Tech & internet

Comment l'arrivée des emojis a chamboulé le codage des alphabets

Repéré par Camille Jourdan, mis à jour le 22.10.2017 à 15 h 43

Ou le débat pour savoir s'il est plus important de coder l'alphabet Rohingya ou l'emoji qui fait du yoga.

emoji | Martin Frey via Flickr CC License by

emoji | Martin Frey via Flickr CC License by

Taper sur la lettre A de votre clavier pour écrire un A, ça peut paraître évident. Pourtant, derrière ce geste simple se cachent des années de réflexion et de codage informatique. En 1991, le Consortium Unicode commence son travail d'encodage des différents alphabets du monde. Le but? «S’assurer que chaque lettre, chaque ponctuation et chaque symbole [soient] reconnaissables sur chaque ordinateur et téléphone». C'est ainsi qu'un Français, un Grec, un Chinois ou un Japonais peut communiquer dans sa propre langue et ses propres symboles sur Internet. Aujourd'hui, plus d'une centaine de systèmes d'écriture ont déjà été encodés. Alors que le Consortium pensait apercevoir la fin de son travail - il ne lui reste plus qu'une cinquantaine d'alphabets à passer au crible - «tout a changé en octobre 2010», rapporte le New York Times, avec l'arrivée des 974 premiers emojis dans la nouvelle version de l'Unicode.

Depuis, le Consortium fait face à un «Emojigeddon», comme nous vous l'expliquions il y a quelque temps: à qui donner la priorité? A des alphabets classiques ou à des symboles représentant des visages ou des animaux? Des systèmes d'écriture comme ceux utilisés par les Rohingyas n'existent pas encore dans les systèmes informatiques. Mais l'emoji qui fait du yoga, si.

Face à ce dilemme, les adeptes d'emojis y vont de leurs solutions. Pourquoi ne pas coder les emojis sous forme d'images, et non de textes, proposent certains. Quelques applications existeraient déjà. D'autres souhaiteraient qu'une organisation, détachée de l'Unicode Consortium, se consacre à l'encodage des emojis. Ces propositions ne sont pas vues d'un très bon œil par les membres fondateurs du Consortium, qui connaissent l'importance de l'uniformisation et de la standardisation du codage. 

Ces débats parfois virulents peuvent avoir tendance à dissimuler les points positifs de l'arrivée des emojis dans l'Unicode. Car il y en a, rappelle le New York Times, le premier étant la possibilité d'envoyer un emoji depuis son téléphone et que le même apparaisse sur l'écran du destinataire. Mais l'emballement autour de ces petits symboles a également amené une vague de nouveaux volontaires à l'Unicode Consortium, qui finissent parfois par coder un alphabet parlé par quelques 20.000 personnes dans une province reculée de la Chine. Autre effet vertueux: en voulant absolument l'intégralité des emojis proposés aujourd'hui, certaines compagnies productrices de téléphones ou d'ordinateurs se munissent des versions les plus récentes de l'Unicode... qui intègrent également des alphabets anciens. L'alphabet Rohingya, par exemple, sera dans la version 2018.

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