Economie

Automobile: Jaguar se banalise

Didier Laurens, mis à jour le 09.01.2010 à 10 h 22

Les premières livraisons de la nouvelle XJ, fleuron de la marque Jaguar vont commencer. Pas sûr que cette nouvelle berline aux lignes sportives mais moins originales parviendra à remplacer l'icône qu'elle veut détrôner.

Il faudra du temps pour s'y habituer. La nouvelle XJ,  n'a rien à voir avec l'esthétique de sa glorieuse ancêtre, apparue en 1968 et dont la calandre pourvue de quatre phares ronds, est entrée dans la légende des voitures d'exception, comme ce fut le cas pour la fameuse type E.

Contrairement à Porsche qui fait évoluer la silhouette de sa 911 de manière à la rendre différente mais toujours similaire, Jaguar à préféré redessiner radicalement la silhouette de la XJ, son haut de gamme, dont la dernière version se vendait mal. La mue esthétique de la XJ évoque celle de la XF, le modèle qui a déjà remplacé la S-type avec, dit-on, un certain succès à l'international.

Sous le crayon de Ian Callum, responsable du design chez Jaguar, la XJ 2010 se caractérise par une ligne taillée pour affirmer la puissance d'une berline qui, dans sa version la plus virile, est animé par un moteur essence AJ-V8 de  5 litres suralimenté et à injection directe de 510 chevaux. La silhouette est celle d'une sportivo-GT signalant que les performances sont bien au rendez-vous.

Parmi les nouveautés de ce modèle aux vitres latérales étirées, on notera un toit vitré panoramique. Il confère à la berline une ligne de pavillon basse et allongée tout en garantissant un habitacle spacieux dès sa version standard de 5,12 m. Il faudra toutefois jauger de l'espace disponible à l'arrière, au-dessus de la tête, car la ligne de toit est très basse. Pour les amateurs de grands espaces, un modèle avec carrosserie allongée à 5,25 m est aussi au catalogue.

Assemblée sur une structure de caisse en aluminium allégée qui a permis de réduire son poids (de 1.755 et 1.915 kg selon les motorisations et l'empattement choisi), l'avant de la XJ affiche une calandre agressive, politiquement moins correcte que la version antérieure. Impossible de l'ignorer, cette calandre massive articule tout l'avant.

Même si le capot nervuré témoigne toujours, affirme-t-on chez Jaguar des gènes esthétique de la marque, cette filiation ne saute pas aux yeux. Jaguar se banalise et se germanise. Les quatre phares ronds ont cédé la place à des optiques effilées. Les cotés intègrent des prises d'air soulignant la largeur des voies. Le sigle de la marque, est directement fixé sur la grille de calandre. Au final, le museau de la voiture semble bien dessinée, un rien m'as-tu-vu, plus germanique que briton, assez séduisant quand on le regarde de trois quart mais massif lorsqu'il est observé de face.

C'est l'arrière de la nouvel XJ qui prête le plus à commentaire.  Aplati, le postérieur de la XJ est encadré par d'imposants feux arrières à LED qui, transforment l'arrière de la voiture en sapin de noël quand ils dont allumés. Le capot du coffre est barré par un jaguar bondissant afin d'assurer l'identification du constructeur. Vue de dos, la nouvelle XJ n'est pas vraiment vilaine mais elle n'est pas vraiment belle. Elle est un rien trop lisse, anodine.

A l'intérieur, le design de l'habitacle est l'élément qui prolonge le mieux l'esprit jaguar: sellerie cuir, boiseries, inserts chromés, tout est là dans les bonnes proportions et l'atmosphère est toujours celle d'un salon anglais.  Le raffinement va croissant selon les versions, au nombre de quatre.

La nouvelle XJ n'étant pour le moment pas disponible, il est difficile d'apprécier ses qualités dynamiques mais le chassis, dessiné sous l'égide de Ford, précédent propriétaire de la marque, a tout chance d'être plus rigoureux que celui de l'ancienne version, ce qui ne frustrera personne.

Il est clair qu'avec ce nouveau modèle, plus voyant, Jaguar ne vise pas seulement sa clientèle traditionnelle mais ouvre la portière à des conducteurs plus jeunes et venus de pays et de cultures automobiles différents.  Si les ventes réalisées sur le vieux continent - environ 300 ventes annuelles de XJ en France en période faste - sont importantes, il est clair que le constructeur mise aussi sur les pays émergents.

Pour Jaguar, le succès de la nouvelle XJ, dont le prix d'appel se situe autour de 78.000 euros est un pari crucial. Malgré la fiabilisation de la gamme - la marque est toujours en panne de rentabilité.

Achetée par Ford en 1989, Jaguar perdait encore près de 400 millions de dollars en 2007 et, avec la crise financière, il est probable que la donne s'est encore détériorée en 2008 et en 2009. La rumeur veut d'ailleurs que Tata, qui a racheté Jaguar et land Rover en 2009 pour 1,5 milliard d'euros était plus intéressé par le fabricant de 4X4, rentable, que par la firme de Coventry. Il aurait finalement accepté un deal portant sur les 2 marques à la demande express de Ford.

La réticence de Tata a certainement été influencée par le passé de Jaguar. Fondée en 1922, la firme a connu les affres de la nationalisation de l'industrie britannique dans les années 60, puis a été à nouveau privatisé en 1984 par Margaret Thatcher, avant d'être acquise par Ford. Sa diversification vers le milieu de gamme avec la X-Type a échoué, l'apparition de moteurs diesels estampillés Jaguar déconcertant, par ailleurs, les puristes.

Pour assurer  le développement de son acquisition Tata, premier constructeur d'utilitaires en Inde, et grand fournisseur de camions et d'autocars en Asie va rationaliser la fabrication des voitures en regroupant les sites de production. Le constructeurs indien envisage aussi d'injecter 700 millions de dollars pour le développement de Land Rover et Jaguar.

Pour Tata, le plus dur sera de prouver à un monde parfois incrédule qu'un constructeur est capable d'assurer à la fois le succès de modèles low-cost et celui de voitures qui ont longtemps symbolisé l'élégance et la sportivité britannique.  Avec sa nouvelle XJ, Jaguar a fait le choix exclusif du haut de gamme alors que son nouveau propriétaire, qui vend sa nano 15 fois moins cher que la plus cheap des land Rover, n'a absolument aucune expérience dans la commercialisation des véhicules de prestige. Mais il est vrai que les indiens ont la réputation d'apprendre vite.

D'ici là, les ventes de la nouvelle XJ diront si le pari esthétique de la marque au félin a séduit les traders sans pour autant déplaire à une clientèle conservatrice attachée à une certaine élégance old school.  Les jeux sont ouvert.

Didier Laurens

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Image de Une: La nouvelle Jaguar XJ Ralph Orlowski / Reuters

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