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La folie meurtrière du régime syrien contre la Ghouta orientale 

Temps de lecture : 5 min

L’offensive contre le dernier fief rebelle dans les faubourgs de Damas a fait plus de 500 morts et blessés en dix jours. Les casques blancs n’ont pas été épargnés.

Deux hommes pleurent un enfant dans une clinique de Douma, en Ghouta orientale, le 19 novembre 2017. | Hamza Al-Ajweh / AFP
Deux hommes pleurent un enfant dans une clinique de Douma, en Ghouta orientale, le 19 novembre 2017. | Hamza Al-Ajweh / AFP

Alors que le sommet de Sotchi a ouvert mercredi ses portes pour discuter de l’avenir politique de la Syrie et préparer la reprise des négociations de paix prévue à Genève le 28 novembre, l’aviation syrienne continue de sillonner plusieurs régions du pays, dont la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas. Soumise à un déluge inédit de frappes aériennes et de tirs d’artillerie, près de 500 morts et blessés y ont été recensés en dix jours.

Si le rythme de frappes s’est estompé à partir d’hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), près de 300 raids aériens et 1.100 obus et missiles sol-sol se sont abattus sur ce dernier fief rebelle aux abords de la capitale, faisant 104 morts civils, dont 26 mineurs et 4 secouristes des casques blancs, entre le 14 novembre –date du début de l’opération– et le 24 novembre; 410 blessés sont également à déplorer, «dont plusieurs dans un état grave», d’après le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Cette opération d’une intensité inédite s’inscrit dans le cadre des dernières offensives d’envergure lancées par le régime depuis le début de l’année pour reconquérir le plus grand nombre de villes et de provinces, en vue des prochains pourparlers. Objectif: maximiser les gains territoriaux pour élargir la marge de manœuvre diplomatique. À Deir Ezzor, par exemple, les forces loyales occupent désormais 52% de la province, selon l’OSDH, contre 2% avant le début de l’opération en septembre dernier, visant à chasser l’EI de son dernier bastion en Syrie. C’est le cas également de la badia syrienne (désert) ainsi que des provinces de Hama, Homs et Alep, «nettoyées» des dernières poches rebelles. En juin dernier, l’armée syrienne mettait la main, en parallèle, sur les derniers quartiers rebelles à l’intérieur de Damas, tenus par des groupes armés depuis 2012.

«Le régime ne distingue plus entre civils et combattants»

Relativement épargnée jusque-là, la Ghouta orientale –décrétée zone de désescalade en mai dernier en vertu d’un accord entre les principales puissances étrangères– s’est récemment retrouvée au cœur de cette dynamique offensive au cours des dix derniers jours. Bachar el-Assad et ses alliés, dont le Hezbollah libanais, n’auraient pas hésité à utiliser des armes illégales, selon des témoins joints sur place.

«Des bombes incendiaires ont été larguées sur les villes et localités de Douma, Kafarbatna, tandis que des bombes à munitions ont été utilisées à Haresta», précise Siraj Mahmoud, responsable au sein de la défense civile dans la zone du rif de Damas.
«Le régime fait feu de tout bois, y compris le largage de barils d’explosifs et le lancement de roquettes Grad, et n’épargne plus aucun secteur, contrairement à la période précédente où les frappes ciblaient une zone spécifique de la Ghouta», ajoute-t-il.

Les bombardements «ciblent, en outre, davantage de quartiers résidentiels», précise Ahmad, un habitant de la région joint sur place. «Le régime ne distingue plus entre civils et combattants, enfants et secouristes, tandis qu’au nom de la lutte contre des groupes radicaux, la communauté internationale ferme l’oeil sur ce qui se passe», déplore-t-il, en allusion à Jaish Al-Islam et Tahrir Al-Cham, deux des trois principales organisations miliciennes présentes sur le terrain. «Pourtant ces groupes ne sont pas plus radicaux que ce régime sanguinaire qui tue son peuple depuis 2011, tandis que d’autres structures existent également, à l’instar de Faylaq el Rahmane, appartenant à l’Armée syrienne libre (ASL)», précise le jeune homme.

375.000 civils menacés de famine

Sur le plan humanitaire, la situation ne cesse en tous cas de se détériorer. Située à 15 kilomètres de Damas, la Ghouta, d’une superficie d’environ 30 km2, abrite encore quelque 375.000 habitants, soumis à un siège depuis 2013. Cette arme de guerre utilisée par le régime à différents endroits et périodes en six ans de conflit, vise à obtenir des concessions en resserrant l’étau autour la population civile, parfois jusqu’à la famine, comme cela fut le cas début 2016 à Madaya.

«Le siège s’est renforcé depuis la fermeture par le régime, il y a trois mois, d’Al Rafidein, dernière porte d’entrée vers la zone […]. La mort rôde autour d'enfants malnutris et de personnes âgées, dont certains atteints d’une insuffisance rénale nécessitent un traitement urgent», souligne Majd Khalaf, un autre responsable au sein de la défense civile, les Casques blancs.

Preuve d’une «situation humanitaire catastrophique», selon Raëd, un habitant de Hammouriyyé joint sur place, plusieurs dizaines d’affamés de cette localité ont envahi le 19 octobre dernier deux silos, contenant respectivement 1,5 tonne de produits de base et 80 tonnes de sucre. D’après l’OSDH, près de 300 personnes ont désormais besoin d’assistance urgente pour cause de sous-nutrition ou de maladies incurables.

«Nous avons lancé plusieurs appels pour l’acheminement urgent de produits alimentaires et de médicaments et faisons de notre mieux pour mobiliser la communauté internationale», souligne Majd.

Mais l’ONU, critiquée pour sa passivité, voire même sa connivence vis-à-vis du régime, n’a toujours pas répondu à l’appel.

Le 12 novembre, deux jours avant l’offensive, des convois humanitaires ont pu accéder à la ville de Douma pour y distribuer des légumes, du sucre, du riz et de l’huile. «Mais seuls 4.300 paniers alimentaires ont été dispensés, sachant qu’il existe 25.000 familles à Douma, sans parler des autres habitants de la Ghouta», déplore Siraj.

Pis encore, le 15 novembre, un dépôt, contenant le tiers de ces aides, a été lourdement bombardé par les forces loyales…

Les casques blancs pris dans la tourmente

Face à cette pénurie, les casques blancs tentent d’apporter leur soutien «malgré des moyens très limités». Depuis le début du mois, près de 400 opérations d’aide sociale ont été menées –y compris la distribution d’aliments–, ainsi que 44 opérations de sauvetage et 1.109 services ambulanciers.

«L’évacuation de blessés ou de morts coincés sous les décombres est rendue quasi impossible, en tous cas très risquée, par les doubles attaques menées par le régime. À chaque fois qu’une équipe se dépêche sur place, une autre frappe s’abat au même endroit dix minutes plus tard», explique Majd Khalaf.

«Quant au deuxième obstacle majeur, c’est la pénurie de carburants, nécessaires au fonctionnement des fourgons d’incendies ainsi qu’aux tracteurs et marteaux piqueurs pour soulever ou remuer les décombres», déplore le responsable au sein de la défense civile.

«Nous travaillons dans des conditions extrêmes. Quatre de nos secouristes sont morts depuis le début de l’offensive, dont trois tombés vendredi dernier, suite à un raid ciblant le centre de la défense civile à Douma et un secouriste mort lundi à Hammarouyyia sous l’effet d’une bombe à munitions, alors qu’il tentait de sauver deux enfants», raconte, le ton ému, Siraj Mahmoud. Cela porte désormais à 209 le nombre de «sacrifiés» des casques blancs depuis le début du conflit.

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Bachir El Khoury Journaliste

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