Slate et les subventions
Notre position en matière de subventions publiques et les raisons pour lesquelles nous en avons demandé pour financer en partie nos investissements.
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Une précision: aucun des sites «pure players» d'information sur Internet n'a touché pour l'instant le moindre centime des sommes annoncées (pour Slate, Rue89, Mediapart) avec des intentions pas forcément amicales dans la presse. Il n'y aucune certitude sur ces sommes et leur annonce est pour cela prématurée. Aucune décision officielle n'a été communiquée et elle ne sera prise en fait qu'à la fin du mois de janvier.
Les pouvoirs publics français — et pas le gouvernement — gèrent, c'est public, deux fonds d'aide aux médias. Le premier dit de modernisation de la presse qui s'adresse aux médias dits traditionnels est doté de 200 millions d'euros par an pendant trois ans (soit 600 millions). Sa distribution est totalement opaque.
Un deuxième fonds réservé à la presse numérique afin de l'aider à développer des projets vient d'être créé par la loi Hadopi et est doté de 20,5 millions d'euros par an pendant trois ans. Il concerne les dérivés numériques des médias traditionnels et les médias purement numériques et donc Slate et les autres. Ce fonds a vocation à subventionner pour partie les investissements de développement sur Internet.
Une première réunion du comité d'orientation du fonds en question (paritaire entre pouvoirs publics et syndicats professionnels) a eu lieu à la fin de l'année dernière et 18 dossiers seulement sur les 70 présentés ont été pour l'instant examinés. Parmi ces dossiers figuraient ceux de Slate, Rue89 et Mediapart. Pour ce qui est de Slate et sur nos projets d'investissements, essentiellement d'infrastructure technique, nous pourrions nous voir attribuer la somme de 199.000 euros (comme annoncée dans la presse) sur trois ans. Mais il faudra attendre que tous les dossiers soient examinés et qu'il y ait encore des arbitrages entre les différents projets. Il faut savoir que les dossiers présentés par les pure players sont une dizaine sur l'ensemble et les sommes demandées n'ont rien à voir avec les millions d'euros des médias traditionnels qui nous font de ce fait une concurrence déloyale. D'autres subventions pourraient être attribuées pour les années suivantes.
Comment lutter quand un grand quotidien modernise son site avec de l'argent public et fait financer ainsi une application iPhone?
Nous avons des contraintes économiques, propres aux pure players, qui nous mettent déjà dans des situations différentes par rapport aux médias traditionnels (pas de contenu à recycler, pas de marque sur laquelle s'appuyer, pas de synergies publicitaires) et nous ne pouvons faire face à des distorsions de concurrence. Du coup, nous avons décidé, pour en limiter les effets, d'accepter de tendre la sébile.
A Slate, nous préférerions de loin la vérité économique et que chacun fasse la preuve de sa capacité à construire un média rentable, ce qui est la meilleure garantie de la vraie indépendance. Mais la France ne fonctionne pas comme cela.
Ceci dit, nous avons dans le cadre du syndicat des pure players (Spiil), récemment fondé, tous décidé de rendre public les sommes des subventions qui nous serons finalement attribuées et nous comptons également demander la transparence dans ce domaine pour l'ensemble des médias. Même si nous nous heurtons à de nombreuses réticences.
Johan Hufnagel et Eric Leser
Image de une: Flickr CC _gee_
Mis à jour le 07/01/2010 à 18h28










































Pour une bonne partie la presse traditionnelle est muselée par leur propriétaire, elle a également perdue son esprit critique et reste dans un rôle convenu.
Mais ce qui est le plus criant ne pas associer les lecteurs aux débats, grande force des "pure players" qui permettent des échanges d'idées entre lecteur.
Autre sujet, on le voit par les interventions politiques, dont cet illustre inconnu de député de l'UMP qui souhaite un net conforme au communisme chinois et M. Coppé qui souhaite "une régulation du net" en y associant en toute hypocrisie la CNIL (voir son édito sur l'info du 21ème siècle)
Les politiques sont réticents à aider financièrement un média non maîtrisé par leur service et qui en cas d'élection, être porteur d'idées, voilà le vrai pb des "pure players" pour les partis.
Tendre la main pour avoir accès à l'argent du contribuable et NON de l'Etat politique est tout fait logique.
Je pense que si les politiques veulent asphyxier c'est à dire INTERDIRE les "pure players" un maillon essentiel de la démocratie, il faudra ouvrir les sites à la pub de base et à l'abonnement pour maintenir l'indépendance
Merci à Slate de nous permettre de lire, d' instruire et de commenter.
Je pense que les internautes sont dans une logique de porter "assistance" à Slate.
Pour ces éclaircissements. Les slateurs seront, je suis sûre, honorés de connaître la suite de l'histoire au fur et à mesure qu'elle se fait.
L'aventure de ce nouveau modèle économique est pleine de périls, mais passionnante.
Bonne chance.
Un peu comme la presse classique, les "pure players" ( d'ou vient cette expression ? ) s'émoustillent à l'approche du pain béni gouvernemental. Le Fig Mag annonce un enveloppe de 199 000 euro pour Slate, a peu près la même chose pour Mediapart, un peu plus pour Rue89.
Votre démarche de transparence est tout à votre honneur à ceci près que je n ai pas bien cerné dans votre article ce qui vous pousse à accepter ces subventions qui, que vous le vouliez ou non, vous rendent redevables envers le gouvernement (et indirectement envers nous contribuables).
D'autre part, comment rester réellement indépendant lorsque l'on vit, en partie, grace à ces dites subventions ? Admettons que cette année , vous perceviez les précieux deniers, mais pas l'année prochaine, quelle serait dans ce cas votre position vis à vis des généreux donateurs ?
Enfin, pour être parfait dans votre démarche de transparence, pouriez vous nous indiquer, à nous simples commentateurs, mais intégrante partie de Slate et généreux donateurs indirects, quelle est l'audience de Slate ? Nombres de visiteurs, pages vues ...
Cordialement,
Vous nous demandez d'expliquer pourquoi nous avons nous aussi demandé des subventions. C'est exactement l'objet de l'article que vous commentez peut-être sans l'avoir lu. Nous ne pouvons survivre et nous développer qu'en limitant autant que faire se peut les distorsions de concurrence.
Par ailleurs, la crainte concernant l'indépendance des pure players subventionné est en fait assez ridicule et montre une méconnaissance de la façon dont fonctionne les médias. Les médias traditionnels les plus subventionnés et même soutenus à bout de bras par les pouvoirs publics sont en général ceux qui sont les opposants les plus farouches au gouvernement. Surtout, cette question est même absurde quand on sait ce que sont les médias en France: contrôlés par des groupes industriels dont le chiffre d'affaires dépend en majeure partie des commandes de l'Etat, ou des grands patrons proches du pouvoir qui s'offrent une danseuse et l'illusion de l'influence sans oublier des groupes qui accumulent tellement de pertes qu'ils sont soumis au bon vouloir des banques et des annonceurs. Quand à ceux qui proclament qu'ils ne cherchent pas de subventions, ils demandent dans le même temps des passe-droits assez étonnants à l'administration fiscale.
La vraie indépendance et la seule qui vaille des pouvoirs politiques et surtout économiques (bien plus puissants) tient à la capacité des médias en question à être rentable. C'est exactement ce que nous construisons à Slate aujourd'hui à partir d'un modèle qui ne nous obligera pas à courir en permanence les généreux donateurs et les augmentations de capital. Pour autant, nous serions stupides d'être les seuls à ne pas obtenir des subventions pour investir et créer des emplois. La France fonctionne ainsi, on peut le regretter. C'est un principe de réalité.
Quant à nos chiffres d'audience, ils sont aujourd'hui supérieurs à 800 000 visiteurs uniques par mois et le nombre de pages vues est supérieur à 3,5 millions par mois.
Bonne chance avec votre démarche et bravo pour transparence.
C'est rare en France dans le domaine des média.
Je partage l'avis de Corto, et vos arguments dans votre réponse me laissent perplexe, "rentabilité", "la France fonctionne ainsi" (donc on ne peut rien changer..), "audiences supérieures", Décidement le désir de "puissance" est toujours la tentation qui dénature les plus belles intentions , quant à l'indépendance, pas de danger dites vous ?! Mais personne n'ignore aujourd'hui que d'accepter les subventions du Pouvoir en place vous oblige a quelques contraintes, (tout le monde sait aujourd'hui que le pouvoir est concentré dans les mains d'un seul homme, Sarkozy, et lui seul décide), d'une manière ou d'une autre votre liberté de ton... et de position en sera évidemment affectée, et il sera difficile de risquer de renoncer à ces sommes une fois habitués à cette rentrée d'argent.
L'exercice de ce métier vous amène à critiquer, lorsque c'est nécessaire, la politique du pouvoir en place et les hommes qui décident cette politique, il y a à craindre que vous vous autocensuriez de vous même pour ne pas mordre la main qui vous nourrit, impossible de maintenir une totale indépendance sous ces conditions, (c'est déjà le cas pour la Radio, la TV et la presse papier). Mais on en reparlera je pense....
Veronica