Culture

La maladie antisémite est incurable

Temps de lecture : 2 min

[Blog] Stèle d'Ilan Halimi profanée, complot sioniste contre Tariq Ramadan, révélations sur le passé trouble de Michel Audiard: pas de doute, l'antisémitisme a encore de beaux jours devant lui.

Flickr/Quinn Dombrowski-Israel new Nazis
Flickr/Quinn Dombrowski-Israel new Nazis

Décidément, l’antisémitisme est une maladie incurable. Elle colle à l'humanité comme le sparadrap aux doigts du Capitaine Haddock. On le pense sur le recul, refourgué aux oubliettes de l'histoire, mis en quarantaine et voilà qu'il renaît de ses cendres, intact, protéiforme, inchangé comme éternel.

La semaine dernière, le journal Le Monde a titré en pleine une: «En France, un antisémitisme au quotidien».

Cet antisémite tristement banal sévit dans nos villes et nos banlieues et empêche des Juifs souvent religieux de vivre au grand jour leur foi. L'antisémitisme sans gloriole, dans un grand maelstrom identitaire, assimile les Juifs de France à la politique menée par le gouvernement israélien, et partant, se pensent légitimes à taguer des synagogues, à tabasser celui-là qui aura l'affront de porter une kippa, à profaner la stèle dressée à la mémoire d'Ilan Halimi.

Antisémitisme de la bêtise ordinaire où l'on confond tout avec tout, avec une mauvaise foi ahurissante mêlée à un aplomb extraordinaire enrobé d'une ignorance abyssale. On revendique le droit d'être béatement antisioniste sans pour autant être antisémite, comme si nier le droit à l'existence d’Israël dans des frontières sûres n'impliquait pas de facto le désir conscient ou pas d'éradiquer la présence juive en cette enclave promise à trop de peuples pour tous les contenter.

Que la question palestinienne soit un vrai problème qui catalyse toutes les haines et tous les fantasmes est une chose, qu'elle serve de paravent à un antisémitisme de bon aloi en est une autre: chacun un tant soit peu au fait de la question sait –hélas!– que la résolution du problème palestinien ne changera rien à la donne dans cette région du monde –ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'en occuper.

D'autres demandes s'en suivront, d'autres problèmes seront soulevés, d'autres jalousies apparaîtront, d'autres rancœurs naîtront, d'autres aspirations verront le jour et très vite, on en reviendra à l'essentiel, à savoir, la négation faite au peuple juif de disposer d'une terre où il pourra vivre sa destinée indépendamment des mouvements d'opinion qui depuis la nuit des temps ont agité les consciences occidentales et provoqué pogroms, meurtres de masse et autres génocides.

La maladie antisémite, c'est encore elle qui est à l’œuvre quand elle voit dans la dénonciation des viols qu'aurait commis Tariq Ramadan un complot grand-guignolesque organisé par je ne sais quelles officines sionistes, révélation abracadabrantesque qui autoriserait du coup à agonir d'injures antisémites, sur les réseaux sociaux, l'une des plaignantes.

La maladie d'antisémite, celle d'aujourd'hui et celle d'hier, quand on apprend, un brin éberlué, que le plus truculent des scénaristes français, Michel Audiard, eut dans sa jeunesse quelques velléités antisémites dont il fit l'étalage dans des articles et autres écrits qui n'honorent pas vraiment sa mémoire.

La maladie antisémite, celle d'aujourd'hui, celle d'hier et celle de demain, quand la tragédie survenue au peuple juif lors de l'Holocauste sera à peine mentionnée, ou alors mise ou même rang que le sort de populations nationales ou de minorités sexuelles, sans lui accorder une quelconque spécificité, antisémitisme de la mémoire, le pire d'entre-tous peut-être, dont déjà on perçoit ici et déjà les prémices.

Maladie qui, aussi longtemps que le monde sera monde, continuera à sévir tant elle est inscrite dans les gènes de l'humanité, invincible maladie qui résiste à tout traitement et dont le seule antidote serait la disparition pure et simple de toute présence juive à la surface de la terre.

Et encore, rien n'est moins sûr!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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