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Pourquoi le coming out de Kevin Spacey est désastreux pour la communauté LGBT+

Repéré par Léa Marie, mis à jour le 30.10.2017 à 18 h 12

Repéré sur Mashable

Accusé d'agression sexuelle sur un garçon de 14 ans, le comédien a profité de son communiqué d'excuses pour officialiser publiquement son homosexualité.

Kevin Spacey à Los Angeles en avril dernier. ROCHELLE BRODIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Kevin Spacey à Los Angeles en avril dernier. ROCHELLE BRODIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La libération de la parole permise par l'affaire Weinstein semble avoir aidé Anthony Rapp, aujourd'hui âgé de 46 ans, à oser se livrer lui aussi. C'est dans le cadre d'une interview accordée à Buzzfeed News que l'acteur de la série Star Trek: Discovery est revenu sur les agissements de Kevin Spacey à son encontre, lorsqu'il était adolescent. 

Il aura fallu près de trois décennies à Anthony Rapp pour qu'il trouve la force d'en parler. Autre élément déclencheur? La cérémonie des Tony Awards, le 11 juin dernier, que le comédien visionnait avec ses amis et son compagnon. Et dont l'animateur n'était autre que Kevin Spacey. De quoi raviver la sensation de peur et de dégoût qu'il avait tâché d'enfouir pendant tant d'années. 

«Il essayait d'avoir une relation sexuelle avec moi» 

Les faits reprochés à la star de House of Cards se seraient déroulés lors d'une soirée dans l'appartement de Kevin Spacey, en 1986. Alors âgé de 26 ans, l'homme aurait tenté d'avoir des rapports sexuels avec le jeune mineur, qu'il aurait allongé sur son lit avant de se coucher sur lui.

«L'impression que j'ai eue quand il est entré dans la pièce, c'est qu'il était ivre. (...) Il a tenté de me séduire. Je ne sais pas si le terme convient. Mais j'étais bien conscient qu'il essayait d'avoir une relation sexuelle avec moi.» 

Affirmant ne pas se souvenir de cet épisode, Kevin Spacey a malgré tout tenté un mea culpa via un communiqué publié sur Twitter: 

«Honnêtement, je ne me souviens pas de cette rencontre, cela date d'il y a plus de trente ans. Mais si je me suis bel et bien conduit de la sorte, je lui dois mes excuses les plus sincères pour ce qui relèverait d'un comportement terriblement déplacé, causé par l'excès d'alcool». 

Les choses auraient pu s'arrêter là. Mais le comédien américain a jugé bon de s'attarder, par la même occasion sur son coming out.

«Cette histoire m'a poussé à aborder certains aspects de ma vie. (...) Comme le savent mes proches, j'ai eu des relations avec des hommes et des femmes durant ma vie. (...) Aujourd'hui, j'ai décidé de vivre pleinement mon homosexualité.» 

Du pain béni pour les homophobes 

Scandalisés, de nombreux membres de la communauté LGBT+ dénoncent une grossière tentative d'éclipser l'affaire Rapp. Une synchronisation d'autant plus regrettable qu'elle semble, selon eux, établir un lien entre homosexualité et pédophilie. «Kevin Spacey fait son coming out pour faire distraction sur le fait qu'il est accusé d'être un agresseur d'enfants», déplore une utilisatrice de Twitter.

Selon un autre internaute, «Kevin Spacey n'a jamais rien fait pour la communauté LGBT jusqu'à ce qu'il ait besoin de s'en servir comme bouclier pour se dérober face à ses actes horribles». Plusieurs médias lui avaient notamment reproché après la cérémonie des Tony Awards qu'il présentait en juin dernier d'avoir multiplié les allusions à sa prétendu homosexualité faisant du coming out un sujet de (mauvaises) blagues.

Comme le souligne Mashable et plusieurs porte-paroles d'associations LGBT+, associer le fait d'être gay et la tentative d'abuser d'un jeune mineur risque d'accentuer les préjugés qui pèsent déjà sur les homosexuels. «Cela renforce l'idée reçue selon laquelle les gays sont des prédateurs sexuels», regrette l'activiste Ashlee Marie Preston.

Journaliste auprès de Vanity Fair, Richard Lawson ajoute: 

«Cela expose la communauté gay à des millions de critiques et suspicions archaïques. (...) Le chemin que nous avons parcouru jusque-là pour nous débarrasser de cette idée selon laquelle nous serions tous des pédophiles a été très long.»

En finir avec l'excuse de l'alcool 

Dans le message de Kevin Spacey, un autre élément dérange: la tentative d'excuser sa mauvaise conduite par son état d'hébriété supposé. Les militantes féministes ne cessent de se battre pour que l'alcool ne constitue plus, dans l'imaginaire collectif, une circonstance atténuante à des comportements déplacés, du harcèlement ou des agressions sexuelles. 

En brandissant la carte de l'ivresse, explique la journaliste Ira Madison, l'acteur «véhicule l'idée que lorsque les gays sont saouls, leur seconde nature ressort et les pousse à draguer un garçon de 14 ans». Un vieux fantasme régulièrement agité par certains homophobes, qui voient une corrélation entre homosexualité et pédophilie. 

Si Anthony Rapp a trouvé le courage de parler, c'est avant tout, dit-il, pour faire la lumière sur ces décennies d'abus jusqu'alors impunis car de nombreuses victimes, comme lui, sont restées silencieuses. Il dit espérer que le vent révolutionnaire qui souffle sur l'industrie du cinéma américain depuis le scandale Weinstein permettra également de souligner que les jeunes acteurs sont eux aussi exposés à ce genre d'abus. Toutefois, c'est sur la question des violences sexuelles, et uniquement des violences sexuelles, que doit être mis le coup de projecteur. Aucune orientation sexuelle n'y est davantage exposée.

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