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Une année avec Trump, le Président des tweets

Temps de lecture : 7 min

Cela fait un an qu'à la surprise générale Donald Trump a été élu Président des Etats-Unis. Douze mois qui notamment à coup de tweets ont malmené la démocratie américaine. Pourra-t-elle se remettre de trois années encore, au minimum, avec un Président égocentrique, incompétent, haineux et fanfaron.

Donald Trump, Gage Skidmore, Wikimedia Commons.
Donald Trump, Gage Skidmore, Wikimedia Commons.

Contenu Partenaire - Si Twitter s’est particulièrement préoccupé du premier anniversaire de l’élection de Donald Trump, ce n’est pas par hasard. Ce Président entretient plus que tout autre avant lui une relation particulière avec le réseau social. Il en a fait sa chose, un instrument parfois inquiétant de campagne, de pouvoir, de propagande et de démagogie. En court-circuitant les voies habituelles de communication pour annoncer ses prises de décision ou ses coups de gueule à coups de tweets, Donald Trump a inauguré une nouvelle ère politique. Comme le note Quotidien, «on ne pouvait pas parler de Trump sans mentionner … son compte Twitter! Et les chiffres sont…#Trump1an». Télérama, qui titre «Donald Trump, président des trolls. Un an de tweets remontés par @Julia_V» a fait les comptes: 2470 tweets en un an, soit six par jour environ.

42 millions d’abonnés

La page de Trump est à son image. RealDonaldTrump, dont la création date d’avant son élection, compte pas moins de 42 millions d’abonnés (une immense notoriété née à la télévision et aujourd’hui mondialisée par son élection). L’homme ne suit que 45 comptes parmi lesquels moins d’un tiers de femmes. «Trump n’est abonné qu’à 14 femmes sur Twitter. Qui sont ces heureuses élues?». Des proches et sa famille essentiellement, car Trump est un chef de clan, les nominations de son entourage à des postes clés de l’administration le prouvent.

Trump tweete comme il respire et a développé des habitudes comme l’analyse Le HuffPost: «les quatre manies de Trump sur Twitter qui en disent long sur sa manière de gouverner». Tweeter le matin, utiliser des surnoms pour ses opposants majeurs, relayer parfois des tweets émanant de comptes aux idéologies douteuses ou encore maltraiter l’orthographe sont les constantes de la parole trumpienne sur Twitter. Bien que «26% des Américains croient que Trump devrait cesser de publier des messages sur Twitter et 27% d’entre eux soient embarrassés par les propos du président sur ce réseau social», si ces conseillers à la Maison Blanche s'arrachent parfois les cheveux tout commes les élus Républicains, le milliardaire Président persiste à gérer sa parole politique en flux tendu.

Quant à l’allongement des tweets de 140 à 280 caractères, voilà qui lui offrira un espace supplémentaire d’expression, même s'il n’est pas sûr que développer un raisonnement corresponde à son style... Pourtant, dès le lancement de ce nouveau format, sa réaction ne s’est pas faite attendre. «Ca y est, tout le monde a 280 caractères sur Twitter et Donald Trump en a déjà profité».

Les railleurs étant sur le qui-vive, cela a valu quelques remarques ironiques comme celle de Mehdi Betata «Trump pourra maintenant menacer un pays en deux fois plus de caractères, pas mal! #Twitter280Characters» ou celle de Tao Critik «par mesure de sécurité, tous les comptes Twitter auront 280 caractères à l’exception de celui de Donald Trump». Certains s’amusent même des théories conspirationnistes qui pullulent sur le Net pour souligner que «@Twitter passe en #280caractères pile un an après l’élection de Donald Trump. Ce n’est qu’une coïncidence… Ce n’est qu’une coïncidence…».

La machine a tweeter trumpienne aura pourtant connu cette semaine son premier raté lorsque «le compte Twitter de Donald Trump a été désactivé par un employé du réseau social». Précisons que «Twitter: l’employé qui a coupé le compte de Trump risque 10 ans de prison». Outre les 11 minutes de silence obligatoire infligées au président, c’est aussi et surtout la sécurité du réseau qui a été mise à mal.

La coupure subie par Trump a évidemment inspiré des blagues aux twittos, à l’image de cette caricature de Delucq où le président privé de sa touche «envoyer» pourrait bien avoir envi d’utiliser un autre bouton!

Un premier bilan

Cet anniversaire est aussi l’occasion de faire un premier bilan de la présidence Trump. Comme le constate Sébastien Tronche, les choses ont bien changé en douze mois: «Il y a un an: Trump était élu Président des USA, Hollande hésitait à se représenter, Macron était un jeune candidat challenger, Juppé devait être le prochain président, Sarkozy était toujours en politique, Fillon n’était pas encore épinglé par le Canard». Trump s’est imposé sur la scène internationale, autant par ses décisions politiques, souvent incohérentes, que par le traitement médiatique que la presse lui a réservé. L’infographie du Figaro qui résume «une année de Trump en 50 unes marquantes de la presse mondiale» en fait la démonstration.

Au-delà du bruit et de la fureur, quid de sa présidence? Le chômage est en baisse avec plus de 1,5 million de créations d’emplois, ce qui amuse un défenseur de Trump: «pour l’anniversaire de l’élection de #Trump, tous les médias gauchistes ont préparé leur bashing. Pas de bol pour eux». La croissance économique est en hausse et la Bourse se porte à merveille. «Il y a un an jour pour jour le 8/11, Donald Trump gagnait les élections américaines. Le Dow Jones était à 17994 points, il a clôturé ce jour à 23563! Soit plus 5569 points (+23%), plus que la valorisation du CAC40 acquise en trente ans… Mais est-ce vraiment Trump le catalyseur?».

Trump est-il pour quelque chose dans l’amélioration de la situation économique américaine ou bénéficie-t-il des mesures prises par Obama dont les effets se font sentir aujourd’hui? La théorie Obama est défendue par nombre de twittos: Mickael Boyer voit dans les déclarations de Nicolas Bay (FN), louant la réussite de Trump, une tentative de «convaincre que les réformes de Trump portent leurs fruits alors que la santé économique US est due à Obama #Trump1An» et Michaël Lévesque s’interroge: «Trump serait-il en train de Make America great again» malgré lui? Quant à l’universitaire John Paul Rollert, il fait une analogie inquiétante pour la société et la démocratie américaines: «je pense que c’est un peu comme avoir une maison pleine de termites», on ne voit pas immédiatement les dégâts mais au bout d’un certain temps, tout s’effondre.

Si certains pensent qu’«un an après son élection, Trump divise toujours dans son camp», celui des Républicains dans lequel il compte de farouches adversaires, d’autres sont persuadés que «s’il y avait une primaire républicaine aujourd’hui, Trump la gagnerait haut la main». Les récentes élections en Virginie, au New Jersey et à New York n’en ont pas moins été «un gros revers pour Donald Trump dont les candidats à des élections locales ont été écrasés par les démocrates».

Trump élu, la bataille contre les démocrates est restée permanente ainsi «Trump célèbre l’anniversaire de son élection en se moquant de Clinton». «Donald Trump un an après: félicitations à tous les pitoyables» pour reprendre l'expression d'Hillary Clinton sur les électeurs de Trump .

La bataille se joue aussi et toujours, un an après, sur le front de l’information. Donald Trump qui n’hésite pas à répandre des mensonges, des inexactitudes et des informations tronquées et en a fait une arme électorale très efficace a pourtant réussi le tour de force de s’approprier le terme de «Fake News» (fausse nouvelle) et d’accuser les médias traditionnels qui lui sont hostiles de les répandre. Ces attaques permanentes contre les grands médias ont au moins eu un effet positif rendre ces derniers plus populaires et montrer leur utilité de contre pouvoir. Ainsi, «#ÉtatsUnis: rejetant les accusations de fake news de D. #Trump, les jeunes Américains affluent vers les médias traditionnels payants, à commencer par le @nytimes. La part des 18-24 ans est ainsi passée en un an de 4 à 18% des abonnements» .

Un pouvoir chaotique

Les polémiques et controverses lancées par Donald Trump, son caractère imprévisible et incontrôlable, les dysfonctionnements de son administration, inquiètent aux Etats-Unis et dans le monde. Les évictions successives de ses collaborateurs, «en un an de Donald Trump, 27 collaborateurs poussés à la démission», des nominations controversées comme celle de «l’ambassadrice pour les Droits des femmes choisie par Trump qui pense que l’IVG est un génocide», l'enquête en cours sur une collusion pendant la campagne de l'entourage de Donald Trump avec la Russie de Poutine, créent un climat délétère à Washington. La personnalité du Président (colérique, impulsif, narcissique) prête aussi à réflexion sur sa capacité à gouverner: «après un an au pouvoir, des psychiatres se penchent sur la santé mentale de Trump». Il est aussi accusé de tromperie électorale comme on peut le découvrir dans le documentaire «Unfair Game: comment Trump a manipulé l’Amérique».

En France, l’anti-trumpisme bat son plein et fait presque l’unanimité. Le journaliste Yves Boisvert le dépeint comme un «anarchiste peigné; c’est une catégorie politique qui ne compte qu’un seul membre», lui-même. Pour le grand reporter «Renaud Girard, les Européens n’aiment pas Trump car il défend d’abord les intérêts américains». Finalement, comme le résume Ferdinand Lasalle, «entendre parler tout le temps de Trump c’est juste chiant. Et le bashing anti-trump l’est tout autant. Franchement les médias, calmez vous un peu #Trump1An».

Le déluge de reproches et de moqueries consternées semble d'ailleurs se calmer depuis quelques jours, depuis que le Président américain s’est lancé dans une tournée asiatique. «Accueilli en grande pompe en Chine». Donald Trump semble être un représentant de commerce efficace: «Trump à Pékin: moisson d’accords commerciaux pour plus de 250 milliards de dollars».

En Corée du Sud, le président a mis de côté sa casquette de VRP et a repris sa rhétorique guerrière contre le dictateur communiste Kim Jong-un. Pour «Donald Trump, le temps de la force est venue face à la Corée du Nord». Cherchant des alliés, «le président américain appelle Moscou à s’impliquer davantage», dossier qui sera au menu de la prochaine étape asiatique de Trump puisque «Donald Trump et Vladimir Poutine vont se rencontrer ce vendredi au Vietnam».

Presque un Président américain normal donc, convertit à la realpolitik et qui ne fait plus de la Chine l’ennemi irréductible des Etats-Unis qu’il présentait il y a un an lors de la campagne. Certains twittos déplorent même sa mansuétude pour la Chine: «depuis Pékin, Trump applique de nouvelles sanctions contre Cuba. Comme s’il y avait les mauvais communistes (Cuba) et les bons (Chine)».

Mais douze mois après son élection, Trump divise plus que jamais l’Amérique et fragilise sa démocratie. «Haï de ses opposants mais toujours très apprécié par sa base, #Trump pourrait tout à fait être réélu». Et comme s’en amuse, sur un ton prophétique, Serge Ayoub «Trump ne finira pas les primaires, Trump ne gagnera pas les primaires, Trump ne gagnera pas les élections, Trump sera destitué dans les mois qui viennent, Trump ne pourra pas appliquer son programme… Trump ne pourra pas faire un second mandat? #Trump1An». Car sauf procédure d’«impeachment» (destitution) très peu probable aujourd’hui, il est encore là pour trois ans et qui sait… peut-être pour sept ans. Il va falloir s'y habituer, si c'est possible.

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