Monde

Catalogne et Espagne, le face à face

Temps de lecture : 7 min

Depuis la tenue du referendum dimanche 1er octobre sur l’indépendance de la Catalogne, Twitter s’interroge sur les raisons de la crise et plus encore comment en sortir. D'autant plus que le désir d’autonomie n'a pas fini de secouer l'Europe, de l’Écosse à la Lombardie, de la Corse à la Flandres et au Pays Basque.

Une manifestation en faveur du referendum à Barcelone le 28 septembre 2017.
Une manifestation en faveur du referendum à Barcelone le 28 septembre 2017.

Contenu Partenaire - «Un moment nous avons vécu côte à côte. Plus tard nous fûmes dos à dos. À présent nous voici face à face». Cette citation de Sacha Guitry tweetée par Fabrice Lucchini décrit parfaitement la situation entre l’Espagne et la Catalogne. Véritable affrontement politique entre Madrid et Barcelone, le scrutin du dimanche 1er octobre a scellé le destin des deux camps pour nombre de twittos et déclenché une guerre médiatique. Comme le souligne LibéDésintox, «la guerre des images en Catalogne» a commencé.

Via leurs comptes Twitter et relayés aussi par d’autres réseaux sociaux et les médias traditionnels sur place, les Catalans ont inondé la toile d’images terribles pour le pouvoir madrilène montrant les violences policières. On a pu ainsi découvrir des «images exceptionnelles venant d’Espagne: les pompiers protègent une foule de Catalans contre les violences de la police #CatalanReferendum». Les photographies ou les vidéos les plus marquantes mettent en scène des femmes. Pour Vanneur «cette image est ultra violente pour l’Espagne. Une vieille dame maltraitée car elle veut…voter… #Catalogne». Idem pour cet autre twittos qui relaie une vidéo où «une vieille dame catalane, au sol, a été tabassée par la police espagnole. Bienvenue en Espagne. Bienvenue en démocratie. #Catalogne». Ou encore cette vidéo où l’on voit un policier «balancer des femmes dans les escaliers… c’est limite. #Barcelone #ReferendumCatalan».

Madrid perd la bataille des images

Les violences policières ont été massives: «844 personnes ont sollicité une assistance médicale selon le gouvernement régional #AFP». La police espagnole s’en est aussi pris matériellement à un référendum considéré comme illégal avec la mise à sac, par exemple, des urnes de certains bureaux de vote. Citant Coluche, un twittos explique à sa façon pourquoi Madrid voulait empêcher le scrutin à tout prix, «si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que cela serait interdit». Cela a été interdit.

Le journaliste Pascal Riché résume ainsi la situation: «vieux frappés, femmes jetées dans des escaliers : tombée dans le piège de la violence, l’Espagne a perdu la bataille des images #Catalogne». Quant au traitement de ces brutalités par les médias espagnols, le parallèle proposé par Quotidien sur «le contraste entre la télé catalane et la télé publique» est éloquent.

La guerre des images n’est évidemment pas le fruit du hasard. «#Catalogne #Referendum les leaders séparatistes l’ont jouée fine: faire venir enfants et personnes âgées tout en sachant comment ça finirait!». Les autorités catalanes et les indépendantistes savaient que la tenue du scrutin interdit par le gouvernement espagnol aurait des conséquences graves dans les rues barcelonaises. A l’heure des réseaux sociaux et de l’hypertrophie informationnelle, cela fait parti de l’équation et de l’affrontement politique. Et la répression décidée à Madrid et résumée par Libération «Catalogne: des matraques contre les urnes» ne pouvait que faire perdre la bataille de la communication à l’Etat espagnol.

La répression a aussi soudé le camp indépendantiste et fait se multiplier les manifestations. Le club de football du Barça, qui est un élément important de l’identité catalane, a même décidé de suivre le mot d’ordre de grève générale du mardi 3 octobre «contre les violences policières, le Barça participera à la grève générale».

Incertitude politique et économique

Si la guerre des images n’est pas à l’avantage du gouvernement de Manuel Rajoy, l’issue de la crise politique ouverte par le referendum reste incertaine et la stratégie des indépendantistes risquée et contestable. Pour certains twittos, «la #Catalogne est en train de déclarer la guerre à l’Espagne en s’autoproclamant indépendante avec un referendum douteux». Les soupçons de fraude lors du scrutin sont nombreux et relayés par cet article du HuffPost: «referendum en Catalogne: dans 70 communes, il y a eu plus de votes oui que d’électeurs inscrits».

L’enjeu n’est pas seulement politique et identitaire, il est également économique. La Catalogne est une «région stratégique majeure en Espagne», de par son poids dans l’économie du pays, son dynamisme, son ouverture sur la Méditerranée et son attractivité touristique et financière. L’incertitude sur l’avenir de la Catalogne a déjà commencé à avoir des conséquences: «préoccupation maximale des patrons, les banques chutent en bourse et une première délocalisation vers Madrid». «L’indépendance devrait être déclarée lundi en Catalogne. En attendant la bourse espagnole a chuté de 2,9% hier». Les agences de notation financières ont commencé à prendre en compte le risque de scission: «l’agence de notation Standard & Poor’s Global Rating a placé la note de la #Catalogne sous surveillance négative».

Mais pour les indépendantistes, l’économie passe au second plan. Le gouvernement catalan prévient que «l’indépendance pourrait être proclamée de façon unilatérale», et Carles Puigdemont, le Président de la région, d’affirmer qu’il déclarera l’indépendance de la #Catalogne en fin de semaine ou lundi au plus tard», une fois les résultats du referendum officiellement divulgués.

Reste à savoir si «l’indépendance de la #Catalogne est contraire au droit international». Mais le droit et la passion nationaliste ne se situent pas sur le même plan. «Teresa Freixes, professeur de droit constitutionnel à Barcelone dénonce le coup des force des indépendantistes» et l’acteur Sergi Lopez considère que «l’indépendance n’est pas un but, c’est un moyen pour arriver à une société plus juste». Une certitude, la situation semble devenue une «impasse politique pour Madrid» faute de possibilité ouverte par les uns et les autres de compromis et de négociation.

L’avenir de la démocratie espagnole

Twitter a ainsi beaucoup réagi à l’allocation télévisée rarissime et cinglante du roi d’Espagne, Felipe VI, mardi 3 octobre. Garant de l’unité espagnole, il estime que «la société espagnole est fracturée», et face à cette menace, il «lance un ultimatum» aux indépendantistes. Certains voient dans ce message «un discours délirant de Philippe de Bourbon qui vient de transformer la question de l’indépendance en révolution républicaine #Catalogne».

L’enjeu est bien celui de l’avenir de la démocratie espagnole. Fernando Carderera, l’ambassadeur d’Espagne en France affirme ainsi que «la Catalogne est en train de faire un coup d’Etat au ralenti». Des «poursuites judiciaires contre le chef de la police catalane dans le cadre d’une enquête pour sédition» ont été diligentées. Daniel-Louis Seiler, professeur émérite à Sciences Po, estime lui que le premier ministre espagnol a commis une erreur politique majeure: «#Catalogne, Rajoy est post-franquiste car s’il avait comme Cameron laissé tenir un referendum régulier, les Catalans auraient voté non!». Daniel-Louis Seiler fait allusion non pas au referendum sur le Brexit perdu par Cameron mais à celui sur l’indépendance de l’Ecosse gagné alors par le premier ministre anglais.

Récupérations françaises

Cette situation quasi insurrectionnelle en Espagne déborde évidemment des frontières jusque dans le paysage politique français. Jean-Luc Mélenchon estime sagement que «la France doit proposer une médiation».

Benoit Hamon égratigne l’Europe: «où sont passés les avocats bavards de l’Europe politique, soudain silencieux quand la crise en #Catalogne réclame dialogue et médiation de l’UE».

Nicolas Dupont Aignan en revient aux réalités nationales, «quand une nation ne sert plus à rien, c’est normal que les gens préfèrent être catalans ou basques».

Jean-François Ruffin joue la corde affective: «quand un peuple aspire collectivement à quelque chose, je ne peux pas ne pas voir de tendresse».

Edwy Plenel épingle enfin le silence du Président français, «indifférent à la nouveauté démocratique, Macron, là encore, se montre de l’ancien monde».

Une Europe façon puzzle?

Twitter insiste à juste raison sur la dimension européenne de ce qui se joue en Espagne. Les velléités d’indépendance de la Catalogne, si elles se concrétisaient, pourraient donner des idées. «Catalogne, Écosse, Corse, Flandres, Pays basque: les aspirations indépendantistes dans l’union européenne»... se multiplient.

Une délégation menée par Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de Corse, a ainsi été suivre sur place le scrutin à Barcelone et y a reçu «un accueil enthousiaste». Le message est clair: «ceux qui soutiennent l’indépendance de la Catalogne devront faire pareil avec la Corse». En Belgique, Bart de Wever, le maire d’Anvers indépendantiste flamand, estime que «la volonté du peuple doit être entendue», tout comme le ministre de l’intérieur belge Jan Jambon (lui aussi membre de Nieuw-Vlaamse Alliantee) qui pense que «l’indépendance de la Catalogne est inévitable». Et en Italie, «des referendums d’autonomie sont à venir en Vénétie et en Lombardie» .

A l’exception de la Corse, tous ces territoires ont en commun d’être riches et de ne plus vouloir être mis à contribution. «#cdanslair comme vous l’avez dit c’est les régions riches qui sont séparatistes, Catalogne, Flandres, Italie du nord #solidarité VS #radins». Il n'y a pas que la défense de l'identité oppressée. L’argument économique est aussi celui des séparatistes de tous bords, désireux de mener leur destin sans la charge de territoires considérés comme des boulets (la Wallonie pour les Flandres, l’Italie du Sud pour l’Italie du Nord…).

Libération s’interroge: assiste-t-on à «une décolonisation ou à une dénationalisation». Pour le quotidien, on serait plus proche d’une perte de sens des nations. L’émiettement des Etats nations au profit d’entités plus petites, plus homogènes pourrait paradoxalement accoucher d’un nouvel ordre européen... les Etats-Unis d’Europe. «L’Europe actuelle étant une mascarade d’alliances entre pays, autant refiler l’indépendance à tout ce bazar, pour ensuite mieux tous les regrouper au sein des États-enfin-Unis d’Europe. Il doit bien y en avoir 50 or something».

L’Europe à quitte ou double. Soit «accéder aux revendications d’indépendance des extrémistes #Catalogne serait le début de la fin #UE. #Flandres #Écosse #Corse #PaysBasque», soit au contraire la crise catalane servirait d’amorce à un nouveau processus de construction européenne à une autre échelle. Réponse bientôt...

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