Sports

Le golf a besoin du retour de Woods sur les greens

Yannick Cochennec, mis à jour le 05.01.2010 à 18 h 59

Le sport, comme la nature, a horreur du vide. Quatre jours après son homologue du tennis, qui a entamé sa saison 2010 sous le soleil d'Australie, le PGA Tour, le circuit américain de golf, (re)lance les hostilités, dès le 7 janvier, depuis les rivages d'Hawaï où se déroule le SBS Championship disputé sur les fairways de Kapaula.

Hawaï, l'endroit rêvé pour oublier, pendant quelques jours, tous les soucis des mois précédents et recharger les batteries à l'aune d'une année que le PGA Tour espère meilleure que la précédente (sauf qu'elle pourrait être pire si Woods ne remontrait pas le bout de son club). Car pour le golf professionnel, 2009 aura été une sorte d'annus horribilis terminée dans le fracas du scandale Tiger Woods qui a été, selon beaucoup d'observateurs outre-Atlantique, l'événement le plus important du sport aux Etats-Unis tant il a soulevé, et continue de soulever, de questions liées à l'avenir d'une discipline Woods dépendante.

Pendant 20 jours d'affilée, le New York Post a mis Tiger Woods en Une, soit davantage de couvertures consécutives consacrées par le quotidien populaire aux événements... du 11 septembre (19). Le site TMZ.com, spécialisé dans le people avec une terrible efficacité et à la manœuvre depuis le début des ennuis du golfeur, vient d'annoncer qu'il allait faire naître un petit frère entièrement dédié au sport (TMZsport) qui ne deviendra pas, c'est une certitude, l'ami de Tiger Woods et de toutes les autres étoiles du sport aux Etats-Unis.

L'année des seconds couteaux

Avant cette curée médiatique, la saison n'avait pas déjà été des plus roses pour un sport par ailleurs secoué par la tempête économique qui a lourdement frappé l'industrie golfique. Aux Etats-Unis, plus de parcours ont été fermés qu'ouverts. Sur le PGA Tour (ne parlons pas des femmes et du LPGA Tour dont les déboires ont été détaillés ici) et sur le plan des résultats, des seconds couteaux, aussi vite oubliés, ont taillé des croupières aux figures les plus emblématiques en remportant les quatre titres du Grand Chelem. Hélas, des inconnus ne sont jamais une bonne publicité pour stimuler l'impact d'un sport.

L'observation est peut-être un peu sévère pour l'Argentin Angel Cabrera, vainqueur du Masters après l'US Open en 2007, mais sa silhouette très arrondie ne fait pas de lui un modèle décidément susceptible de crédibiliser le golf ou de faire naître des vocations dans la jeunesse. L'ectoplasmique Lucas Glover, sacré à l'US Open, et le transparent Stewart Cink, couronné au British Open, se sont, eux, débrouillés pour massacrer le parfait happy end qu'auraient constitué les succès de Phil Mickelson ou de David Duval à Bethpage et de Tom Watson à Turnberry. Au PGA Championship, le Coréen Y.E. Yang a eu de son côté rendez-vous avec l'histoire (mais de son continent seulement) en devenant le premier Asiatique à inscrire son nom au palmarès d'une épreuve majeure et en triomphant, s'il vous plaît, de Tiger Woods, second et privé de trophée dans un Grand Chelem pour la première fois depuis 2004.

Ne pas faire durer l'«indéfini»

Et Woods qui ne gagne pas là où sont braquées les caméras du monde entier, ce n'est pas bon pour le golf. Et Woods qui ne joue plus, c'est évidemment la catastrophe absolue. Le 11 décembre, le n°1 mondial a officialisé, on le sait, son retrait «indéfini» de la compétition, le temps pour lui de régler ses problèmes conjugaux. Même s'ils feignent de ne pas s'alarmer, les dirigeants du PGA Tour espèrent naturellement que l'«indéfini» ne sera pas trop infini, histoire de sauver les meubles car lorsque Woods ne joue pas, les audiences, à la télé, sont automatiquement divisées par deux. Perspective qui déplaît souverainement aux chaînes américaines, CBS et NBC en tête, les deux networks les plus investis dans le golf et soucieux des tarifs de leurs écrans publicitaires dopés par l'apparition du «messie», le dimanche, dans son habituel habit rouge.

Aujourd'hui, le roi est nu, ou presque, abandonné comme un «misérable» par ses sponsors (Accenture, AT&T...) qui l'adoraient tellement il y a peu. Mais le roi est toujours le roi, club à la main. Enfin, c'est qu'il devra démontrer lorsqu'il reprendra le collier, surveillé de près par quelques pessimistes qui ont sorti des statistiques inquiétantes à l'occasion du 34e anniversaire de Tiger Woods (le 30 décembre). Ces analystes de l'apocalypse soulignent, en effet, que parmi ses illustres devanciers, Severiano Ballesteros a gagné son dernier tournoi majeur à seulement 31 ans, Tom Watson à 33 et Arnold Palmer à 34. Alors, Woods déjà fini?

Woods-le-retour sera un blockbuster

Probablement pas, même s'il reste à découvrir comment il va surmonter cette grave crise personnelle et quelles conséquences il voudra en tirer. Car au-delà de son mariage, son entourage professionnel risque de ne pas être épargné. Quelques proches pourraient avoir eu connaissance de ses dérives et n'auraient donc pas su bien le conseiller. Son agent, Mark Steinberg, et son caddie, Steve Williams, constituent la garde resserrée du n°1 mondial qui devra peut-être faire des sacrifices pour repartir en homme neuf à la conquête de son 15e titre du Grand Chelem et du record de Jack Nicklaus, 18 fois consacré dans l'histoire du jeu.

Quel que soit le lieu où il se produira, son tournoi de rentrée sera un événement colossal dont il est aisé d'imaginer l'engouement, à la fois auprès des gazettes sportives mais aussi des tabloïds ou des publications dites à scandales qui n'ont pas lâché la star depuis son accident de voiture du 27 novembre. Autant anticiper que dans un pays qui raffole d'histoires de rédemptions et de renaissances, le retour de Tiger Woods sera un blockbuster.

Il reste à savoir aussi comment le public accueillera, derrière les cordes, le retour de celui qui avait toujours été respecté sinon vénéré. Les insultes fuseront-elles? Les mauvaises blagues se feront-elles entendre? Quelle sera, en général, la réaction de la foule plutôt conservatrice qui suit les tournois du PGA Tour, souvent organisés dans les états du Sud (Texas, Arizona, Géorgie, Caroline du Sud, Floride) majoritairement républicains et soucieux de la défense de valeurs familiales?

Un fleuve de dollars

Les femmes, très présentes au bord des parcours, auront-elles envie de se payer la tête de Tiger Woods pour venger Elin, l'épouse bafouée du champion? Dans une très violente tribune publiée dans le Washington Post, Sally Jenkins, l'une des plumes les plus brillantes et les plus acérées de la presse sportive américaine, a, par exemple, fait feu de tout bois en traitant Woods comme un petit garçon et en lui intimant l'ordre «de grandir» au plus vite.

Comme la voiture de Tiger Woods qui a fini sa course dans un arbre, le golf professionnel ne sait pas trop où il va à l'heure de cette rentrée. Mais dans le choc, il n'a pas perdu la mémoire. En 1996, année des débuts professionnels de Woods, le PGA Tour distribuait 66 millions de dollars. En 2009, le total des dotations a été de 277 millions. Envolée inflationniste imputable à un champion unique en son genre capable de drainer autant de téléspectateurs que pour un match de football. Et qui battra peut-être, lors de son retour, la plus belle audience jamais réalisée dans l'histoire par un tournoi de golf.

Le record date de 1997 et du Masters où Woods avait triomphé pour la première fois dans un tournoi du Grand Chelem. S'il décidait de renouer avec la compétition, début avril, au même Masters (hypothèse envisagée par beaucoup car le nombre de journalistes y est strictement limité), des plafonds risqueraient, en effet, d'être crevés. Et si grâce aux turpitudes de Tiger Woods, le golf retrouvait un nouvel élan?

Yannick Cochennec

Image de une: détail d'une publicité de Woods pour une carte bancaire/ REUTERS

Si vous ne trouvez pas que les médias en ont trop fait sur Woods, voici une petite sélection d'articles de Slate sur le golfeur: Woods n'a pas onze maîtresses, le mythe de l'homme battu, la demande d'asile de Woods à la France, Le prix du bois

Yannick Cochennec
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