Slatissime

Le flow, la technique qui vous mettra dans le même état que le LSD

Raphaëlle Elkrief et Stylist, mis à jour le 05.10.2017 à 15 h 42

Le but? Augmenter ses capacités mentales et sa productivité sans même s'en rendre compte.

 Here There | Surian Soosay via Flickr CC License by

Here There | Surian Soosay via Flickr CC License by

1.Le concept

Après des années à n’avoir rien voulu dire de particulièrement intéressant (flow vient du vieil anglais flowan qui vient lui-même d’un lointain ancêtre germanique qui, en gros, signifie flotter, bref, pas de quoi en faire des caisses), le terme explose dans les années 1980 (selon les stats Google Books sur la littérature américaine).

D’abord via le jargon du hip-hop, en désignant la rythmique et les enchaînements des rappeurs. Mais surtout parce qu’en 1975, Mihály Csíkszentmihályi (il est hongrois) lui donne une nouvelle connotation.

En s’intéressant au processus créatif, le psychologue constate que les gens passionnés (artistes, musiciens, sportifs) peuvent oublier de manger (chaud) voire de dormir (très chaud) lorsqu’ils sont absorbés par ce qu’ils font. Un état à la limite de l’extase qui fascine Mihály.

Accaparé par «l’expérience optimale», ce dernier va passer les trente années suivantes à décortiquer le concept. Qui connaîtra un vrai retour de hype au début des années 2010 quand tout le monde a voulu vivre en «pleine conscience» (faire ce que vous êtes en train de faire en étant dans le moment présent).

2.Pourquoi ça fait rêver? 

Dans une société dont les capacités de concentration sont passées de douze à huit secondes en moyenne en dix ans (c’est Microsoft, le roi des écrans, qui le dit), le flow est une sorte de crème de jour miracle qui pourrait nous faire renouer avec l’attention (mais oui, ce truc dingue qui consistait à pouvoir avoir une conversation sans être dérangée mentalement par une folle envie d’aller se mater un replay).

Le flow, c’est un état quasi hallucinogène qui n’implique ni de se taper une heure de méditation avec des gens qui portent des chaussettes à orteils séparés, ni de s’enfiler une boîte de cachetons, mais qui repose sur un enchaînement d’activités.

Ça peut être faire un puzzle, dessiner des petits carreaux dans un cahier. Mais aussi se sentir en lévitation parce qu’on a l’impression d’écrire le prochain Renaudot alors qu’on s’enfile les slides Power Point de la réunion qui suit. Se faire vibrer le cerveau tout en produisant, c’est tellement 2017.

3.La nouvelle cible

La Silicon Valley, qui table désormais sur le flow pour atteindre un niveau de performance quasi surhumain. Les pontes de la tech, ceux qui se claquent la bise à la conférence Wisdom 2.0 (où l’on parle méditation et bien-être au travail), misent sur cet état altéré de conscience pour doper leurs entreprises.

Aux États-Unis, Steven Kotler (journaliste) et Jamie Wheal (qui fait quelque chose de pas très clair autour de la notion de haute performance) ont écrit un best-seller avec Stealing Fire, How Silicon Valley, the Navy SEALs, and Maverick Scientists Are Revolutionizing the Way We Live and Work (2017), qui raconte comment les plus grands de ce monde ont réussi à résoudre leurs problèmes et à booster leur créativité grâce à cet état de grâce.

Dans la foulée, ils ont lancé le Flow Genome Project, où ils conseillent et entraînent les entrepreneurs et les créatifs à améliorer leurs performances mentales en se mettant en état de flow («where you feel your best and you perform your best»).

À en croire Steven Kotler, «la créativité et la motivation augmentent de 400% quand on se trouve en état de flow» – Bruit du tiroir-caisse.

Le risque, c’est bien sûr que, de la même manière qu’on vous a offert un joli portable (oups, vous avez reçu des mails ce week-end), on vous propose un atelier flow au prochain séminaire pour booster ce cerveau minable.

Et il faut croire qu’il y a un marché. En mai dernier, Walter Vannini, codeur italien, a publié dans Aeon une tribune, très agacée, dans laquelle il réfute les stéréotypes qui collent à son activité, que même Tim Cook, pourtant bien placé, s’est amusé à décrire comme «fun et interactif».

Faux selon Vannini pour qui, au contraire, coder demander un niveau de concentration tel que l’esprit doit entrer en symbiose avec la machine. Ce qui fait un point commun entre un codeur de chez Facebook et Jean-Claude qui fait des bolas: à force d’enchaîner, ils en arrivent à oublier ce qu’ils sont en train de faire.

4.L'ambassadeur de bonne volonté

Le yoga ne jure lui aussi que par le flow (qui vient se coller au nom de n’importe lequel de vos cours: vous ne faites plus du vinyasa mais du vinyasa flow).

L’idée est la même: être tellement dans votre tête que vous ne vous rendez même pas compte que vous être en train d’en chier. Soit l’équivalent de «la zone» ou du «flux», un état second bien connu de tous les sportifs qui leur permet de réaliser des perfs incroyables alors que leur corps et leur mental n’en peuvent plus.

Ce que décrivait par exemple Ayrton Senna au Grand Prix de Monaco en 1988:

«Soudain, j’ai réalisé que je ne conduisais plus la voiture consciemment. Je conduisais mais c’était par instinct, j’étais dans une autre dimension.»

5.Êtes-vous «flow compatible»?

Quand Messmer essayait de faire tomber en hypnose son assistance, vous étiez de ceux qui parvenaient à lutter (votre petit côté Jean Moulin) ? Vérifions si vous êtes flow compatible.

1. Vous faites la position du chien tête en bas sans vous en rendre compte quand vous ramassez vos chaussettes au pied du lit (vous en profitez pour enchaîner avec une salutation au soleil, puisque vous êtes là).

2. Vous arrivez à faire illusion pendant toute une réunion (ce sourire creepy) où vos collègues désagréables prennent la parole, alors que vous êtes en train de peindre ce que vous pensez être le prochain Grant Wood.

3. Quatre ans après sa sortie, vous rêvez encore du Drift, cette technologie miraculeuse qui faisait entrer les soldats de Pacific Rim en télépathie avec des robots géants.

Raphaëlle Elkrief
Raphaëlle Elkrief (23 articles)
Journaliste chez Stylist.
Stylist
Stylist (169 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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