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Pourquoi les millenials doivent apprendre à dire «non»

Repéré par Léa Marie, mis à jour le 17.11.2017 à 12 h 35

Repéré sur Quartz

L'art du questionnement apparaît comme la plus importante des compétences que puissent acquérir les étudiants. 

Manifestation étudiante au Chili, en 2015 | Francisco Osorio via Flickr CC License by

Manifestation étudiante au Chili, en 2015 | Francisco Osorio via Flickr CC License by

Être bilingue en anglais, savoir se servir de Photoshop et d'Excel ou être calé en analyse de données... Autant de compétences supposément très prisées des recruteurs à l'heure actuelle, dont on préconise l'apprentissage aux étudiants s'ils entendent s'en sortir dans un marché du travail de plus en plus compétitif.

Mais s'il y a bien une aptitude que les jeunes du XXIe siècle devraient à tout prix privilégier, selon le journaliste de CNN Fareed Zakaria, c'est «la discipline intellectuelle». Dans un monde globalisé en mutation, nous traversons une époque de «trop plein d'information» et de bouleversements socio-politiques qui nuiraient à notre capacité de discernement et notre distance critique.

Apprendre à discerner le vrai du faux

À l'ère de la propagation exponentielle de fake news, la capacité déclinante des jeunes générations à contextualiser, discerner le vrai du faux et se forger leur propre opinion devient un réel enjeu de société. Et d'avenir. 

Le constat est édifiant. De nos jours, la majorité des adolescents accèdent à l'actualité via les réseaux sociaux –Twitter et Snapchat en particulier, d'après Quartz. Une étude de  l'Université de Stanford datant de 2016 démontre que la plupart des jeunes, de l'école primaire à l'université, sont incapables de faire la différence entre l'info et les contenus sponsorisés sur internet, d'identifier la source d'un article ou d'évaluer la fiabilité d'un énoncé publié sur un réseau social. 

Lors d'une conférence intitulée «Education in the Post-Truth World», durant le sommet WISE 2017 sur l'éducation, Fareed Zakaria a dénoncé l'impact du vacarme médiatique sur l'ingestion et le traitement de l'information chez les jeunes. L'avènement de Google et de Wikipédia a rendu la mémorisation du savoir obsolète. Les réseaux sociaux ont quant à eux instauré un mécanisme de mimétisme intellectuel dans lequel une partie de la population répète, «tels des perroquets», les principaux argumentaires médiatisés. Sans vraiment les questionner.

«Je dis tout le temps à mes enfants: “Vous pouvez brasser toutes les titres de journaux, les tweets et les blogs que vous aimez, au final, la seule façon d'acquérir de réelles connaissances est d'aller jusqu'au bout du sujet; et vous ne pouvez pas le faire sans lire des livres, interroger des experts ou voyager. Si vous ne faites pas ça, vous vous placez dans une situation de désavantage concurrentiel. C'est, je pense, l'un des plus grands défis que vous serez amenés à relever.”»

Refuser le prêt-à-penser

L'idée n'est pas de culpabiliser les millenials et leurs successeurs (la «Génération Z», qui désignerait celles et ceux nés après 2002). Souvent critiqués pour leur hypothétique incapacité à se concentrer ou leur individualisme, les individus qui forgeront la société de demain font en réalité face à des challenges parfois plus complexes que ceux de leurs aînés.

Améliorer sa concentration ne suppose pas uniquement d'être moins connecté, explique Fareed Zakaria. «Il s'agit surtout d'être plus rigoureux quant aux sources de l'information qu'ils ingurgitent.» Autrement dit, le questionnement du bien-fondé d'un énoncé et de sa provenance devrait relever des acquis pédagogiques fondamentaux du système éducatif, parce qu'il induit une meilleure compréhension globale. 

Au fond, explique le journaliste, les générations futures doivent apprendre à dire «non». Dire «non», c'est refuser de penser par procuration. Dire «non», c'est embrasser le questionnement sain et nécessaire à la pluralité de la pensée. Dire «non», c'est acquérir sa propre expertise. Dans un monde où trop de jeunes consentent passivement à se laisser dicter des opinions, savoir dire «non» devrait donc devenir la qualité la plus valorisée chez nos futurs adultes.

 

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