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Les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc s’exportent dans le monde entier

Léa Marie, mis à jour le 19.10.2017 à 16 h 15

Après la France et les États-Unis, de nombreux pays se saisissent à leur tour du problème de harcèlement en adoptant leurs propres hashtags similaires.

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Women's March à Denver, le 21 janvier 2017. Via : John Moore

La mobilisation est mondiale. Lancé ce dimanche 15 octobre par l'actrice américaine Alyssa Milano, le hashtag #metoo –permettant aux femmes victimes de harcèlement ou d'agressions sexuelles de partager leur histoire– se répand désormais à travers le monde. La veille, c'était la journaliste française Sandra Muller qui ouvrait le bal, en France, avec #balancetonporc; hashtag depuis utilisé des centaines de milliers de fois dans l'Hexagone. S'y mettent à leur tour de nombreux autres pays, qui adaptent parfois ce mot d'ordre à l'état des lieux des violences sexuelles ainsi que de leurs mœurs nationales. Petit tour du monde non exhaustif de ce raz-de-marée féminin et féministe.

 

1. En Italie

Avec la France, l'Italie est certainement le pays le plus affecté par l'affaire Weinstein. Et pour cause, l'actrice italienne Asia Argento figure en première ligne des femmes ayant osé dénoncer les agissements du magnat d'Hollywood. Dans un tweet faisant explicitement référence à ce dernier, elle avait repris le hashtag français #balancetonporc et initié sa déclinaise italienne: #Quellavoltache («Cette fois où»). 

En s'érigeant en porte-voix des victimes de violences sexuelles, Asia Argento a suscité un vif débat en Italie, où elle est également devenue la cible de nombreuses critiques. Dans un pays du Sud de l'Europe où les valeurs machistes demeurent puissamment ancrées dans les mentalités, certains journalistes masculins (conservateurs) s'en sont pris à l'actrice en l'accusant d'avoir volontairement utilisé le sexe comme tremplin pour sa carrière. Des faits relayés par le journal italien Giornalettismo et le média The Local:

Asia Argento «a menacé de poursuivre en justice deux journalistes italiens pour leurs commentaires sur son histoire: l'éditorialiste conservateur Renato Farina, qui a comparé sa situation à de la prostitution [...] et le chroniqueur radio Vittorio Felti, qui a spéculé sur le fait qu'elle ait pris du plaisir lorsque Weinstein l'a forcée à avoir une relation sexuelle.» 

Indignée par ce qu'elle qualifie de «victim-shaming», Asia Argento a depuis quitté son pays natal jusqu'à, selon elle, ce que les moeurs évoluent. Il semblerait en tout cas que les italiens se prêtent enfin à un examen de conscience, au vu du succès du hashtag #quellavoltache.

 

2. En Espagne 

De l'autre côté des Pyrénées également, l'affaire Weinstien fait des vagues. Comme le souligne BuzzFeedEspaña, les Espagnoles s'unissent désormais derrière le hashtag #YoTambien («moi aussi»). Incitées par de nombreuses personnalités publiques, à l'image de la styliste, DJ et chroniqueuse télé Natalia Ferviú, plusieurs milliers d'Espagnoles ont témoigné via ce mot-dièse. 

 

3. En Suède

La parole se libère aussi en Suède, où les femmes ont lancé une vaste campagne sur les réseau sociaux, en traduisant (pour certaines) #metoo par #jagockså («moi aussi» en suédois). Plusieurs journalistes du magazine Göteborgdirekt ont signé une tribune pour témoigner de leurs propres agressions et inciter leurs concitoyennes à faire de même. «Toutes. Toutes les femmes journalistes de GöteborgDirekt ont été victimes d'abus sexuels», débute l'article en question. Ces dernières ont été rejointes dans leur démarche par l'auteure Katarina Wennstam, la skieuse Anja Pärson et la très populaire chanteuse Peg Parnevik. 

Une de La Tribune du magazine GöteborgDirekt
 

4. Au Brésil 

Au pays du football, c'est par le hashtag #EuTambém que des milliers de femmes dénonçent le machisme ordinaire de la société brésilienne, comme le rapporte le HuffPostBrasil. Ces dernières se sont également inspirées du hashtag français #Balancetonporc –devenu #Delateseuporco– pour s'élever contre l'objectification du corps féminin et la culture du viol qui en découle. Pour la revue féminine Donna, le message véhiculé par les Brésiliennes est clair: «Não vão mais se calar» («On ne se taira plus jamais»).

5. Au Maghreb

Dans le monde arabe aussi, les langues se délient. Le magazine britannique en arabe Alarab parle du harcèlement comme d'un fléau endémique dans une région où la culture du silence est reine. Le média souligne également que les Égyptiennes sont nombreuses à se saisir du hashtag #Metoo, dans un pays où les violences sexuelles ne cessent d'augmenter. Et de citer un chiffre établi par une instance des Nations-Unies, selon lequel près de 99% des femmes égyptiennes ont été victimes de harcèlement en 2013.

Au Maroc aussi, des femmes ont témoigné de leur souffrance au site La Dépêche, dans une vidéo poignante: 


Un vague d'indignation mondiale

La liste pourrait être bien plus longue. L'affaire Weinstein a une résonance dans le monde entier, et dans pratiquement tous les pays, des femmes se sont mises à lutter activement contre l'omerta qui couvre les violences sexuelles. Une preuve, s'il en fallait une, qu'elles sont malheureusement universelles.

 

Léa Marie
Léa Marie (8 articles)
Journaliste
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