Économie

La crise du beurre, le crash test du macronisme

Temps de lecture : 3 min

Vouloir réformer, c'est bien. Y parvenir, c'est encore mieux. La crise du beurre est symptomatique des casse-têtes auxquels va devoir faire face le chef de l'État s'il veut réellement transformer en profondeur la société.

Emmanuel Macron aux États généraux de l'alimentation, le 11 octobre dernier I Francois Mori / POOL / AFP
Emmanuel Macron aux États généraux de l'alimentation, le 11 octobre dernier I Francois Mori / POOL / AFP

Il ne faut surtout pas prendre à la rigolade la crise du beurre. Non seulement parce que la pénurie actuelle va assécher nos tartines et brutaliser nos gencives, mais aussi parce qu’elle est très éclairante sur les difficultés du macronisme. Quand on veut «transformer» les choses, il arrive qu’elles se bloquent. C’est le cas, haut paradoxe, d’une matière grasse dont le talent est de faire tout glisser avec bonheur, le beurre.

Plus de tablettes au supermarché? La cause, ou plutôt les causes, sont connues. Moins de production de lait à cause de la fin des quotas à Bruxelles et de la sécheresse 2016, les vaches sans fourrages, pauvres bêtes, ont réduit le débit de lait. Parallèlement, on mange plus de beurre. Cette matière si lumineuse et si noble avait été décriée ces dernières années, la voilà réhabilitée. En plus, la Chine aime les viennoiseries au beurre. La demande mondiale est donc en croissance. Résultat, le prix du kilo est passé de 2.600 euros la tonne au printemps 2016 à 8.000 euros aujourd’hui.

Du coup, dans nos campagnes, l'élevage se tourne vers l'industrie: on veut des hausses de prix! Cette dernière est prise en étau avec la distribution qui n’entend certainement pas faire exploser les étiquettes. Michel-Édouard Leclerc en tête. La filière est furibarde à tous les étages. La couverture par les médias des linéaires vides a poussé à faire des stocks, transformant le manque en pénurie véritable.

Et c'est la foire d'empoigne

Macron n’y est pour rien dans cette crise. Tout s’est passé avant lui, hors de lui. Pour une fois, il n’a pas de pot. Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Stéphane Travert, va devoir tout remettre droit. Mais le président devra avoir l’œil, toute sa politique peut rancir vite.

Dans l’agriculture, la «transformation» qu’a annoncée le président lors des états généraux de l’alimentation en octobre est une inversion structurelle: les prix ne doivent plus être fixés par le bas de la filière, la grande distribution, mais par le haut, les agriculteurs. La conséquence sera de rémunérer la production de viande, de salades, de fruits et de lait à un prix qui permette de vivre et d’investir dans la qualité et le bio. D'où un relèvement des prix à attendre. L’alimentation doit cesser de voir sa part s’atrophier dans le budget des ménages au profit du logement, des loisirs ou des télécoms. Mais avec l’intérêt supérieur que les Françaises et les Français vont manger mieux. Le macronisme est aussi une gastronomie.

Encore faut-il que cela se mette en place, que la nouvelle répartition de la valeur dans la filière se fasse à peu près harmonieusement, bref que cela ne soit pas la foire d’empoigne où personne à la fin ne cède rien. C’est ce à quoi on assiste dans le beurre. C’est ce qui menace de se passer pour toutes les autres filières. La grande mobilisation qu’ont été les états généraux, ces centaines d’heures de rencontres et de dialogue, ne débouche aujourd’hui que sur des accords a minima.

Tracteur bloquant un centre Leclerc, le 10 novembre 2017 I JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Réformes édulcorées

Il fallait tenir compte des coûts de production, relever les seuils de vente à perte, limiter les promotions mais aussi tirer les leçons des évolution de la consommation. Le programme était beau, il ne se traduit concrètement par rien de précis. Un texte d’intention sans traduction concrète sur le seuil de vente à perte, sans engagement véritable. La grande distribution, par ailleurs bousculée par le e-commerce, utilise toute sa force d’inertie et les industriels de leur côté veulent, comme c’est logique, maintenir leur compétitivité internationale.

Le macronisme, c’est finalement des salades, du flan, du beurre? Ce qui se passe dans l’agriculture est de portée générale. Les ordonnances travail sont peu à peu édulcorées par une bureaucratie paresseuse. Les réformes sont toujours limées quand elles passent aux décrets. Il va falloir que le président et ses ministres réaffirment leur volonté et ne perdent jamais de vue leurs vaches. Le beurre et la farine font de bonnes galettes (la croissance). Sans beurre, cela s’appelle se faire niaisement enfariner.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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