducing a global footprint that includes the 132m metric tons of coal used yearly through the production of new fibres, dyeing and bleaching of garments and the 6-9 trillion litres of water used by the industry. The bespoke jumpsuit worn on @jimmykimmellive is by @galvanlondon. Galvan is an independent brand founded in 2014 by four women from the worlds of fashion and art who wanted to redefine modern evening wear. The jumpsuit was made by couture-trained pattern makers, using traditional methods in its atelier in Germany. Jewellery by @lauralombardi and @pippasmalljewellery. Laura Lombardi pieces are made by hand in New York City from new, recycled, and found materials. Social anthropologist and jeweller Pippa Small works directly with miners, craftspeople and gem traders all over the planet, not only to ensure ethical products, but also to share a direct connection of global beauty and world vision. Fashion info verified by @ecoage #ecoloves Skin prepped with Heritage Store Rosewater Glycerin Water. @rmsbeauty "Un" Cover Up was used as foundation with "Un" Powder to set. RMS Beauty is free from nanotechnology and GMO ingredients. Contouring is @tataharper Contour in Very Bronzing. Tata Harper runs her company in the belief that a company that makes products for women should be run by a woman. @vitaliberata Trystal Minerals Self-Tanning Bronzing was also used for contouring. Cheeks are Tata Harper Volumizing Lip and Cheek Tint in Very Sweet. Eyes and brow are @janeiredale Liquid Eyeliner in Brown and Pure Brow Gel in Clear. Beauty brands verified by @contentbeauty

Une publication partagée par The Press Tour (@the_press_tour) le

Un choix plus que jamais tendance cet hiver, vu que les designers ont déterré les coupes vintage, les bérets de marin et les cache-cous années 1970, ce qui rendra impossible à des yeux non avisés de faire la différence entre une pièce de récup' et un originel.

Mais la fripe n'est pas la réponse pour tout. Dans son enquête «Clothing Poverty», le géographe Andrew Brooks estime que seulement 10% à 30% des vêtements recyclés finissent réellement dans les friperies, le reste partant dans des pays du tiers-monde –comme le Ghana, le Pakistan et le Bénin– qui croulent sous les décharges textiles, où une partie de nos T-shirts sera transformée en matériel d’isolation et le reste incinéré.

«C’est plus écolo de continuer à porter ses vieux vêtements plutôt que de les exporter partout dans le monde. Les vêtements que vous donnez sont revendus à des traders qui les revendront à leur tour», conclut The Guardian.

La décroissance a commencé à prendre pied en Angleterre où, en 2016, l’analyste Geoff Ruddell de Morgan Stanley, interrogé par The Financial Times, constatait que «le volume des achats de vêtements a fléchi pour la première fois en 20 ans» –de 4,4%–, du jamais vu. La cause? Une météo étrangement clémente.

Comme l’expliquait en septembre dernier Alessandro Michele, aux manettes de Gucci, il n’y a qu’une seule solution: «Résistez au mantra de la vitesse, qui pousse violemment vers la perte de soi. Résistez à l’illusion de quelque chose de nouveau à tout prix.» Une invitation qui, pour la première fois, ne provient pas de la plume d’un essayiste no global.

Benedetta Blancato
Benedetta Blancato (15 articles)
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