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Comment survivre à ce flot ininterrompu d'études alarmantes sur ce qu'on mange?

Repéré par Léa Marie, mis à jour le 28.11.2017 à 15 h 03

Repéré sur The Guardian

Les injonctions anxiogènes –et souvent contradictoires– du «healthy lifestyle» en ont découragé plus d'un.

Supermarché | Alexas_fotos via Pixabay

Supermarché | Alexas_fotos via Pixabay

«On nous cache tout, on nous dit rien», chantait Jacques Dutronc dans les années 1960. Aujourd'hui, les injonctions du type «pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré ou trop salé», «limitez votre consommation de viande», ou encore «bannissez les sodas light» envahissent notre quotidien. Se voulant bienveillantes, elles sont devenues anxiogènes et plongent notre société dans une tyrannie du «healthy lifestyle», explique The Guardian.

Comme l'affirme l'essayiste écologiste Pierre Rabhi avec une certaine dose d'humour noir: «On mange tellement de choses toxiques que ce n'est pas "bon appétit" que j'ai envie de dire aux gens, mais "bonne chance".» Sympathique n'est-ce-pas? Car, voilà, en 2017, pas un seul jour ne passe sans qu'un média publie un nouvelle étude démontrant les effets néfastes d'un de nos aliments du quotidien. Ceux qu'on croyait inoffensifs. Et ceux qui nous étaient même vivement recommandés par les nutritionnistes.

On ne sait plus à quel sain(t) se vouer 

Dernier exemple en date? Le thé, notre fidèle allié ligne et santé. Bu en sachet, il contiendrait, nous apprend-on, de nombreuses substances toxiques et cancérigènes. Au même moment, on nous informe que nos carottes bio à 5 euros le kilo sont en réalité pleines de pesticides. Sans parler des perturbateurs endocriniens qui concerneraient potentiellement, à en croire les experts, tout notre frigo!

Autant de mises en garde démoralisantes que la plupart d'entre nous nous efforçons tout de même de suivre, consciemment ou non.

«On est accros aux titres effrayants concernant notre santé, explique le médecin britannique James Carney. Ceux du genre "Cet herbicide pourrait vous filer la maladie de Parkinson". (...) Les mauvaises nouvelles attirent notre attention. Et nous aspirent dans une orbite (...) qui nous pousse à vouloir savoir ce que nous devrions éviter

Apprendre à relativiser 

Le problème des études (inquiétantes) de santé publique est qu'elles se suivent mais ne se ressemblent pas. Entraînant stress, culpabilité, ou découragement total. Ainsi, comme le souligne Nicky Lidbetter, rédactrice en chef du magazine Anxiety UK, «on change d'avis sur plein de choses. Par exemple, avant, la graisse était perçue comme le diable incarné. Maintenant, c'est le sucre». 

Bien souvent, les chercheurs eux-mêmes ne s'accordent pas. «L'un des problèmes est que les médias prennent ces études séparément, sorties de tout contexte», regrette Aaron E Carroll. Dans le New York Times, ce pédiatre américain dissuade les lecteurs inquiets de lire les articles alarmistes. Ou d'y prêter trop attention. Son slogan? «Quand vous avez peur, soyez sceptiques.» La clé, selon lui, est de relativiser.

Mieux hiérarchiser

 

Pour cela, il s'appuie (ironiquement) sur une étude datant de 2013 intitulée «Est-ce que tous ce que nous mangeons est associé au cancer?», et dans laquelle des chercheurs ont passé au crible l'historique scientifique de 50 ingrédients courants. Au final, pratiquement tous les aliments avaient été décrits comme contenant autant de bénéfices que de risques supposés. Sans que, ni d'un côté ni de l'autre, les preuves ne soient particulièrement édifiantes. 

Tout serait une question de hiérarchisation de l'information, nous dit The Guardian. La fiabilité des études dépend d'une infinité de facteurs allant de la largeur de leur échantillon à l'indépendance des scientifiques qui mènent la recherche. «Toute étude faite sur des rongeurs dans un labo doit être prise avec des pincettes, poursuit Aaron Carroll. Huit rats ne disent pas grand-chose sur la totalité de l'expérience humaine en matière de nutrition.» Idem pour les études de cohorte –qui comparent généralement deux groupes de sujets– qui, d'après lui, omettent parfois de prendre en compte l'existence d'autres corrélations. 

Comment s'y retrouver?

«Il y a des tonnes et des tonnes de choses que vous pouvez manger tout en gardant la santé, sans avoir à vivre dans la peur constante», tente de rassurer Aaron E Carroll. Surtout en diversifiant au maximum son alimentation. Certains énoncés subsistent toutefois depuis des décennies et ont donc pu faire leurs preuves. Parmi eux, «l'exercice physique régulier, maintenir un poids raisonnable et stable, avoir un régime alimentaire équilibré (...), boire avec modération et cesser de fumer».

De quoi maximiser nos chances, sans trop se mouiller, de s'assurer santé et longévité. Il n'en demeure pas moins nécessaire de repenser l'industrie agro-alimentaire qui, dans ses formes les plus massives, nuit à l'homme comme à l'environnement. 

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