Monde

Comment un père mégalo et son fils basketteur sont devenus les nouvelles cibles de Trump

Temps de lecture : 8 min

LaVar Ball n'est pas reconnaissant? Trump pense qu'il aurait donc dû laisser son fils aux mains des autorités... en Chine.

Donald Trump : SAUL LOEB / AFP II LaVar Ball I Sean M. Haffey / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Donald Trump : SAUL LOEB / AFP II LaVar Ball I Sean M. Haffey / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Donald Trump a mis un peu de temps à réagir, mais en deux tweets, il a répondu à l’autre Américain à la langue bien pendue du moment.

Maintenant que les trois joueurs de basket ont quitté la Chine, et ont été sauvés d'années de prison, LaVar Ball, le père de LiAngelo, n'accepte plus ce que j'ai fait pour son fils et ce vol à l'étalage n'est pas important. J'aurais dû les laisser en prison!

Le vol à l'étalage est quelque chose de grave en Chine, comme ça devrait l'être (5-10 ans de prison), mais pas pour papa LaVar. J'aurais plutôt dû faire sortir son fils de prison lors de mon prochain voyage en Chine. La Chine leur a expliqué pourquoi ils avaient été relâchés. Très ingrats!

Les deux messages ont une même cible: LaVar Ball, un ancien joueur de football américain, devenu entrepreneur, et père de trois fils: Lonzo, LiAngelo et LaMelo, tous trois basketteurs. Le premier évolue aux Los Angeles Lakers, le deuxième à l’université de UCLA, et le troisième au lycée de Chino Hills.

Des dizaines d’articles ont été écrits ces derniers mois sur le «père le plus controversé du basket américain», comme le qualifie Le Figaro. Il faut dire que sa propension à sortir des énormités, à sentir les opportunités marketing, et à voir en ses fils le futur de ce sport globalisé à coups de déclarations plus farfelues les unes que les autres amène de plus en plus de lumière sur cette famille extraordinaire.

LaVar Ball meilleur que Michael Jordan, selon LaVar

Si vous voulez une preuve de la tendance marquée de LaVar Ball à raconter des choses plus énormes que lui –et physiquement, il en impose–, on retiendra cette sortie où il assurait battre Michael Jordan, le plus grand joueur –voire athlète– de tous les temps, en un contre un.

Pourtant, notait Le Figaro, avant de se tourner vers le football américain, il avait commencé par le basket en universitaire. Bien vu, puisque «son principal fait d’armes est d’avoir tourné à… 2,2 points par match avec Washington State, en 1987-88. Sa seule saison en NCAA. Il n’a jamais joué en NBA». La même année, Jordan décrochait le titre de meilleur joueur NBA et celui de meilleur défenseur.

La propension de LaVar à troller tout ce qui bouge a fini par faire de lui «un sorcier du marketing», comme le décrivait Stephen A. Smith sur le plateau de «First Take», en mars dernier. Ajoutez à cela un markerting ultra-agressif pour sa marque Big Baller Brand, où il vend des chaussures à près de 500 dollars, et l'on comprend soudainement que l'on n'a pas affaire uniquement à un père ultra-protecteur envers ses enfants potentiellement futures stars, mais à une Kris Jenner bis, comme le décrivait Magic Johnson.

Mais en agissant ainsi, il a aussi engendré des victimes collatérales: Lonzo, LiAngelo et LaMelo, scrutés un peu plus à chacune de leur sortie, avec à chaque fois, des dizaines de personnes prêtes à leur tomber dessus au moindre écart sportif ou extra-sportif. C’est sur Lonzo que les projecteurs étaient braqués depuis plus d’un an.

Lonzo est un jeune homme de 19 ans, dont le père considère qu'il est meilleur que Stephen Curry, double MVP et meneur des Golden State Warriors, doubles champions NBA, et qu'il aura le même impact sur les Los Angeles Lakers que Magic Johnson, quintuple champion NBA avec la franchise californienne. Sa bonne saison universitaire et la hype qui l’entouraient l’ont amené à être sélectionné en deuxième position de la dernière draft par les Los Angeles Lakers.

La boulette de LiAngelo

Mais alors que tout le monde se concentrait sur les performances sur les parquets de Lonzo (qui oscillent entre bizutage et record), et les sorties régulières de LaVar, personne n’a vu venir l’incident dans lequel a été impliqué le cadet de la famille, LiAngelo.

Début novembre, alors qu’il était avec son équipe universitaire en Chine pour participer à un match, le joueur des UCLA Bruins a été arrêté avec deux de ses coéquipiers pour vol à l’étalage. Le 8 novembre, ESPN explique que la veille, une vingtaine d’agents de police ont fait irruption dans l’hôtel où résident les équipes et qu’ils ont interrogé plusieurs joueurs de UCLA et Georgia Tech dans une chambre «pendant des heures, et qu’ils n’étaient pas autorisés à parler à aucun de leurs entraîneurs».

«Ils ne plaisantaient pas. Les gamins étaient effrayés», rapporte une source au site américain, qui indique que si les joueurs de Georgia Tech ont pu reprendre des activités normales un peu plus tard, ceux de UCLA ont fini dans une voiture de police, avant d'être relâchés sous caution tôt le lendemain matin.

Si au départ, il était serein, assurant que tout irait bien pour son fils et qu’on faisait tout un plat de cette histoire, LaVar Ball a déchanté. Dans un communiqué, il a ensuite évoqué un «problème malheureux», dans lequel se trouvaient sa famille et l'université de UCLA.

Forcément, dans le monde du basket, les mésaventures de la famille Ball ont fait rigoler pas mal de monde.

Or, rappelle alors le New York Times, si le méfait n'est pas non plus catastrophique, il «menaçait de se transformer en incident international alors que Donald Trump arrivait en Chine dans le cadre d'un voyage de douze jours en Asie, son premier voyage dans la région».

«Dans d'autres cas, les Américains détenus sont devenus des pions politiques, souvent coincés dans un flou légal pendant des mois ou des années.»

Donald Trump et Xi Jinping évoquent le cas LiAngelo

Il faut dire, rappelait le quotidien new-yorkais au début de cette affaire, qu'en Chine «le vol peut amener une condamnation allant de quelques jours à plusieurs années de prison».

«Le système judiciaire chinois a un taux de condamnation très élevé. En Chine, les détenus, y compris les étrangers, peuvent être emprisonnés pendant de longues périodes sans procès, ou sujet à des conditions difficiles et des cas de violence. Pourtant, étant donné la nature très médiatisée de l'affaire, les joueurs pourraient recevoir un traitement préférentiel.»

Par chance, les trois jeunes joueurs californiens ne sont pas restés aussi longtemps coincés dans leur hôtel, résume le quotidien américain. Leur détention a soudainement pris fin le 14 novembre, après ce qui semble être une intervention directe de Donald Trump auprès du président chinois, Xi Jinping, lors d'un sommet économique au Vietnam, avant sa réception en Chine. John Kelly, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, a donné plus de détails au New York Times:

«Notre président a dit à Xi: “Est-ce que vous avez entendu parler de ces crétins qui se sont fait attraper pour avoir volé?”»

Xi Jinping, ne sachant pas ce dont Donald Trump lui parlait, a demandé à ce qu'on lui apporte plus d'informations sur le sujet.

«Le président lui a dit, “ce n'est pas très sérieux. Nous aimerions beaucoup que cette affaire soit réglée rapidement”.»

Deux jours plus tard, les trois jeunes hommes quittaient leur hôtel et prenaient un vol direction la Californie. Selon John Kelly, l'intervention de Donald Trump et le travail des diplomates du département d'État ont permis aux accusations d'être reléguées au rang de délit mineur, et les trois joueurs, assignés à résidence, ont pu finalement quitter le pays.

«Le minimum qu'on puisse dire, c'est qu'ils étaient très désolés. Ils se sont excusé à de nombreuses reprises d'avoir mis leur pays dans l'embarras, d'avoir mis leur équipe dans l'embarras.»

Ne recevant pas de mot direct, Donald Trump s'est cependant inquiété à sa manière du retour des trois jeunes garçons en terre américaine.

Vous pensez que les trois basketteurs de UCLA vont dire merci au président Trump? Ils partaient pour dix ans de prison!

Trump vs. Ball: duel au sommet

Suspendus de leur équipe, ils ont participé à une conférence de presse organisée par leur université, le lendemain, dans laquelle ils ont reconnu les faits de vol à l'étalage non pas dans un, mais trois magasins. LiAngelo Ball, le plus connu des trois, a fait son mea culpa.

À LIRE AUSSI Donald Trump est enragé

«J'aimerais commencer par dire que je suis désolé d'avoir volé dans les magasins en Chine. Je suis jeune, mais ce n'est pas une excuse pour cette décision vraiment stupide», a-t-il assuré, avant que son coéquipier n'ajoute: «Au président Trump et au gouvernement américain, merci d'avoir pris le temps d'intervenir pour nous.»

Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Même Donald Trump semblait décidé à passer à autre chose, en leur souhaitant «une belle vie».

Aux trois basketteurs de UCLA, je dis: “de rien, vous pouvez sortir librement et dire un mot de remerciement au président Xi Jinping de Chine qui…

… a rendu votre libération possible. PROFITEZ DE LA VIE! Et faites attention, il y a de nombreux obstacles qui se dressent sur la longue et sineuse route de la vie”.»

Mais si on l'avait encore peu entendu dans cette histoire, LaVar Ball a fini par se rappeler au bon souvenir de tout le monde, y compris du président américain. Interrogé par ESPN, sur le rôle de Donald Trump dans la libération de son fils, le père Ball a retrouvé ses bonnes habitudes.

«Qui ça? Il était là-bas pour quoi? Ne me dites rien. Tout le monde veut s'arranger pour faire croire qu'il m'a aidé.»

Mesuré, comme à son habitude, Donald Trump a évidemment décidé de ne pas en rester là et d'en rajouter. Le président américain a donc simplement laissé entendre qu'il aurait peut-être dû laisser les trois jeunes hommes gérer eux-mêmes leurs problèmes avec les autorités chinoises, quitte à passer quelques années en prison, puisqu'ils n'étaient pas prêts à le remercier pour ses actions.

Je n'arrive pas à croire que je doive écrire cela: un président ne devrait jamais laisser de citoyen américain au fond d'une cellule d'un régime non-démocratique, simplement parce qu'il ne lui dresse pas suffisamment de louanges.

Des propos qui ont choqué pas mal de monde (dont le numéro deux de l'État de Californie), mais qui n'ont pas encore eu de réponse de la part LaVar Ball.

Vu le potentiel trollesque des deux camps, on tient probablement le premier vrai sommet diplomatique de la présidence Trump. Pour ceux qui auraient peur de le rater, pas d'inquiétude: LaVar Ball le diffusera sûrement dans sa télé-réalité.

Newsletters

Le lobbying ne date pas d’hier, mais du XVIIᵉ siècle

Le lobbying ne date pas d’hier, mais du XVIIᵉ siècle

La Compagnie britannique des Indes orientales a réussi à influencer les plus hautes sphères politiques d'outre-Manche.

Elizabeth Warren est-elle socialiste, comme l'assure la presse conservatrice américaine?

Elizabeth Warren est-elle socialiste, comme l'assure la presse conservatrice américaine?

L'entrée en campagne réussie de la sénatrice dans les primaires démocrates aux États-Unis invite à considérer de près son programme qui peut sembler radical.

Le rap est-allemand, nostalgie d'un pays que les jeunes n'ont jamais connu

Le rap est-allemand, nostalgie d'un pays que les jeunes n'ont jamais connu

Trente ans après la chute du mur de Berlin, les odes à la RDA rencontrent un surprenant succès auprès d'une génération qui n'a jamais connu son pays scindé en deux.

Newsletters