Culture

Lil Peep, rappeur noir-fluo dévoré par son auto-combustion

Brice Miclet, mis à jour le 17.11.2017 à 15 h 29

À seulement 21 ans, ce rappeur américain prometteur et star de YouTube, est décédé dans la nuit du 15 au 16 novembre. Portrait d'un artiste certes décrié, mais qui incarnait une esthétique rap à part.

Lil Peep dans le clip de «Awful Things» | Capture via YouTube

Lil Peep dans le clip de «Awful Things» | Capture via YouTube

Les fans de Lil Peep n'en ont que pour cette vidéo: le jeune rappeur américain a posté sur Instagram, quelques heures avant son décès à seulement 21 ans, un cliché de lui en train d'ingurgiter du Xanax. Le musicien est décédé quelques heures plus tard, dans la nuit du 15 au 16 novembre, sans qu'en aucun cas sa mort ne soit officiellement liée à ce geste.

Une overdose est évoquée. De quoi, on ne sait pas. Mais auprès des inconditionnels de sa musique, il y a un aspect prophétique dans ce post.

En juin dernier, alors que la carrière de Lil Peep décollait grâce à la sortie de son EP «Castles II», le New York Times osait le parallèle entre ce jeune homme abîmé et le mythe du grunge Kurt Cobain.

Heureuse comparaison ou non, il n'est pas indécent de trouver qu'après son décès, là aussi, quelque chose de prophétique avait été écrit. Les deux musiciens sont morts jeunes, en pleine gloire (ou presque pour le rappeur), et leurs personnages contiennent quelques ressemblances.

Youtube comme terrain de jeu

Si le journal américain s'était risqué à une telle comparaison, c'est parce que le rappeur véhiculait dans sa musique quelque chose de profond, une introspection punk et autodestructrice que le groupe Nirvana avait aussi explorée, il y a de cela vingt-cinq ans.

Le parallèle est limité. Mais tout de même. À force de porter des t-shirts à l'effigie de Nirvana, de multiplier les atteintes à la morale devant des foules de kids à peine majeurs et de porter la drogue en étendard, on finit par subir le parallèle.

Qui était Lil Peep? Originaire de New York, né en 1996, il avait montré très tôt un intérêt prononcé pour la musique et la mode. Deux domaines qu'il exploita durant sa carrière. Fils de professeur de collège et d'institutrice, il a pris dès ses débuts dans le rap un surnom que lui avait donné sa mère.

Ses premières mixtapes, sorties alors qu'il avait déménagé à Los Angeles afin de se lancer dans la milieu, sont aujourd'hui difficiles à trouver. Mais à l'écoute, elles sont en symbiose avec le son de son époque. Ça n'est qu'avec «Crybaby», puis «Helloboy», en 2016, que Lil Peep se démarque et enchaîne les dizaines de millions de vues sur YouTube, plateforme dont il fera son terrain de jeu.

Lil Peep savait mélanger les imageries. Il avait des tatouages plein la tronche et les bras, héritage de Lil Wayne, 21 Savage et autres XXXtentacion, des contemporains dont il se revendiquait régulièrement.

Pourtant, musicalement, il variait de ses modèles. Aux journalistes qui lui demandaient comment il définissait son rap monocorde, il répondait par «emo-trap» ou «emo-rap», c'est selon.

Ce que l'on retient, et ce qui force la comparaison avec Kurt Cobain, c'est le terme «emo». Le chanteur-guitariste de Nirvana n'était pas emo, certes, mais dans la tête du public et des journalistes, les associations d'idées se font vite, les raccourcis aussi.

Fleur bleue

Ce qui est certain, c'est que Lil Peep avait un côté noir-fluo. Ses coiffures tantôt violettes, bleues, ses poses parfois lascives mais souvent inspirées du gangsta semait le doute. Dans un milieu rap testostéroné qui continue de prôner un patron de virilité établi depuis belle lurette –malgré les artistes tentant de changer la donne–, il s'était ouvertement révélé bisexuel en août dernier.

Surtout, dans ses textes, il avait ce côté fleur bleue. «Runin' away from you takes time and pain / And I don't even want to» («Te fuir prends du temps et fait mal / Je ne veux même pas le faire»). Mais il continue avec son autre côté, celui de l'auto-combustion. «So I'm getting high all week without you / Poppin' pills, thinking about you» («Alors je me défonce toute la semaine sans toi / Gobant des pilules, pensant à toi»).

Revendiquer un côté emo, c'est rappeler au souvenir d'une mode qui, à son pinacle commercial (à ses prémices, il n'en était rien), véhiculait une esthétique androgyne. C'est un cliché, certes, mais il n'y a pas de fumée sans feu.

Le premier véritable album de Lil Peep, «Come Over When You're Sober, Pt.1» sorti en août dernier, confirmait son succès glané en grande partie sur YouTube.

Sur Instagram, quelques jours avant sa disparition, il postait ce message: «When I'll die, you'll love me».

Il était des rappeurs d'une toute nouvelle génération, qui n'a pas l'habitude de perdre ses représentants. Que l'on aime ou pas Lil Peep, il était rudement en phase avec son époque. Il ne sera jamais has been.

 

Brice Miclet
Brice Miclet (40 articles)
Journaliste
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