Culture

J'ai peur de tout, tout le temps, mais à part cela, tout va bien!

Temps de lecture : 2 min

[BLOG] Je ne sais pas vivre, je ne l'ai jamais su, je ne le saurai jamais.

On balance | David Goehring via Flickr CC License by
On balance | David Goehring via Flickr CC License by

Je suis ce qu'on appelle un esprit inquiet. Il ne se passe pas une journée, pas une heure, sans que d'une manière ou d'une autre, je ne pense au temps qui passe, à la mort, à la vieillesse, à la maladie, à l'absurdité du monde, à l'insignifiance de toute existence, à tout ce cortège de malheurs et de souffrances dont toute vie finalement se compose.

J'ai l'humeur morose; si je ris souvent, c'est pour ne pas trahir ces inquiétudes qui, constamment, me rongent l'esprit, ces atermoiements de l'âme, ces angoisses dont je suis depuis toujours le fidèle servant, le compagnon de voyage, l'esclave, le postillon, le dépositaire attitré.

Je ne sais pas vivre, je ne l'ai jamais su, je ne le saurai jamais. Je vais dans la vie, chancelant, sans assurance, sans certitudes, sans rien de solide sur quoi me reposer; parfois je rêve d'accomplir un travail physique harassant, de m'abrutir de fatigue, de marcher des heures et des heures jusqu'à finir par tomber d'épuisement, l'esprit si vide qu'il n'aurait même plus la force de penser. Et de m'endormir comme s'endorment les enfants, un sourire aux lèvres, la tête pleine de rêves et le cœur rempli d'espoir.

Moi mes nuits sont inquiètes et quand je finis par me réveiller, j'ai un goût amer dans la bouche comme si je revenais d'un voyage au long cours dans des contrées sauvages et barbares.

Je n'ai pas le goût du bonheur; je n'aime rien tant que le silence des livres, la consolation apportée par la musique, le réconfort et la tendresse d'une femme, le rire des enfants, la grâce des chats, le bruit de la pluie, le murmure du vent, l'azur du ciel, toutes ces choses immatérielles qui sont le sel-même de l'existence. Je fuis la rumeur du monde, je refuse le joug infernal imposé par la société de consommation, cette mastication du travail qui tend à broyer les individus, à les enfermer dans des cases pour mieux les avilir, à les obliger à consommer des produits dont ils n'ont nul besoin.

Je ne veux être ni maître, ni esclave; seulement moi-même - c'est déjà bien assez.

J'ai peur. De tout. Tout le temps. Je n'en ai pas honte. Je trouve la vie terrifiante, le commerce des hommes me désespère, j'ai l'amitié rare mais chevillée au cœur même si je peux rester des semaines entières sans voir quiconque. Pourtant je ne suis pas misanthrope. J'ai des élans de tendresse infinie pour le genre humain, je vois bien qu'il fait de son mieux pour s'en sortir, je ne juge jamais les hommes parce que je sais leur poids de désespoirs et de chagrins, leurs envies d'ailleurs et leur impossibilité à partir, leurs rêves brisés et leurs illusions restées lettres mortes.

La compassion est la clé qui permet d'ouvrir tous les cœurs. Sans elle, la vie n'est que vantardise, complots mesquins, coup bas, trahison, besoin d'écraser l'autre afin d'assouvir sa soif de domination, vanité et orgueil mal placés, comédie des apparences et travestissement des émotions: les adultes ne sont que des enfants qui auraient mal tourné.

Mais à part cela, tout va bien hein !!!!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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