Science & santé

«Je n’arrivais pas à me rapprocher de ma femme car elle n’aimait pas que je sois en laine»

Lucile Bellan, mis à jour le 30.10.2017 à 18 h 29

Cette semaine, Lucile conseille Manu, un homme dont le goût pour les couches et les vêtements en laine menace le mariage.

Le Reniement de saint Pierre | Rembrandt via Wikimedia (Domaine public)

Le Reniement de saint Pierre | Rembrandt via Wikimedia (Domaine public)

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Eh bien voilà mon histoire peu banale. Depuis que je suis petit, vers 8 ans je pense, je suis attiré par les couches culottes et les vêtements en laine. Je me souviens avoir adoré regarder les autres enfants porter des couches, puis un jour j’ai vu sur le catalogue La Redoute des couches culottes pour adulte et là, cela m’a fait envie d’essayer… Du coup j’avais beaucoup de bonheur à regarder ces pages de catalogue. Au fil du temps, je me suis renseigné et avec internet en plus, j’ai découvert tout un monde qui m’attirait.

Chez mes parents vers 12-13 ans, j’ai parfois piqué des couches pour les enfants que gardait ma mère, je les enfilais en cachette. Puis j’ai aussi essayé les collants en laine de ma mère, etc. Je me sentais comme dans un cocon, super bien, très confortable et excitant…

Installé seul dans mon appartement, j’ai pu acheter des couches en supermarché et passer des soirées ainsi langé. J’allais également dans les friperies le samedi matin pour y dénicher collants ou pantalons en laine. Il m’arrivait souvent de passer des soirées et journées chez moi ainsi vêtu. C’était mon hobby préféré.

Mon rêve était de pouvoir être habillé en laine (pas forcément en couche, quoique…) dans la vie… Mais ce n’est pas possible, trop honteux. J’en aurais honte en fait. Donc je faisais ça en cachette, en secret de tout le monde, sauf peut-être de mes voisins qui ont pu m’apercevoir sur le balcon…

J’étais bien dans cet état, si bien que je n’avais même pas de petite amie et lorsque j’en avais, j’écourtais la relation car j’avais un besoin de retour aux couches et à la laine, et je ne voulais pas que ma petite amie l’apprenne et si nous devions vivre ensemble, j’aurais dû tout arrêter… Et ça, je ne pouvais pas.

J‘ai donc eu ma première relation sexuelle à 27 ans. J’ai rencontré ma femme à 32 ans, nous nous sommes mariés à 35 ans. Je lui ai annoncé au début mon attrait pour les couches, elle est infirmière, un jour je lui ai même demandé de m’en ramener de l’hôpital, ce qu’elle a fait. Je lui ai même montré mes habits en laine. Cela ne l’a pas dérangée.

Puis un jour, je lui ai demandé si pouvais me mettre en couche, elle a dit oui mais je voyais bien qu’elle était distante ensuite, comme mal à l’aise, ce que je comprends. Je n’ai jamais recommencé devant elle.

Quand elle est venu habiter chez moi, j’étais content mais je souffrais de devoir arrêter mes habitudes de bien-être quotidien. Bref, je me devais d’avoir une vie normale…

Au fil du temps, ma frustration a grandi, je n’étais pas bien, je n’arrivais pas à me rapprocher de ma femme car elle n’aimait pas que je sois en laine, elle m’y autorisait mais j’en avais besoin tous les jours. Du coup, elle a perdu son désir pour moi, et moi pour elle…Cercle vicieux.

J’ai continué à m’habiller en laine le soir de temps en temps (pas de couches) pendant ces années. Puis en mars 2014, elle m’a dit vouloir partir. Elle est partie en juillet 2014. Entre temps, j’ai appris qu’elle m’avait trompé pendant un an et demi…

J’ai repris mes bonnes vieilles habitudes. Tous les soirs, couches et laine, même les jours de congés: un grand et pur bonheur! Puis, au bout de quelques mois, ma femme m’a fait comprendre qu’elle voulait revenir, me disait que j’étais comme ça mais que j’étais l’homme de sa vie, qu’elle ne pouvait vivre sans moi.

Elle est donc revenue en juillet 2015, j’ai cru qu’elle m’accepterait comme ça et que je pourrais être moi-même, j’imaginais même à quel point cela m’aiderait à me rapprocher d’elle. J'étais tellement reconnaissant, mon amour pour elle serait grandissant.

Au lieu de ça, rien. Au contraire, elle ne veut plus en entendre parler…Nous avons suivi une thérapie de couple. On m’a montré du doigt, bien évidemment: en clair, il faut que j’arrête tout ça.

Je me suis trompé, j’ai cru au rêve, j’ai l’impression d’avoir été berné. Aujourd’hui, je n’arrive plus à parler avec elle, je suis frustré, aigri, irritable, je souffre au point de vouloir mettre fin à mes jours. Je ne peux plus me rapprocher d’elle, nous n’avons eu qu’un seul rapport sexuel depuis qu’elle est revenue…

Je ne sais plus quoi faire, je sens qu’il faudrait que j’arrête tout mais je n’y arrive pas, j’y pense tout le temps: consultation de sites internet, je me mets en couche et en laine dès que je suis seul, je cherche sans arrêt des moments seuls…

Cela devient de plus en plus une obsession. Il faudrait que j’enlève tout ça de ma tête car c’est ce que tout le monde veut mais moi, j’adore ça (ce n’est ni de l'alcool ni de la drogue, non?). Est-il possible d’enlever ça? Et comment? Et cela va-t-il me manquer?

SVP aidez-moi. Je suis perdu, très malheureux; je n’arrive pas à en parler. Que dois-je faire? Merci beaucoup.

Manu.

Cher Manu,

Non, votre «truc», ce n’est ni l’alcool, ni la drogue et vous ne faîtes de mal ni aux petits animaux, ni aux enfants. Dans ces conditions et dans la limite où vous n’imposez à personne votre passion, je ne vois pas pourquoi vous devriez en avoir honte, la réprimer ou vous cacher.

Ce ne serait probablement la réponse que vous ferait un psy, qui pourrait trouver sous couvert d’heures de thérapie une raison profonde à vos penchants, dans le but de vous faire rentrer dans une «norme acceptable».

Personnellement, je crois que si cette situation empire et que vous en faîtes une obsession, c’est parce que vous êtes acculé et que vous avez le sentiment d’être obligé de vous restreindre. C’est le même processus que les phases de régime, quand on se prive de quelque chose, on finit par ne plus penser qu’à ça. Alors qu’il suffit d’apprendre à être raisonnable.

Pourquoi ne pas proposer à votre femme de vous laisser un jardin secret, un temps, un moment, un lieu, où seul vous pourrez vous adonner à vos plaisirs? Comblé et avec le sentiment d’être accepté, vous pourriez enfin recommencer à apprécier votre relation avec elle.

Si vous étiez passionné de pétanque et que ce sport l’ennuyait, elle ne verrait pas de mal à ce que vous pratiquiez seul, sur votre temps libre, pourquoi ne pas accepter cet élément de votre personnalité comme on accepterait une passion ou un hobby dont on ne partage pas le goût?

Ce qui m’ennuie, c’est qu’alors qu’elle ne peut vivre sans vous, elle mette un point d’honneur à vous changer. Et par là même à vous torturer. Dans votre cas, je ne crois pas à la culpabilisation. Je crois que, dans ces conditions malsaines, l’obsession ne fera qu’empirer. Mais dans l’acceptation, oui, je vois peut-être un salut.

Pour elle, par amour, vous pourriez décider de changer dans la violence. Ou vous pourriez aussi apprendre à vous accepter, à mesurer, à profiter et puis à nouveau à aimer. Si vos proches ne sont pas prêts à entendre combien vous souffrez, n’hésitez pas à chercher sur internet des gens qui partagent vos goûts. Dans leurs témoignages, vous trouverez peut-être la voie.

Vous n’êtes pas seul contre le reste du monde, Manu. Et ne vous laissez pas changer si vous n’avez pas envie de changer. Vous ne faites aucun mal, personne n’a à vous en faire. Écoutez votre coeur et protégez vous.

 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (169 articles)
Journaliste
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