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Oui, les gens beaux comme Ed Westwick peuvent eux aussi être des violeurs

Léa Marie, mis à jour le 09.11.2017 à 16 h 57

Pour certaines personnes, l'acteur de «Gossip Girl» serait bien trop sexy pour croire aux accusations de viol à son encontre.

Ed Westwick - ALBERTO E. RODRIGUEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Ed Westwick - ALBERTO E. RODRIGUEZ / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les gens beaux peuvent-ils vraiment être des violeurs? Pour certaines personnes, le physique joue sur la crédibilité des accusations portées. Il n'y a qu'à lire les réactions des internautes au témoignage d'une comédienne qui affirme avoir été violée par l'acteur Ed Westwick, lors d'une soirée chez lui. Voici, par exemple, ce que l'on pouvait lire dans les commentaires d'un article –parmi tant d'autres– relayant les allégations de viol visant le comédien rendu célèbre par son personnage de bad boy ténébreux dans la série Gossip Girl:

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Ces remarques ne relèvent pas, hélas, de cas isolés mais proviennent de «femmes avec lesquelles on est amie, de femmes que l'on respecte, de femmes qui se sont par ailleurs elles-même soulevées contre le sexisme endémique relayé par les médias, les politiques et l'industrie du cinéma», déplore la journaliste américaine Roisin Lanigan dans un article publié sur le site Babe

Ce mercredi 8 novembre, une deuxième femme, Aurélie Wynn, est sortie de son silence. Elle explique avoir été elle aussi violée par l'acteur en 2014. Et malgré ce témoignage qui corrobore le premier, les internautes ont continué de se montrer dubitatives:

Le témoignage de la victime encore plus discrédité

Rappel des faits. Le 6 novembre dernier, une actrice américaine nommée Kristina Cohen publie sur sa page Facebook un long message dans lequel elle raconte avoir été violée par Ed Westwick. Il y a trois ans, la jeune femme passe la soirée chez ce dernier en compagnie d'un producteur avec lequel elle sortait à l'époque. Après quelques avances déplacées du comédien, elle exprime, tard dans la nuit, son intention de rentrer chez elle. Ed Westwick aurait alors insisté pour qu'elle se repose dans l'une de ses chambres. C'est là que tout se serait produit:

«Je me suis allongée dans une chambre d'ami et j’ai fini par m’en­­dor­­mir. J’ai été bruta­­le­­ment réveillée par Ed, couché sur moi, ses doigts en moi. Je lui ai dit d’ar­­rê­­ter, mais il était plus fort. Je me suis battue autant que j’ai pu mais il a serré ma tête entre ses mains, m'a secouée. […] J’étais para­­ly­­sée, terri­­fiée. […] Je ne pouvais plus parler ni bouger. Il m’a bloquée et il m'a violée.»

Malgré sa précision, le témoignage accablant de cette femme ne convainc pas tous les fans d'Ed Westwick, qui s'est défendu en expliquant qu'il ne connaissait pas son accusatrice et qu'il n'avait jamais violé personne. C'est un des facteurs qui rend difficile la prise de parole contre de tels actes. La victime, qui dispose de peu de preuves de son accusation, est souvent en partie tenue responsable d'un viol supposé. Que faisait-elle chez lui au milieu de la nuit? N'a-t-elle pas été irresponsable en acceptant de s'endormir dans l'une de ses chambres? Et pourquoi ne parle-t-elle que maintenant? Autant de questions qui, pour certains, sèment le doute sur la véracité de ces affirmations.

L'image stéréotypée du violeur

En accusant ce «beau gosse» d'Ed Westwick, Kristina Cohen se frotte à un scepticisme plus fort. Le comédien n'a que l'embarras du choix, pourquoi userait-il de sa force pour coucher?, semblent dire certains commentaire. Pour d'autres, se faire violer par un homme considéré comme très attirant serait, au fond, moins grave. Et pourrait même s'avérer au final, plutôt agréable. «Moi j'aurais été consentante!», se sont écriées quelques jeunes filles. Comme si la notion de consentement variait en fonction de l'apparence de l'agresseur. «Je veux bien qu'il me viole, moi!», ont déclaré d'autres.

Des témoignages qui contrastent avec ce que l'on a pu lire sur Harvey Weinstein traité de «porc», de «vieux pervers» ou encore de «gros dégueulasse». Le producteur hollywoodien correspondrait effectivement davantage à ce que l'opinion publique imagine être un violeur. «Ces mecs relèvent de l'image stéréotypée du prédateur sexuel, ils sont le genre d'hommes contre lesquels nos mères nous mettent en garde», explique Roisin Lanigan.

Et c'est bien le problème. Les féministes se tuent à le répéter: un violeur, ce n'est pas forcément (voire rarement) l'inconnu flippant qui nous suit dans une ruelle sombre. N'importe qui –proche de la victime, célébrité, beau et jeune homme– peut être, potentiellement, un violeur. Pourtant, les membres de la gent masculine attirants auront tendance à être qualifiés de «séducteurs» ou de «tombeurs». En revanche, ceux au physique plus ingrat seront taxés d'«agresseurs». 

C'est oublier un peu vite que l'attirance sexuelle et le désir n'ont, en réalité, rien à voir avec la beauté. On peut trouver une personne objectivement belle, sans pour autant avoir envie d'elle. Last but not least, les réactions au scandale Westwick sont révélatrices d'un raisonnement erroné, mais solidement ancré dans les mentalités: un viol n'est que rarement lié à un besoin sexuel attisé par l'attirance de son auteur envers la victime. Un viol, c'est avant tout l'expression d'un rapport de force et un abus de pouvoir dont personne ne peut être exempté.

Léa Marie
Léa Marie (8 articles)
Journaliste
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