Boire & manger

Je ne connais pas de bonheur plus grand que celui de faire son pain

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 19.11.2017 à 18 h 18

[BLOG] Il existe comme quelque chose de biblique à créer de ses mains son pain maison.

Flickr/grabadonut-BREAD_1

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Préparer son pain soi-même. S'affairer dans la solitude de sa cuisine à pétrir, sans avoir recours à aucune machine, cette farine à laquelle on ajoutera le levain, le sel et l'eau afin de donner corps à une pâte dont on suivra, inquiet et émerveillé, le gonflement avant de la briser pour mieux la reprendre et lui donner la forme voulue. Je ne connais pas plus grand bonheur.

Puis la glisser dans le four, la voir se colorer, brunir, sentir cette odeur qui vous monte à la tête et qui a des parfums d'enfance, de petit matin, de célébration de la vie, la regarder s'épanouir, prendre ses aises, s'allonger, grossir avant de la sortir et de la déposer en un recoin de la cuisine pour mieux l'admirer comme une œuvre d'art dont vous êtes l'unique créateur, puis de la laisser reposer et de la déguster, le soir tombé, parmi vos amis réunis qui n'en reviendront pas que vous puissiez être celui à l'origine de cette offrande.

Non, je ne connais pas de plaisir plus sain, plus primaire que celui de présider au miracle du pain –car c'en est un!

Il y a comme un parfum biblique dans cet acte d'assembler farine et eau, une sorte de rituel millénaire qui vous fait entrer plus en avant dans la communauté des êtres humains, un retour à la vie d'autrefois quand il ne fallait compter que sur ses propres forces pour se nourrir –la satisfaction d'un besoin ancré dans le cœur de l'humanité depuis presque toujours.

Quelque chose de rustique, d'archaïque, d’éminemment simple, de cette simplicité qui est le sel même de la vie: le goût de l'effort, l'ardeur au travail, la bonne sueur du labeur bien exécuté, tout cet amour que vous mettez à pétrir cette pâte, à la sentir résister sous vos doigts, à la bousculer, à la rudoyer, à la tutoyer jusqu'à ce que peu à peu, elle cède, se plie à vos quatre volontés et vous présente le beau et rond visage d'une boule à laquelle vous accorderez le temps nécessaire de repos afin qu'elle reprenne ses esprits et donne la pleine mesure de sa magnificence.

Et au fond, peu importe le résultat de vos efforts, peu importe que votre pain soit trop bombé, qu'il n'ait pas le croustillant approprié d'une baguette de boulangerie, qu'il soit moins soyeux au regard, seuls importent cette audace, ce courage, cette abnégation qu'il vous a fallu pour vous lancer dans une entreprise aussi téméraire. 

Oui, tant pis ou alors tant mieux si votre pain sorti du four a une drôle de gueule, si sa croûte est trop cuite ou pas assez, s'il n'a pas le goût exact de votre pain de campagne traditionnel, c'est votre pain à vous: rendez-vous compte, tantôt, il n'y avait sur votre établi que de la simple farine, un misérable verre d'eau, un peu de sel et voilà que désormais, grâce à votre entêtement à aller au bout de votre entreprise, vous portez à votre bouche quelque chose qui a le goût même de la terre, de la naissance de l'univers, du miracle sans cesse recommencé de la vie.

Désormais les famines peuvent bien survenir, les catastrophes en tout genre advenir, vous êtes paré, vous pourrez affronter les pires calamités, assuré que vous êtes de pouvoir vous nourrir, vous et votre famille, de ce pain qui est comme une offrande des dieux.

Oui décidément, à bien y réfléchir, je ne connais pas de plaisir plus simple que de produire son propre pain.

Et sans machine à pain hein, je vous ai à l’œil!!!

Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (139 articles)
romancier
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