Science & santé

«Je me refuse à installer des applis de rencontre»

Lucile Bellan, mis à jour le 28.11.2017 à 16 h 52

Cette semaine, Lucile conseille Astor, un jeune homme de 27 ans complètement perdu avec les femmes après une première rupture.

Melancholy | par Edvard Munch via Wikimedia CC License by

Melancholy | par Edvard Munch via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je suis Astor, j'ai 27 ans.

Je n'ai jamais été très heureux en amour. J'en ai souffert, longtemps, surtout lorsque je n'avais pas d'expérience, que je n'avais jamais eu de relation amoureuse ni de relation sexuelle. Puis j'ai vécu une histoire l'année dernière avec une femme que j'ai beaucoup aimée, nous sommes restés un an ensemble puis je l'ai quittée car nous ne nous entendions plus. Cela a été une expérience douloureuse pour moi de quitter quelqu'un, je ne m'en croyais pas capable.

Depuis, sentimentalement, c'est un peu le désert. Je me refuse à installer des applications de rencontres, je trouve que cela fait envisager les relations d'une façon consumériste. Toutefois, en sortant avec des amis, je fais des rencontres mais elles s'avèrent plus frustrantes qu'autre chose. Je parviens souvent à avoir des numéros, décrocher des rendez-vous, mais je ne me sens jamais vibrer pour une femme. Ou lorsque j'ai des velléités, elles sont rapidement calmées par la personne en face de moi qui, le plus souvent, n'a pas le temps. Bien entendu, mes amies me trouvent sympathique, plaisant, drôle, intelligent, séduisant et pourtant, je ne parviens pas à trouver l'amour.

Il y a deux semaines, j'ai rencontré à un concert une jeune femme qui m'a bouleversé. J'ai senti immédiatement qu'elle me plaisait davantage que toutes celles que j'ai pu rencontrer auparavant. J'ai réussi à avoir son numéro mais depuis, elle ne répond pas à mes messages ni à mes appels. Un soir, par dépit et un peu alcoolisé, je lui ai envoyé un message d'adieu en prenant acte de son silence et en lui disant que je ne l’embêterai plus. Une part de moi a envie de rêver et de penser qu'il est possible de renouer mais une autre sait pertinemment que nous ne nous reverrons jamais.

Alors, je suis les conseils de mes amis, je continue les rencontres, j'ai un rendez-vous prévu prochainement avec une femme très séduisante mais qui ne me plaît pas outre mesure. Et j'en connais d'autres qui ne me plaisent pas davantage. J'aimerais juste vibrer, aimer et surtout être aimé. Mais je ne sais pas par où commencer, ni ce que je dois faire. J'ai tellement peur d'être rejeté que j'en exerce un contrôle drastique sur mes émotions. Ce n'est pas une vie, j'en parle chaque semaine à mon psy mais je ne parviens pas à changer.

Dois-je essayer de recontacter cette femme à laquelle j'ai renoncée alors que je pensais en la rencontrant que ce serait une idée insupportable pour moi de ne plus la revoir? Dois-je essayer d'en séduire d'autres qui, elles, consentent à échanger avec moi et même sortir en ma compagnie, au risque de me prendre encore des murs? Comment aimer, comment se sentir vivant alors que jusqu'à présent, je n'ai jamais bien su faire ni l'un, ni l'autre?

Je suis un peu perdu comme vous pouvez le voir.

Cher Astor,

Même si j’ai le goût des grands gestes romanesques, je ne peux pas vous conseiller de continuer à importuner cette jeune femme si elle n’a jamais effectué le moindre geste à votre égard. Vous avez beau tout avoir reporté sur elle et être convaincu qu’elle est différente, si elle ne partage pas vos sentiments, il serait malvenu de la harceler pour lui prouver à quel point vous avez raison et elle tort. Même si vous aviez raison, et que vous étiez faits l’un pour l’autre, si elle n’est pas disponible pour cette histoire aujourd’hui, ou qu’elle la rejette pour une raison qui ne regarde qu’elle, vous ne pouvez rien y faire. Faire s’abattre sur elle une pluie de messages ou l’attendre en bas de son travail ne vous vaudra qu’une main courante dans le meilleur des cas. Et, je ne pense pas, encore une fois que cela plaidera pour votre cause. Parmi toutes les raisons qui poussent une femme à donner son numéro de téléphone, avoir enfin la paix en est paradoxalement une très courante et bloquer ensuite l’inopportun ne prend que quelques secondes.

Ce que je veux dire c’est que vous avez peut-être, inconsciemment ou consciemment, mis beaucoup de sens dans cette rencontre de concert. Et qu’il est plus facile pour vous de fantasmer une aventure romanesque avec une inconnue à la manière d’une comédie romantique que de vous impliquer dans les rencontres plus «banales» de votre quotidien. D’une certaine manière, vous êtes plus en sécurité amoureux de celle que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam et que vous ne recroiserez probablement jamais qu’en recherche active d’une compagne avec les moyens d’aujourd’hui.

Vous demandez beaucoup à l’autre, Astor. Et beaucoup à l’amour. Vous semblez attendre d’être bouleversé sans prendre conscience une seule seconde que, dans le véritable amour, cette condition fait peser sur les épaules de l’autre une pression insupportable. Ce bouleversement de votre vie que vous attendez, de la relation et de l’autre, il me semble qu’il ne peut survenir que si vous donnez une chance à la relation de se lancer. Et même dans ce cas, vous pourriez très bien être heureux et amoureux sans constamment brûler de passion. Ce n’est pas à travers une relation que l’on devient vivant.

Vous avez besoin de lâcher du lest, Astor. De ne pas faire de la recherche de l’amour votre seule et unique quête. D’accepter que l’autre soit différent de vos fantasmes, qu’elle ait un travail, un quotidien, ou des passions différentes de vos attentes. N’attendez pas de chaque femme que vous rencontrez qu’elle vous bouleverse et qu’elle soit la femme de votre vie. Bien avant qu’elles n’aient eu le temps de plaider leurs causes et de vous séduire, elle se confrontent déjà à un échec dont on ne se relève pas. 

 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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