Economie

Slate et les subventions

Johan Hufnagel et Eric Leser, mis à jour le 07.01.2010 à 18 h 28

Notre position en matière de subventions publiques et les raisons pour lesquelles nous en avons demandé pour financer en partie nos investissements.

Une précision: aucun des sites «pure players» d'information sur Internet n'a touché pour l'instant le moindre centime des sommes annoncées (pour Slate, Rue89, Mediapart) avec des intentions pas forcément amicales dans la presse. Il n'y aucune certitude sur ces sommes et leur annonce est pour cela prématurée. Aucune décision officielle n'a été communiquée et elle ne sera prise en fait qu'à la fin du mois de janvier.

Les pouvoirs publics français — et pas le gouvernement — gèrent, c'est public, deux fonds d'aide aux médias. Le premier dit de modernisation de la presse qui s'adresse aux médias dits traditionnels est doté de 200 millions d'euros par an pendant trois ans (soit 600 millions). Sa distribution est totalement opaque.

Un deuxième fonds réservé à la presse numérique afin de l'aider à développer des projets vient d'être créé par la loi Hadopi et est doté de 20,5 millions d'euros par an pendant trois ans. Il concerne les dérivés numériques des médias traditionnels et les médias purement numériques et donc Slate et les autres. Ce fonds a vocation à subventionner pour partie les investissements de développement sur Internet.

Une première réunion du comité d'orientation du fonds en question (paritaire entre pouvoirs publics et syndicats professionnels) a eu lieu à la fin de l'année dernière et 18 dossiers seulement sur les 70 présentés ont été pour l'instant examinés. Parmi ces dossiers figuraient ceux de Slate, Rue89 et Mediapart. Pour ce qui est de Slate et sur nos projets d'investissements, essentiellement d'infrastructure technique, nous pourrions nous voir attribuer la somme de 199.000 euros (comme annoncée dans la presse) sur trois ans. Mais il faudra attendre que tous les dossiers soient examinés et qu'il y ait encore des arbitrages entre les différents projets. Il faut savoir que les dossiers présentés par les pure players sont une dizaine sur l'ensemble et les sommes demandées n'ont rien à voir avec les millions d'euros des médias traditionnels qui nous font de ce fait une concurrence déloyale. D'autres subventions pourraient être attribuées pour les années suivantes.

Comment lutter quand un grand quotidien modernise son site avec de l'argent public et fait financer ainsi une application iPhone?

Nous avons des contraintes économiques, propres aux pure players, qui nous mettent déjà dans des situations différentes par rapport aux médias traditionnels (pas de contenu à recycler, pas de marque sur laquelle s'appuyer, pas de synergies publicitaires) et nous ne pouvons faire face à des distorsions de concurrence. Du coup, nous avons décidé, pour en limiter les effets, d'accepter de tendre la sébile.

A Slate, nous préférerions de loin la vérité économique et que chacun fasse la preuve de sa capacité à construire un média rentable, ce qui est la meilleure garantie de la vraie indépendance. Mais la France ne fonctionne pas comme cela.

Ceci dit, nous avons dans le cadre du syndicat des pure players (Spiil), récemment fondé, tous décidé de rendre public les sommes des subventions qui nous serons finalement attribuées et nous comptons également demander la transparence dans ce domaine pour l'ensemble des médias. Même si nous nous heurtons à de nombreuses réticences.

Johan Hufnagel et Eric Leser

Image de une: Flickr CC _gee_

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