Monde

Les journalistes cobayes de Facebook sont les premiers traumatisés

Temps de lecture : 2 min

Dans six pays, le réseau social a joué à un petit jeu. Et a brûlé pas mal de monde, au passage.

Facebook app | Eduardo Woo via Flickr CC License by
Facebook app | Eduardo Woo via Flickr CC License by

Il y a quelques jours, on vous racontait l'histoire des petites expériences de Facebook. Dans six pays, la Slovaquie, le Sri Lanka, la Serbie, la Bolivie, le Guatemala et le Cambodge, le réseau social a scindé en deux le fil d'actualités de ses utilisateurs.

«D'un côté, les utilisateurs de Facebook peuvent lire les posts de leurs amis et les posts sponsorisés des pages qu'ils suivent. De l'autre, un espace intitulé Explore, qui rassemble les pages auxquelles ils sont abonnés. Petit problème: pour y accéder, il faut le voir, et cliquer sur un lien. Autant dire que les administrateurs des pages en question ont pris un gros coup derrière la tête au moment de consulter leurs chiffres.»

Forcément, l'expérience a inquiété dans le reste du monde même si Facebook l'assurait: il ne s'agissait que d'un test. Pour l'instant, en tout cas.

Sauf que comme on l'expliquait déjà la semaine dernière, pour les six pays en question, ce test-là et ses conséquences sont bien réelles. Dès la publication de l'article du Guardian sur cette affaire, Nicholas Dawes, membre de Human Rights Watch, l'exprimait en quelques tweets, et qualifiait les pays touchés par l'expérimentation de Facebook de «dommages collatéraux d'un A/B testing».

«Ce sont quasiment toutes des sociétés qui sortent de conflits ou de jeunes démocraties qui ont besoin d'un fort journalisme indépendant. Pour Facebook, ces personnes-là, et ces éditeurs sont simplement des cobayes.»

Une semaine plus tard, le Guardian a suivi cet angle, et publie un article sur les conséquences des expériences de Facebook.

«C'est orwellien»

En Slovaquie, le site pour lequel travaille le journaliste qui a révélé les expérimentations du réseau social espère s'en tirer grâce aux autres sources par lesquelles arrivent les lecteurs, malgré l'énorme chute d'audience via Facebook. Pour certains, c'est encore plus compliqué. Pour le site guatémaltèque Soy502, ce sont les deux-tiers du trafic qui se sont envolés d'un coup, explique la journaliste Dina Fernandez.

«Des années de dur labeur ont été balayées. C'est catastrophique et je suis très inquiète. [Même si Facebook revient en arrière] je ne sais vraiment pas combien de temps on mettra à s'en remettre. S'ils le font assez vite, ce sera peut-être moins compliqué. Si ça prend longtemps, on ne sera peut-être plus là. [...] Chez Soy502, on a travaillé dur pour devenir un site d'informations respectable, il y a quatre ans, et ça peut être détruit en un instant.»

Un autre journaliste au Guatemala, Otto Angel, raconte que Facebook y est utilisé pour combattre la corruption en diffusant en direct les auditions dans des affaires de corruption, grâce à son service Facebook Live. Sauf qu'avec l'expérience, le nombre de visionnages a diminué de plus de la moitié. Alors, en voyant ça, Dina Fernandez s'inquiète de la puissance de Facebook, et du fait qu'une «entreprise a un contrôle gigantesque sur le flux d'information dans le monde. Ça devrait être inquiétant. C'est carrément orwellien».

Et ce ne sont pas les dernières accusations d'écoute d'utilisateurs qui vont aider Facebook à se débarrasser de ce qualificatif.

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