Quotas: il y a boursier et boursier
Etre boursier aujourd'hui en France recouvre des réalités sociales très différentes.
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Vif débat sur les boursiers dans l'enseignement supérieur depuis quelques jours. D'un côté la Conférence des Grandes Ecoles, qui, dans un texte diffusé fin décembre, s'est opposée à l'objectif affiché par Valérie Pécresse de 30% de boursiers dans les Grandes écoles. Selon elle, une augmentation trop importante des boursiers entraînerait une baisse du niveau et une inégalité devant le sacro-saint concours d'entrée. Ces propos ont suscité l'indignation chez les politiques, notamment Luc Chatel, ministre de l'Education nationale et Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l'Égalité des Chances, ou chez Richard Descoings, directeur de Sciences Po.
Le débat entre ceux qui défendent ardemment le concours comme seul instrument de mesure républicaine de la méritocratie et ceux qui pensent qu'il faut créer des voies alternatives pour refléter la diversité de notre société n'est pas nouveau. Il se cristallise aujourd'hui autour des bourses. Pourtant, être boursier aujourd'hui en France recouvre des réalités sociales très différentes.
Comment obtient-on une bourse?
Ce ne sont pas les écoles qui décident de l'attribution des bourses mais l'Etat à travers les services du CROUS.
«Pour avoir droit à une aide financière du ministère de l'enseignement supérieur, il faut avoir moins de 28 ans au 1er octobre de l'année universitaire. (...) Les aides sont ensuite attribuées en fonction de trois critères: les revenus du foyer fiscal, le nombre d'enfants à charge fiscale de la famille et l'éloignement du lieu d'études», explique sur son site Internet le CNOUS, l'organisation qui chapeaute les CROUS. Grâce à ce simulateur, vous pouvez d'ailleurs regarder si vous seriez boursiers.
Il y a 7 échelons pour les bourses (de 0 à 6 pour les revenus les plus bas). A l'échelon 0, les étudiants sont dispensés des frais d'inscription mais ne bénéficient pas d'aides de l'Etat. L'échelon 6 a été créé en 2008 pour les foyers les plus pauvres. Les étudiants touchent alors 4.019 euros annuellement. Une somme importante mais qui ne permet pas non plus d'être autosuffisant financièrement, surtout s'il faut payer un loyer. Certaines écoles apportent des compléments à ces bourses, comme Sciences Po par exemple qui donne 75% en plus de la somme versée par l'Etat.
Les bourses sont calculées à partir principalement des revenus bruts annuels avant déclaration d'impôts qui sont pondérés par ce qu'on appelle des points de charge: l'éloignement, le nombre de frères et sœurs, les divorces éventuels sont autant «d'avantages» par exemple.
Vous pouvez en théorie être boursier (consultez le tableau) si votre foyer fiscal a des revenus inférieurs à 93.720 euros (7.810 euros par mois). Mais dans la pratique c'est presque impossible, puisqu'il faudrait bénéficier de 17 points de charge. Pour être échelon 0 sans bénéficier de points de charge, les revenus doivent êtres inférieurs à 32.440 euros (2.700 euros par mois) et de 7.390 euros (615 euros par mois) pour l'échelon 6.
Il y a boursier et boursier
Selon une enquête de l'Insee de 2007, avant impôt, le revenu moyen était de 35.887 € par an, soit 2.990 € par mois par ménage.
Amusons-nous avec le simulateur. Avec ce revenu, si par exemple vous êtes enfant unique mais que votre foyer fiscal est à plus de 250 km de vos études (cas classique de l'étudiant de province qui va à Paris), vous seriez échelon 0. Pareil si vous étudiez prêts de chez vous mais que vous avez deux frères et sœurs.
S'il n'est pas vraiment possible d'établir un chiffre exact, une vaste partie de la classe moyenne peut potentiellement être boursière selon ces critères. Donc, contrairement au chiffon rouge agité par certains, ouvrir aux boursiers n'est pas seulement ouvrir aux plus défavorisés, c'est ouvrir plutôt à l'ensemble de la population française.
Augmenter le nombre de boursiers dans les grandes écoles ne veut donc pas forcément dire une plus grande ouverture aux plus défavorisés. Potentiellement, HEC ou l'ESSEC, qui ont 12% de boursiers aujourd'hui, pourraient en avoir 30% en n'accueillant que des étudiants à échelon 0. Il n'est pas certain que cela entraînerait une plus grande diversité du corps étudiant.
Thomas Legrand a questionné ainsi sur France Inter ce mercredi 6 janvier la diversité sociale des boursiers. Il a demandé à Richard Descoings, très engagé pour défendre ces objectifs de 30%: «Est-ce que vous êtes sûr que tous ces boursiers méritent vraiment ces bourses?»
Le directeur de Sciences Po a répondu: «C'est vrai que sur les trente dernières années, tous les ministres successifs ont augmenté le nombre des boursiers en France, et, effectivement, il y a des boursiers à taux 0 qui ne sont pas les plus pauvres des étudiants.» Mais il s'est également réjoui que «chez nous, ceux dont le nombre augmente le plus, ce sont les étudiants aux taux les plus élevés, quatre et cinq».
Pour caricaturer, entre un jeune échelon 0 étudiant à Paris mais venant d'une petite ville de province tranquille, avec des frères et sœurs et des parents qui ont fait des études supérieures et un jeune échelon 4, fils ou filles d'immigrés et vivant dans une banlieue difficile, ce ne sont pas vraiment les mêmes problèmes et les mêmes inégalités de départ.
Il y a donc une certaine confusion dans le débat actuel entre augmenter le nombre de boursiers dans les Grandes Ecoles et favoriser leur accès aux élèves les plus défavorisés. Si les deux restent liés en partie, il ne s'agit que d'une étape. Une plus grande diversité des écoles les plus sélectives et donc des «élites» futures passerait par exemple par un quota d'entrée pour les boursiers des échelons les plus élevés. Mais, de ce débat-là, il n'est même pas question.
Quentin Girard. Ancien élève de Sciences Po. S'il était toujours étudiant, serait boursier à échelon 0 cette année selon les critères du CROUS. Ne vient pourtant pas d'un milieu défavorisé. A peut-être fait baisser le niveau.
LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJET: «Les racines de désarroi de la jeunesse» et «Sans plan Marshall pour les banlieues, point de mixité sociale dans les grandes écoles»
Image de Une: Manifestation d'étudiants à Paris Gonzalo Fuentes Reuters
Mis à jour le 08/01/2010 à 9h05










































Bonjour,
J'ai fait une grande école, et je comprends leur réaction. A l'inverse, je trouve les raisonnements indignés que j'ai lus dans ces colonnes fallacieux.
De mon point de vue, créer une politique de quotas: (1) serait incorrect, puisqu'il s'agirait de discriminer sur la situation financière des élèves ce qui, comme toute discrimination, est anti-républicain (2) risquerait de faire baisser le niveau (tout dépend du décalage entre la situation avant quota et celle après quota) (3) pourrait avoir un effet négatif sur les boursiers entrés dans les Grandes Ecoles (qui se verraient soupçonnés de n'être rentrés que grâce à ces quotas).
Etant de sexe féminin, et rentrée dans la plus prestigieuse des grandes écoles avec peu d'autres jeunes filles, je ne suis absolument pas pour les quotas de filles. Et pourtant, je ne pense absolument pas que les filles soient moins capables que les garçons, mais je pense que les attitudes de la société poussent petit à petit les filles à adopter des attitudes et des choix qui les éloignent de ces Grandes Ecoles. Le problème se situe peut-être aussi dans le nombre, à mon époque tout au moins, très réduit de places pour les filles à l'internat, faisant de fait une sélection contre les filles venant de villes un peu éloignées et de familles aux revenus modestes, ne pouvant payer aisément même une place en foyer. Je suis pour lutter contre cette situation, mais je ne pense pas par contre que cette lutte passe par le concours, que je n'ai pas perçu discriminant envers les filles, et j'aurais vraiment peu apprécié de rentrer "sous un régime de quota", de crainte que ma réussite soit ternie par les soupçons que je ne sois rentrée "que parce que je suis une fille".
Concernant le coût des concours, celui que j'ai passé ne coûtait, à l'époque, heureusement que 18 francs (et était gratuit pour les boursiers), et une fois entré, on était payés par l'Etat. Si discrimination par l'argent il y a, elle n'était pas là.
Je persiste à être très étonnée de l'attitude des gens envers les Grandes Ecoles. Non, elles ne représentent pas la société française. Non, venant de quartier déshérité vous avez peu de chances d'y rentrer. Et non, mille fois non, ce n'est pas un quota qui va "arranger cela", de fait, le quota risquerait bien de permettre aux "boursiers des rares familles instruites mais pas riches et localisées dans des quartiers plutôt bons" de rentrer, de la même façon que les quotas raciaux aux Etats-Unis ont pu favoriser plus les noirs de familles aisées que les noirs des mauvais quartiers.
Savez-vous que, pour obtenir vraiment "de tout" dans les Grandes Ecoles, il faut commencer par apprendre à lire à tous les enfants de la République, au lieu de saboter leur avenir dès le CP et de camouffler l'échec de notre école en préférant croire qu'une quelconque condition médicale est à l'origine de nos taux d'échec atterrants?
Comment vouloir que ces enfants arrivent en Grandes Ecoles si, lorsqu'ils sortent de l'école primaire, leur niveau les destine déjà à l'échec au collège?
Comment voulez-vous que les gamins d'aujourd'hui réussissent seulement à SAVOIR ce que c'est qu'un concours et une grande école lorsqu'ils sont condamnés à étudier là où "Madame, mais c'est normal qu'on n'ait vu que deux chapitres, vous comprenez, la prof, elle ne pouvait faire cours que 10 minutes par heure, à cause du bruit"?
Excusez-moi, mais les Grandes Ecoles ne sont-elles pas un bouc émissaire commode alors qu'elles ne font que montrer le résultat d'un système qui, bien avant elles, ne fonctionne pas?
Evidemment, si vous imposez un quota, vous aurez de jolies statistiques à montrer tout de suite... mais cela ne voudra pas dire que les injustices criantes de notre société auront été résolues! Et croyez-vous que les enfants qui n'ont rien pu apprendre à cause de l'école vont s'y laisser prendre? Croyez-vous que mettre de la poudre aux yeux de la société française diminuera les ferments de la violence?
Arrêtez d'attaquer les Grandes Ecoles, victimes commodes parce que très jalousées. Attaquez-vous plutôt, courageusement, aux racines du mal... et si vous voulez que les Grandes Ecoles contribuent, alors utilisez-les intelligemment, par exemple pour tenter de soutenir, par un appui sur le long terme et non pas par un tour de passe passe, des élèves dont le potentiel est là mais qui ne sont pas aidés par les circonstances de leur vie, afin qu'ils puissent mieux réussir leur scolarité, et qui sait, les concours!
Bravo !
Et encore Bravo !
Je pense tout pareil (mais j'écris moins bien et je suis généralement plus bourrin dans mes prises de positions).
Je confirme un point : si l'on demandait aux étudiants des grandes écoles (particulièrement aux boursiers...) de donner un peu de leur temps pour aller aider des populations défavorisées à mieux intégrer le système scolaire Français, les candidats ne manqueraient pas. S'ils étaient payé en plus, les candidats seraient trop nombreux !
Mais l'état Sarkosiste préfère une mauvaise polémique où il passe pour le gentil qui défend les pauvres à une vraie réflexion sur le travail à fournir pour relever le niveau de l'éducation nationale dans les quartiers sinistrés des ghettos que les élites refusent de démanteler, car cela demanderai de faire appliquer la loi SRU ("oh mon dieu, des pauvres à côté de chez nous ?? Jamais, il faudra me passer sur le corps !").
Cela me désespère, mais bon, c'est la démocratie, et plus de 50% des Français préfère un modèle où les riches restent riches loin des pauvres à un modèle qui tentera de mieux répartir les richesses et qui promeut l'égalité des chances.
C'est triste, mais je rassure ceux qui vont me dire de partir ailleurs si je suis pas content... c'est pareil ailleurs !