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«Je sais qu'il ne pourrait pas me pardonner quand bien m'aimerait-il encore»

Lucile Bellan, mis à jour le 31.10.2017 à 11 h 28

Cette semaine, Lucile conseille Virginie, une lycéenne qui regrette d'avoir quitté le premier homme qu'elle a aimé.

Baiser, au lit | par Henri de Toulouse-Lautrec via Wikimedia CC License by

Baiser, au lit | par Henri de Toulouse-Lautrec via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je suis dans ma dernière année de lycée. J’ai vécu, en seconde, une histoire d'amour qui a duré plus d'un an avec un garçon. Ça va paraître dérisoire du haut de mes 17 ans, mais nous nous sommes aimés de façon très fusionnelle. L'histoire a pris fin quand j'ai rompu avec lui: j’avais rencontré pendant des vacances un autre garçon et pensais en être tombée très amoureuse. J’y avais beaucoup réfléchi mais ces pensées même me paraissaient coupables et je ne pouvais plus regarder mon premier amour sans avoir le sentiment de le tromper.

Je lui ai dit que je ne l'aimais plus pour ne pas le faire trop souffrir de la trahison. Il s'est passé des choses avec cet autre garçon, puis assez vite, il m'a expliqué que ce n'était pas de l'amour entre nous, mais beaucoup de désir et d’envie. J’ai accepté cette situation qui me faisait souffrir. J'y voyais mon amour pour lui réduit, mais j'ai ensuite compris que ce n'était sans doute pas de l'amour mais plutôt la projection de mes fantasmes, d'une image que je croyais retrouver en lui.

Cette relation étant très peu suivie, j'ai fréquenté quelques garçons. Je suis sortie quelques semaines avec l'un d'entre eux qui disait m'aimer mais je sentais que je n'avais pas des sentiments aussi forts à son égard alors j'ai rompu. Il y a ensuite eu des flirts un peu poussés et puis une histoire de couple qui n'en était pas vraiment un et qui a vite pris fin.

À chaque rencontre, je me disais que ce n'était pas comme avec le premier, puisque étant le premier, il devait être inégalable. Aujourd'hui, je réalise que si je n'ai pas de nouveau ressenti ces sentiments c'est parce que je n'ai jamais vraiment cessé d'aimer mon premier amour. Nous ne sommes pas au même lycée mais avons des amis en commun. Nous nous sommes revus plusieurs fois entourés d'autres personnes et puis quelques fois seuls, j'ai à chaque fois une émotion unique à me retrouver proche de lui. Je l’aime, je pense.

J'aimerai lui dire et que nous reprenions les choses où elles avaient pris fin, lui dire que je me suis trompée, je sais qu'il a encore une émotion à mon égard et qu'il n'a pas rencontré d'autres filles depuis notre rupture. Mais je sais aussi que je l'ai beaucoup fait souffrir, qu'il ne pourrait pas me pardonner quand bien même m'aimerait-il encore. Je l'aime, peut-être m'aime-t-il mais depuis plus d'un an nous vivons un malentendu, à cause de moi, et j'en souffre.

J'en ai souffert quand ça a eu lieu et puis en y repensant quelque fois, mais aujourd'hui j'ai la conviction d'être toujours amoureuse de lui et ne sais pas quoi faire. S'il consentait à vivre encore quelque chose avec moi, à quel prix vivrions-nous cet amour? Avec quels fantômes et traces du passé? Plus le temps passe, plus je crains qu'il trouve une autre, et que je n'ai plus qu'à me mordre les doigts. 

Virginie

Chère Virginie,

En lisant votre message, je me rappelle de cet amour fou de lycée. Tellement fou qu’il avait fallu mettre de la distance kilométrique entre nous tant il ne semblait pas avoir de limites. Et nous étions si jeunes. Pendant des années, j’ai gardé dans la bouche le goût d’inachevé, perdue dans mes souvenirs d’absolu. Et puis un jour, alors que j’étais pourtant en couple, j’ai décidé de le recontacter, ce premier amour du lycée. Je me disais que je passais peut-être à côté de ma vie, que je ne pourrais jamais aimer autant que je l’avais aimé. Il était en couple aussi. Je crois qu’il avait gardé ce même souvenir de moi parce, qu’étant en couple aussi et fondamentalement très fidèle, il a quand même accepté de me rencontrer. Et je suis heureuse de dire aujourd’hui, que cette rencontre en forme d’adieu à ma jeunesse, elle m’a permis de vraiment commencer à vivre.

Bien sûr que je crois à la force de vos sentiments et à l’intensité de votre histoire. Et quelque part, je suis heureuse pour vous d’avoir commencé votre vie amoureuse sur une note aussi passionnelle. Vous dites «je l’aime, je pense» mais il me semble, à travers ma propre expérience, que vous aimez surtout cet amour définitif, fou et fort.

Même si j’en ai beaucoup pleuré à l’époque, je vous souhaite d’avoir la chance de vous confronter à nouveau à cet amour. D’aller lui parler, peut-être de vous donner une seconde chance. Mais je crois que cet épisode, ce premier amour, est bel et bien fini. C’est la définition même du premier amour, il est le premier d’une série et il se finit un jour pour laisser place à d’autres. Le vôtre a été beau et vous savez aimer. Je ne doute pas une seconde que vous aimerez à nouveau. Différemment parce que vous aurez changé, mais avec autant de force.

Ne vous fustigez pas pour avoir eu envie de vivre. Ne le faîtes jamais. Aimer, être heureuse, souffrir, tromper, se tromper, recommencer, c’est la base de la vie. Et si vous l’assumez, vous serez sans nulle doute assez douée à ça. Chérissez ce souvenir précieux de votre premier amour, mais ne le laissez pas devenir toxique. Il vous a construite, ne le laissez pas vous détruire.

 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (168 articles)
Journaliste
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