Santé

Cigarette électronique ou vrai tabac, le but des industriels, c'est que vous fumiez

Temps de lecture : 2 min

Les méthodes de séduction employées sont les mêmes.

Des flacons de E-Juice pour cigarettes électroniques, San Rafael, Californie, le 28 janvier 2015 | Justin Sullivan / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Des flacons de E-Juice pour cigarettes électroniques, San Rafael, Californie, le 28 janvier 2015 | Justin Sullivan / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Arômes fruités et goûts de bonbon, voici la recette qu'ont trouvée les industriels de la cigarette électronique pour la rendre populaire. Et ça marche.

Conçue et vendue à l'image de friandises que l'on fait miroiter aux enfants, elle aurait un impact sur la hausse de consommation de tabac chez les jeunes. C'est en tous cas ce qu'avançait Samir Soneji, maître de conférence au Dartmouth Institute for Health Policy & Clinical Practice, lors du premier sommet américain sur la cigarette électronique... ce qui lui a valu de se faire huer par l'assistance.

Les campagnes de prévention prises à leur propre piège

Ce packaging s'inscrit dans une plus vaste campagne de promotion des cigarettes électroniques de la part des industriels (Reynolds American, Altria, anciennement Philip Morris...), qui en faisant mine de les dissocier des cigarettes traditionnelles, reprennent les mêmes codes de communication, aussi bien publicitaires que sanitaires.

The Verge relève que l'argument principal avancé, avant même que des scientifiques n'abordent le sujet, était que le vapotage était «un moyen plus sain de fumer»:

«Les campagnes de prévention publique ont si bien réussi à lier l'acte de fumer au cancer des poumons, que les gens ne se rendent souvent pas compte que davantage de fumeurs meurent de maladies cardiovasculaires et métaboliques, que du cancer des poumons.»

Pourtant, les résultats des rapports sanitaires sont loin de s'accorder, selon qu'ils s'appuient sur des financements privés –liés aux industries du tabac– ou publics. Quand les premiers mettent en avant l'absence de goudron dans les cigarettes électroniques, les seconds soulignent l'impact des produits chimiques contenus dans leur vapeur. Recelant des particules ultrafines et de la nicotine, ils répriment les gènes liés au système de défense immunitaire dans les cellules épithéliales nasales, et pourraient augmenter les risques de maladies cardiovasculaires et d'attaques cardiaques.

Certains lobbyistes de la cigarette électronique ont pu comparer ses bénéfices à la distribution de seringues propres, de préservatifs ou de traitements par méthadone, censés endiguer la propagation de maladies. Mais la méthadone n'est pas conçue pour attirer des personnes qui ne sont pas encore addicts, souligne Soneji. «Ce n'est pas comme si l'on pouvait en acheter au goût de menthe.»

Une multiplication des études qui sème la confusion

Tout comme les compagnies de tabac tendaient à se réinventer une image «socialement responsable» au milieu des années 1990, les promoteurs de la cigarette électronique s'attachent à commander et produire des études sur la réduction des dangers liés au tabac. De cette façon, ils peuvent avancer des liens avec les experts en prévention et redorer leur blason.

Multiplier les études, c'est également un moyen de créer des divisions entre les experts du contrôle du tabac, rappelle The Verge. Cela participe d'un affaiblissement des campagnes publiques de prévention: on met en avant des experts modérés qui feront la promotion de produits dits «plus sûrs», et on attaquera les extrémistes qui s'en tiennent à la rhétorique du «arrêtez de fumer, ou mourez».

Le marché de la cigarette électronique est estimé à 34 milliards de dollars à l'horizon 2021. Du goudron aux produits chimiques et de la cigarette sexy aux vapoteurs marrants, on comprend bien que l'objectif des industriels du tabac est moins de réguler la consommation que d'entretenir des cohortes de fumeurs.

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