Monde

COP 23, la peur n’évite pas le danger

Temps de lecture : 8 min

Après Paris en 2015, et Marrakech en 2016, direction Bonn cette année pour la COP numéro 23. Après la décision des Etats-Unis de sortir des Accords de Paris (COP 21) et l’appel alarmant lancé par 15 000 scientifiques à l’occasion de l’ouverture de la COP 23, l’optimisme n’est pas vraiment de mise sur Twitter dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Escaliers | mark sebastian via Flickr CC License by
Escaliers | mark sebastian via Flickr CC License by

Contenu Partenaire - «#Cop23 @rodho_g il est déjà trop tard». Ce dessin de presse résume assez bien l’état d’esprit d’une large part des twittos. Ils voient se succéder les grandes réunions internationales et les annonces de mesures qui de fait n’enrayent pas le réchauffement de la planète. «Cop21: il est temps de passer aux choses sérieuses. Cop22: il est temps de passer aux choses sérieuses. #Cop23: il est temps de… Cop24…». Sur Twitter, les critiques vis-à-vis des COP, ces grands raouts politico-médiatiques qui mêlent volontarisme, annonces de bonnes intentions et prévisions alarmistes, se multiplient. En version pessimiste, avec ce tweet de Forum_Ecolo qui s’offre un jeu de mot bien trouvé («Bonn COP23: vers un COPier coller de la COP22?») ou en version acide avec Davis B qui se demande ironiquement «pourquoi une Cop 22 et 23? @fhollande @RoyalSegolene @LaurentFabius ont dit avoir sauvé la planète!!! avec leur Cop21 non contraignante et rejetée par les USA de #Trump #psCaviarMenteur».

Catastrophe imminente

Si les critiques sont aussi virulentes, c’est que l’heure est grave. «Il y a des Unes plus importantes que d’autres. Il sera bientôt trop tard. Le cri d’alarme de 15 000 scientifiques pour sauver la planète (et l’humanité). À la une du Monde aujourd’hui». Quinze mille scientifiques de tous bords (géologues, physiciens, astronomes, biologistes…) alertent les dirigeants et les citoyens du monde de la catastrophe imminente et irréversible qui menace les êtres vivants. Pour eux, depuis le sommet de Rio en 1992 où 1 700 scientifiques avaient alors signé un appel qui tirait la sonnette d’alarme sur la question du réchauffement climatique, les dégradations faites à la biodiversité, aux sols ou encore à l’atmosphère sont toujours plus importantes. Pour aboutir à cette conclusion, ils ont observé l’évolution entre 1960 et 2016 de divers caractéristiques, analysées par France Culture: «alerte de 15 000 scientifiques: leurs neuf indicateurs de dégradation de la planète analysés».

Si ces conclusions ne sont pas vraiment une surprise, elles viennent rappeler que la survie de l’humanité est en jeu, comme le souligne Patrick Hautefeuille non sans humour: «tiens on vient de s’apercevoir que nous faisons partie intégrante des écosystèmes et que notre espèce peut disparaître comme les dinosaures… Inédit: 15 000 scientifiques lancent un cri d’alarme sur l’état de la planète».

Pression médiatique

Comment réagir et agir? C’est un des enjeux des COP. Mettre en mouvement le plus grand nombre d’Etats et d’institutions publiques et privées, mutualiser les savoirs pour agir efficacement. Controversées, car leurs décisions ne sont jamais contraignantes, les COP sont au moins l’occasion de braquer la lumière médiatique sur la problématique climatique et de faire pression sur les décideurs politiques. Ainsi, Emmanuel Macron n’a pas hésité à marteler le message des scientifiques, allant même plus loin. «#Cop23 le seuil de l’irréversible a été franchi. Macron entend l’appel des 15 000 scientifiques».

Pour le Président français, «la lutte contre le réchauffement climatique est un des combats majeurs de notre temps. L’accord de Paris est un point de départ sur lequel nous ne lâcherons rien #[email protected]» car «l’ensemble de l’humanité est touché par le dérèglement climatique qui ajoute de l’injustice à l’injustice #COP23». `

Emmanuel Macron poursuit en précisant que «si nous continuons comme nous faisons aujourd’hui, nous acceptons la disparition d’ici à 2100 d’un bon nombre de populations ici représentées #COP23». Ce discours alarmiste démontre le rôle déterminant que la France entend jouer face à ce défi. Les Etats-Unis, sortis des accords signés en décembre 2015 à Paris après la décision prise par Donald Trump, laissent un vide que la France veut combler. «#COP23 Macron veut incarner le nouveau leadership mondial, et sur la question climatique, il y a un leadership à prendre estime Alexandre Sulzer #lesinformés». Le slogan de Macron «make our planet great again», en écho au «make America great again» de Donald Trump pendant sa campagne présidentielle en est l’illustration.

Pour autant, les twittos n’ont pas manqué d’épingler les ambiguïtés du Président français et la différence entre les paroles et les actes. «#COP23 à Bonn, le discours d’Emmanuel Macron est contredit par ses actes». «La schizophrénie alors que dans le même temps, on multiplie les accords de libre-échange qui feront augmenter le réchauffement climatique et rien n’est fait pour relocaliser la production #CETA #JETA #COP23».

Tropical Boy se moque de la politique de Macron «#COP23 #Bonn #Macron je veux faire baisser l’émission des gaz à effet de serre et en même temps Airbus vend 430 avions! Mais on se fout du monde!». La contradiction entre activité économique et lutte contre les émissions de gaz à effet de serre fait aussi réagir Florian Philippot qui prévient «si M. Macron veut agir concrètement pour le climat, qu’il retire la France du traité #CETA #COP23 #TDinfos».

Contradictions insurmontables

Cette schizophrénie semble consubstantielle à la problématique climatique. Comment maintenir voire augmenter la croissance indispensable au bien être des populations tout en minimisant l’impact de cette même croissance sur l’environnement? Une équation difficile à résoudre à laquelle Donald Trump a répondu... en renonçant purement et simplement aux Accords de Paris. Impossible selon lui d’abandonner les énergies fossiles sans affaiblir l’économie américaine. D’ailleurs, «à #Cop23, les Américains plaident pour les énergies fossiles raconte @LaurentFabius, haut-référent ONU Environnement #E1Matin».

Mais l’Amérique ne parle pas d’une seule voix. L’ancien gouverneur républicain de la Californie, l’acteur Arnold Schwarzenegger, a twitté de Bonn «regardez ce que j’ai trouvé à #COP23 tandis qu’on se bat pour les énergies vertes et l’air pur, @EmmanuelMacron. On se voit le mois prochain mon ami #MakeOurPlanetGreatAgain». Et, «aux Etats-Unis, @WeAreStillIn, la coalition d’États, de villes et d’entreprises soutenant l’Accord de Paris, représente la moitié de l’économie américaine #COP23 #climat». Ce qui conforte les autres signataires comme l’Allemagne: «COP23 Angela Merkel se réjouit de l’engagement de certaines institutions américaines en faveur du climat, en dépit des décisions du président Trump».

La défection des Etats-Unis a aussi d’autres conséquences, financières cette fois, sur la stratégie mise en place pour lutter contre le réchauffement climatique. Ainsi, «#COP23 Le GIEC est menacé par la décision des États-Unis de ne pas garantir le financement. Je souhaite donc que l’Europe se substitue aux Américains, déclare Emmanuel Macron. Pas un centime ne manquera au GIEC à partir de 2018».

La véritable question que pose le réchauffement climatique «est de savoir si on est capable de modifier le mode de vie des plus riches pour que les plus pauvres puissent vivre dignement sur notre planète @GaelGiraud_AFD #28min #COP23». Pour certains twittos, les modes de production et les indicateurs de bonne santé économiques (PIB, croissance) sont à repenser. Nicolas Maury est convaincu que «rompre avec le capitalisme est une nécessité: le cri d’alarme de 15 000 scientifiques est un appel à rompre avec le capitalisme et son mode de production qui ne créent que destruction et exploitation. Il n’y aura pas de solution dans le capitalisme…». Et ajoute Aislinn, citant le leader maximo disparu d’un pays pétrolier en faillite: «si le climat était une banque, il serait déjà sauvé disait Hugo Chavez. Que s’est-il passé depuis la #COP21? Et la #COP22? Rien! #COP23 #Bonn».

Pourtant, le combat des ONG et de certains gouvernements mené au cours des dernières années n’est pas sans effet et peut donner des raisons de ne pas baisser les bras. Poussé par les exigences climatiques, certains ont misé sur les énergies renouvelables comme l’Islande. «En #Islande, première usine à émissions négatives: n’émet pas de dioxyde de carbone (#CO2) mais en consomme et le fait disparaître dans le sol». Tous les pays n’ont pas le sous-sol volcanique de l’Islande, mais dans un contexte différent le Sénégal affiche sa volonté et ses progrès: «depuis la COP21, le Sénégal a mis en service trois centrales solaires. Onze autres projets sont en cours, dont un parc éolien. A terme, la part des énergies propres sera portée à 30%. #COP23».

Le sujet climatique étant complexe, certains sur Twitter rappellent que toute nouvelle technologie engendre sa propre pollution. «#COP23 Durée de vie maxi d’une éolienne = 20 ans! Les pales en fibre de carbone ne sont pas recyclables donc broyées puis incinérées = pollution!!! Tout cela les pseudos écolos oublient de le dire!».

La démographie, mère de toutes les batailles

La démographie est-elle la véritable clé pour éviter la destruction? Combien d’habitants, notre planète aux ressources limitées peut-elle faire vivre? L’ancienne journaliste Claire Noualhat «ne voit pas comment on va réussir à faire moins, polluer moins, avec plus d’habitants sur Terre #28min #COP23». Elle poursuit en expliquant que «le seuil admis par tous c’est trois à quatre milliards d’habitants sur Terre. Chaque être humain a une empreinte écologique sur les écosystèmes #28min #COP23». Certains s’interrogent: «faut-il limiter les naissances pour sauver la planète? Le lien entre démographie et climat est également au cœur du débat #COP23 #28min».

Reste que le contrôle des naissances est une atteinte à la liberté individuelle qui soucie Twitter à l’image de Gaspard Koenig qui se demande si «cette recommandation des 15 000 scientifiques pour sauver notre planète n’inquiète personne? #malthusianisme @dr_l_alexandre».

Que restera-t-il de la COP 23?

La COP 23 répondra-t-elle à l’urgence de la situation climatique? Difficile de répondre. Mais on veut croire qu’il se passe quelque chose de l’autre côté du Rhin. Par exemple, la mobilisation africaine est manifeste. Elle illustre l’accélération de la dégradation de la planète et la prise de conscience qu’il faut agir. «Urgences climatiques: à elle seule la Côte d’Ivoire est représentée par une délégation de 492 personnes à la COP 23 de Bonn. Or la taille moyenne d’une délégation-pays est de 45 personnes comme le rappelle la Deutsche Welle qui s’est intéressée à la question».

Un terrain d’entente a été trouvé sur une des énergies fossiles les plus polluantes si ce n’est la plus polluante: le charbon. «Le charbon n’appartient pas au futur. Le #Mexique veut construire un futur propre PoweringPastCoal #COP23». Le Canada annonce lui aussi sa sortie du charbon: «le marché a changé, le monde a changé, a annoncé la ministre canadienne de l’environnement Catherine McKenna au lancement du Powering Past Coal Alliance. Le charbon ne reviendra pas. #COP23». Tout comme «le Portugal qui vise à devenir neutre en carbone d’ici 2050, incluant l’abandon du charbon. L’eau, le soleil et le vent seront suffisants: nous n’avons pas d’autre options. #PoweringPastCoal #COP23».

La France n’est pas en reste. «La France s’est engagée dans ces derniers mois pour une sortie de la production des énergies fossiles. Nous fermerons toutes les centrales à charbon d’ici 2021 #COP23» explique Emmanuel Macron. Mais en contrepartie, le rythme de réduction de la part du nucléaire (qui n'émet pas de CO2) dans la production électrique en France est ralenti, le Président avertissant qu’il «craint un retour au charbon si la France réduit trop vite le nucléaire».

Au total, plus de vingt pays se sont engagés dans cette alliance pour la sortie du charbon. Même si les plus gros pollueurs dans le monde (Chine, USA) ne sont pas intégrés à ce processus ni même l’Allemagne pour l’heure (le dessin de presse de Chaunu rappelle que «#COP23 l’Allemagne engluée dans sa dépendance au charbon»), cette alliance trouvée à Bonn va dans le bon sens. Mais le chemin est encore long et difficile.

Rappelons que «vous avez les Etats-Unis qui consomment huit planètes, nous, la France en consommons quatre @jjboillot ##28min #COP23» et si le dérèglement climatique échappe à tout contrôle alors il faut se féliciter ironiquement, avec le journal Fakir, de la découverte d’une nouvelle planète susceptible d’abriter la vie, «ça tombe à pic #COP23».

Slate.fr

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