Patrick Artus: les tarifs des banques sont exorbitants (MàJ)
Les banques d'investissement gagnent bien trop d'argent pour ce qu'elles rendent comme service à leurs clients et à l'économie. Nous sommes en présence de rentes par définition anormales.
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Les banques françaises ont réitéré mardi 12 janvier leur opposition au projet de création d'une taxe exceptionnelle sur les bonus qui vient d'être transmis au Conseil d'Etat. «L'accumulation de mesures de taxation risque de peser sur leur capacité à financer l'économie, ainsi que sur leur compétitivité et celle de la Place de Paris», écrit la Fédération bancaire française (FBF) dans un communiqué.
La France a annoncé cette taxe exceptionnelle en décembre, après la décision du Premier ministre britannique Gordon Brown de taxer les rémunérations variables des traders de la City. Cette taxe devrait rapporter 360 millions d'euros à l'Etat selon la ministre de l'Economie Christine Lagarde qui l'a justifiée au nom des «concours exceptionnels» apportés par l'Etat aux banques durant la crise financière.
Les banques d'investissement ont terminé 2009 avec des profits colossaux. Ces résultats sont à priori incompréhensibles. La récession, la concurrence accrue entre banques, la faible intensité capitalistique de cette industrie, l'absence de brevets pour des produits financiers, devraient conduire à un pincement des marges.
Dans les banques de détail l'origine des profits est assez facile à analyser: ils résultent du niveau de la tarification des services bancaires donc de l'intensité de la concurrence dans ces services, de la plus ou moins grande fidélité des clients-consommateurs, du niveau des marges d'intermédiation qui déjà se resserrent aujourd'hui, après avoir été très larges après la faillite de Lehman, des taux de défaut des emprunteurs et de la pente de la courbe des taux d'intérêt, puisque les banques de détail se financent à court terme et prêtent à plus long terme.
Mais les profits de la banque d'investissement qui redeviennent à nouveau élevés, après la crise durant laquelle ils ont été laminés par les pertes sur les actifs, sont difficiles à comprendre. Avant la crise, les banques d'investissement avaient un rendement des fonds propres supérieur à 20 aux Etats-Unis où les profits des banques représentaient 40% de l'ensemble de profits. Au 3ème trimestre 2009, on retrouve pour la banque d'investissement et de financement 10 milliards de dollars de profits chez Goldman-Sachs, 8 milliards de dollars chez JP Morgan, 4,5 milliards d'euros chez Deutsche Bank, 3 milliards d'euros chez BNP Paribas...
Normalement les banques d'investissement devraient générer peu de profits. La banque d'investissement est assez peu capitalistique, et donc l'entrée dans cette activité est peu coûteuse, d'autant plus que les salariés des banques d'investissement sont très mobiles et passent facilement d'une banque à l'autre. Les produits et services rendus par les banques d'investissement ne sont pas brevetables et sont immédiatement imités: il ne peut pas y avoir en principe de rente durable due à l'innovation. Les banques d'investissement sont nombreuses et en concurrence les unes avec les autres: a priori, on ne devrait pas observer non plus de rente d'oligopole. Enfin, les activités de trading (achat-vente sur les marchés financiers) sont des activités à somme nulle: ce que gagne une banque devrait en principe être perdu par une autre banque.
Quelles sont alors les pistes pour expliquer le niveau élevé des profits des banques d'investissement, avant la crise et à nouveau à partir du 2ème ou du 3ème trimestre 2009? Il peut d'abord y avoir «collusion cachée».
Les banques d'investissement ne seraient qu'en apparence en situation de concurrence et en réalité s'entendraient pour fixer les prix de leurs services. Pourtant, les banques d'investissement essaient bien de conquérir les clients et les parts de marché des autres banques.
Il y a probablement «naïveté ou faiblesse de l'acheteur» des services des banques d'investissement. Les entreprises qui émettent des obligations ou des actions, qui achètent des couvertures (de taux, de change...); les investisseurs qui achètent des actifs financiers, des produits dérivés, accepteraient de payer trop cher ces services par incapacité à en évaluer le vrai coût, pour ne pas prendre de risques avec le succès des opérations. Il peut aussi y avoir gain de trading sur des non banques, les banques d'investissement ayant des capacités de trading supérieures à celles de certains investisseurs, de certaines directions financières d'entreprises.
Si le niveau des rémunérations dans certaines banques d'investissement choque, il ne sert à rien de réglementer ces rémunérations; les réduire ne servirait qu'à accroître les profits des mêmes banques pour les actionnaires. La bonne question est celle de la possible existence de «rentes» extraites par les banques d'investissement sur certains de leurs clients pour une des possibles raisons vues plus haut, et qui constitueraient une inefficacité économique (le prix des services des banques d'investissement serait trop élevé). Si on peut démontrer la présence de ces rentes, alors il faut les réduire par les méthodes habituelles: intervention des autorités de la concurrence, transparence sur la tarification... Mais, on l'a vu, il est possible que le problème vienne du côté des acheteurs des services de banques d'investissement ou des activités de trading des autres entités économiques, de leur naïveté, pas des banques elles-mêmes.
Patrick Artus
LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJET: Banques: le triomphe des coupables, Banques: nationalisez les toutes! et Au bonheur des banques.
Image de Une: Graffiti sur un mur de la Banque d'Angleterre «Le gouvernement ment, les banques volent. Les riches rient» REUTERS
Mis à jour le 12/01/2010 à 21h25










































Il semble bien que "la crise"
a révélé un dysfonctionnement
du système économico-financier.
Il n'est pas mauvais dès lors
de s'interroger, de chercher
quelles en sont les causes.
Si la litote est mal captée,
il a quand même été
question d'effondrement
et les "autorités" (complices
de classe ?) ont sorti les pompes
et ouvert en grand les vannes
sans autre résultat (but ?)
que le retour à la "normale".
Retour donc, à quelques
dépenses publiques près,
aux conditions initiales,
antérieures à la secousse.
Il est très performant de prédire
qu'à mêmes causes, mêmes effets,
et d'engager le diagnostic à la loupe
et à petits pas alors que les transactions
continuent massivement et à la vitesse
de l'éclair. Traquer et taxer le bonus
obscène ? Bien ! Prendre conscience
de l'enrichissement sans cause
d'intermédiaires plus avides
que talentueux ? Très bien !
Au jeu de cache-tampon,
les enfants crient : "Tu brûles !"
au premier pas vers la solution
mais la partie peut encore
durer longtemps.
Ce n'est pas aux gamins
qu'il faut interdire de passer
trop de temps devant leurs écrans
au détriment de la vraie vie
mais aux concepteurs et opérateurs
d'une finance découplée
de sa raison d'être,
l'investissement
sur le concret.
Ralentir et plafonner
les échanges est la seule façon
de les rendre visibles et contrôlables.
Il s'agit de savoir enfin s'il y a une volonté
de réguler le marché derrière la nécessité
de le faire. Il est temps de couper la bourse
aux vendeurs d'emprunts et aux soldeurs
de crédits, professionnels ou politiques,
de leur renvoyer leurs responsabilités
de semeurs de misère à tempérament.
La confiance, nécessaire à la bonne
marche des affaires n'est pas
un paramètre ajustable
mais un sentiment
reflétant le seul climat
qu'il est urgent de réchauffer.
La tâche ne peut incomber
qu'à un acteur extérieur
à l'économie, de préférence
aussi indépendant d'elle
que possible : le politique.
Est-il encore assez grand
et digne pour relever ce défi ?
Assez des abus de positions dominantes
et des permis de compromissions aux allures
d'ententes entre les intérêts publics et privés !
La tendance reste - hélas ! - inverse, à la découpe
sauvage du bien public au profit de quelques-uns.
Policitement.
Il y a certainement plusieurs explications.
Le trading est un jeu à somme nulle, sauf que la banque perçoit deux commissions pour réaliser l'opération: une de l'acheteur et une du vendeur.
On observe aussi que la plupart des émissions de papier par les entreprises sont faites par un consortium regroupant la plupart des banques, ce qui fait que la concurrence est illusoire. Mais personne n'ose dire "non", de peur de voir les banques se retirer d'une opération.
Sur les produits un peu complexes, il y a une grande asymétrie d'information: les banques les comprennent peu et les utilisateurs pas du tout. Sans parler des produits structurés totalement incompréhensibles que certaines grandes banques française de très bonne réputation continuent de proposer à leurs clients particuliers. L'acheteur accepte une rémunération du service rendu élevée sans trop savoir quantifier. Et la banque enregistre cette rémunération du risque dans ses profits aussi longtemps que le risque ne se matérialise pas.
Ce ne sont que quelques hypothèses.
Les économistes ne voient pas forcément certains aspects du métier des banques et mélangent un peu tous les métiers ...
Une banque d'investissement peut intervenir sur plusieurs métiers :
- le conseil M&A et introduction en bourse ou augmentation de capital, sans consommation de fonds propres (pas de risque),
- le courtage (également sans rique, opérant sur des marchés organisés),
- les activités de marché de gré à gré (forex, dérivés de taux/swaps, treasury, titrisation, émissions obligataires, dérivés de crédit, dérivés actions,..) qui comportent des risques de marché, de liquidité et de contrepartie,
- les activités de financement, financements structurés ou de banque commerciale, qui comportent aussi des risques de crédit/contrepartie et de liquidité.
Suite à la crise, certaines activités de flux comme le courtage ont pu subir des baisses de chiffre d'affaire suite à des baisses de volumes, notamment de spéculation. Marché mort sur les LBOs ...
Sur les activités comportant des risques, surtout les financements structurés ou classiques, ainsi que sur les dérivés comme les swaps de taux, les taux de marges se sont amplifiés (comme les spreads bid-offer se sont écartés) de manière à couvrir un risque de contrepartie accru (anticipant un risque de défaillance plus important des clients) et aussi un risque de liquidité accru sur les périodes des nouvelles opérations (qui peuvent être de 5, voire 10 ans ou plus) et les anciennes opérations qui viennent à échéance qui portaient des marges plus faibles ont pour effet d'augmenter la marge moyenne. Si sur le début de période suivant ces hausses (année 2009) le coût du risque est finalement moins important que prévu en moyenne lors de la négociation du prix, il est normal que les banques enregistrent des profits plus importants. Mais cela peut ne pas durer si le coût du risque anticipé se traduit dans les faits les années suivantes.
Conclusion : dans un climat de défiance extrême, de pessimisme excessif, les marges et spreads sont gonflés plus qu'ils ne devraient l'être, correspondant à une attente du marché (et aux ratings). Les banques font alors trop de profit. Dans le cas inverse, elles subiront des déconvenues (cf pertes 2008).
=> Faut-il penser à mettre en réserve (plutôt que distribuer) ces surplus selon un système de fond de stabilisation ou d'étalement des profits globaux comme pour les bonus des traders, ou les pertes viendraient s'imputer aux réserves passées ?
=> Faut-il rendre aux clients le surplus de profit dû à un prix trop élevé constaté a postériori ? Le problème est que il faudrait alors aussi pouvoir faire l'inverse si les risques avaient été sousestimés ...
En fait l'activité de la banque fonctionne ici comme celle d'une société d'assurance.