France

Ce n'est pas parce que je n'ai jamais harcelé ou jamais été harcelé que je dois m'en foutre

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 19.10.2017 à 16 h 56

[BLOG] Les harceleurs au quotidien sont à l'humanité ce que sont les vautours au monde animal: des êtres lâches et sans morale.

Flickr/Jeanne Menjoulet-Street art rue d'Aubervilliers, Paris - Le harcèlement n'est pas flatteur, c'est un manque de respect

Flickr/Jeanne Menjoulet-Street art rue d'Aubervilliers, Paris - Le harcèlement n'est pas flatteur, c'est un manque de respect

Comme à beaucoup d'hommes, la notion de harcèlement m'est complètement étrangère. Je n'ai jamais harcelé personne et la seule fois de ma vie où j'ai pu l'être ce fut quand ma mère me forçait à reprendre et à reprendre encore du couscous et ce malgré mes refus réitérés:

«-Mange sinon je meurs, c'est ça que tu veux, que ta mère elle meure?
- Non maman
- Alors reprends du couscous, mon fils
- Oui maman.»

Personne jusqu'à présent ne m'a jamais abordé dans la rue pour me dire combien, avec mon physique de déménageur du dimanche, je puais le sexe, personne ne s'est jamais risqué à peloter les contours lisses de mon crâne dans une rame de métro bondée, personne ne m'a jamais insulté parce que je me refusais à satisfaire ses envies lubriques, personne ne m'a jamais dit à la terrasse d'un café combien malgré mon mètre trente-deux, ma calvitie triomphante et la proéminence de mon appareil nasal, j'étais canon, baisable ou bon à être tiré dans la douce et chaleureuse intimité de toilettes publiques.

Quant à moi, les seules fois où je m'aventurais à harceler quiconque, ce fut lorsque tombant fou amoureux d'une jeune fille –ce qui m'arrivait trois fois par semaine– je l'abreuvais de missives si longues, de courriers si abondants, de poèmes si hallucinés que la demoiselle, à bout, finissait par me les renvoyer sans même avoir daigné les ouvrir, simplement barrés d'un trait vengeur dans lequel je lisais tout le mépris que je pouvais lui inspirer.

Et la seule fois où je m'osais à aborder une inconnue dans la rue, ce fut en 1985, au croisement de l'avenue Jean-Moulin et de la Rue de la République, quand, pensant avoir reconnu ma cousine Rachel marchant devant moi, je lui pris familièrement la main, ce qui me valut une visite de cette même main en travers de mon visage, gifle assenée par une respectable mère de famille peu en joie d'être confondue de la sorte avec ma cousine; en quoi elle avait tort, ma cousine Rachel étant d'une beauté confondante.

Pas plus que je n'ai jamais été témoin, de près ou de loin, d'une situation où un homme se serait permis d'avoir vis-à-vis d'une femme une conduite inconvenante ou inappropriée à l'exception de mon père qui systématiquement prétextait une affreuse migraine quand il s'agissait de ramener sa belle-mère à son domicile parisien; il faut croire que ces individus-là exercent leurs singuliers talents dans la clandestinité, ou une fois assurés de n'être point dérangés dans leurs approches si particulières.

Ces hommes, je vais le dire tout net, je ne les connais pas, je ne sais pas qui ils sont, j'ignore à quoi ils peuvent bien ressembler, où ils vivent. Ce dont je suis certain par contre, c'est qu'ils sont à l'humanité ce que sont les vautours au monde animal: des êtres malfaisants, lâches, animés d'intentions si abjectes que j'aimerais les voir clouer au pilori de l'opinion publique.

Je ne comprends pas ce qui pousse ces individus à agir de la sorte, c'est pour moi un mystère complet: est-ce un jeu? Est-ce le signe d'un ennui profond, d'une déshérence mentale, d'une frustration si avérée qu'ils en oublient le sens commun? Est-ce un moyen de prendre revanche sur une vie qui les accable? Est-ce une façon d’asseoir leur domination? Est-ce une mode? Est-ce quelque chose dont ils se vantent entre eux? Est-ce l'expression d'une insondable misogynie? Est-ce pure bêtise? Est-ce un trouble de la personnalité? Est-ce un défaut dans leur éducation? Est-ce l'aveu de leur impuissance sexuelle?

Je me perds en conjonctures tant je trouve ce genre de comportements aberrant, stupide, veule, bête à en pleurer.

Sont-ils seulement fiers d'eux ces agresseurs du quotidien, retirent-ils une quelconque jouissance à violenter de la sorte des adolescentes, des jeunes filles, des femmes qui ne leur ont rien demandé, s'enorgueillissent-ils d'avoir pu toucher qui un sein, qui une fesse, qui rien du tout, et se dépêchent-ils de rentrer chez eux se soulager au souvenir de ces attouchements forcés?!

S'ils sont si nombreux que laissent à penser les multiples témoignages affleurant sur la toile, alors c'est là un défi qui est lancé à la société tout entière, une absence totale d'éducation, de morale, dont il faudrait parler dès le plus jeune âge, à l'école, au lycée, tout au long de la scolarité afin de pénétrer les consciences de la parfaite abjection de cette pratique, d'en constituer un interdit à même d'empêcher tout passage à l'acte.

Et si ce n'est là le fait que d'une poignée d'individus, bien identifiés, connus de tous, il revient à la force publique de les sanctionner sévèrement et de les ramener, par le recours à des amendes substantielles voire plus, sur la voie de la raison.

Plus facile à écrire qu'à faire mais c'est là une exigence qui s'impose à tous et d'abord à nous les hommes.

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Laurent Sagalovitsch
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