Égalités / Monde

Les Suédois choqués par une expo sur les règles

Temps de lecture : 2 min

Les illustrations de la suédoise Liv Strömquist divisent les passagers du métro.

Illustration de Liv Strömquist à la station de métro Slussen, à Stockholm. Par Janet Carr
Illustration de Liv Strömquist à la station de métro Slussen, à Stockholm. Par Janet Carr

Les tabous peuvent-ils se briser sur un quai de métro? C'est en tout cas ce qu'espère Liv Strömquist –et de nombreuses féministes derrière elle– dont les œuvres sont affichées depuis plusieurs semaines sur les murs de la station Slussen, à Stockholm. Ce qui ne manque pas d'interpeller les voyageurs.

Et pour cause: les illustrations de l'artiste suédoise dépeignent des animaux (jusqu'ici tout va bien), des hommes (jusqu'ici tout va bien), mais aussi (et là rien ne va plus) des femmes aux jambes pas rasées... ou qui ont leurs règles. Représentées par des tâches rouge vif, elles contrastent ainsi radicalement avec ces dessins en noir et blanc.

L'une des affiches représente, par exemple, deux patineuses artistiques, les jambes levées, qui semblent nullement gênées par la visibilité de leurs menstruations. Sur une autre, l'une d'entre elles est assise, les jambes écartées. Son titre? «It’s Alright (I’m Only Bleeding)» («Rien de grave, je suis juste en train de saigner»), détournement astucieux d'un titre de chanson de Bob Dylan. Une façon de remettre en question le sentiment de honte qui entoure ce phénomène pourtant naturel et vécu par la moitié du genre humain.


Liv Strömquist

L'initiative fait polémique

Jugée controversée, l'exposition divise les passagers. «Ce n'est pas de l'art, c'est dégoûtant», râle l'un d'entre eux sur Twitter. Comme lui, de nombreux Suédois se plaignent. Le métro n'est, selon eux, pas le lieu adéquat pour mener ce genre de réflexions. «Super. Dorénavant les Stockholmois peuvent se délecter des règles dans le métro!», ironise un utilisateur. «C'est compliqué d'expliquer à un enfant de 4 ans ce qu'est le rouge entre leurs jambes», déplore un autre internaute.

Certaines femmes, elles aussi, se montrent critiques. C'est notamment le cas de Janet Carr, une linguiste et traductrice sud-africaine résidant à Stockholm, qui a exprimé son scepticisme sur son blog:

«D'un côté, c'est bien qu'on parle ouvertement de certains phénomènes corporels comme les menstruations. (...) De l'autre, je ne suis pas sûre de vouloir voir d'énormes images de ce style lors de mon trajet quotidien

Autant de réactions qui reflètent exactement ce qu'entend dénoncer Liv Strömquist. Il est fou qu'en 2017 encore, les règles soient considérées comme un thème provocateur, explique-t-elle. «Je n'arrive pas à comprendre pourquoi.»

La compagnie de transports assume

Martina Viklund, porte-parole de l'équivalent suédois de la RATP, a toutefois réitéré le soutien de la compagnie envers les œuvres de Strömquist, en dépit des nombreuses plaintes:

«Le corps humain a toujours été un sujet d'interprétation dans la tradition artistique. En exposant l'art de Liv Strömquist, nous avons voulu célébrer le corps humain dans toutes ses formes et ses facettes

L'artiste féministe, a qui l'on doit aussi L’Origine du monde, une bande dessinée satirique sur le corps féminin, est cependant loin d'être la seule à avoir reçu cet honneur. Le métro de Stockholm est qualifié par certains de «plus grande galerie d'art au monde». Et pour cause: sur un réseau de 100 stations, 90 d'entre elles sont agrémentées de tableaux, sculptures, fresques ou encore mosaïques. En tout, près de 150 artistes ont vu leurs œuvres exposées dans le tunnelbana (métro en suédois) depuis les années 1950, faisant de ce lieu de transit une véritable temple d'art public.

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