France / Monde

L’Europe oui, mais quelle Europe?

Temps de lecture : 7 min

Après le Brexit, l’entrée au Bundestag du parti d’extrême-droite allemand AfD et avant le référendum controversé sur l’autonomie de la Catalogne, le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne creuse un peu plus dans la twittosphère le fossé entre les Pro et les Anti européens.

Drapeau de l'Union Européenne / Sebastien Podvin via Wikimedia CC
Drapeau de l'Union Européenne / Sebastien Podvin via Wikimedia CC

Contenu Partenaire - «Un peu partout ça gronde en Europe». Beau résumé d’un twittos sur les orientations politiques des peuples européens. Et ce ne sont pas les annonces cette semaine de la prise de contrôle de la majorité du capital des chantiers navals STX par l’Italien Fincantieri et de la fusion d’Alstom et de l'allemand Siemens qui calmeront les critiques. Certains politiques comme Yannick Jadot se réjouissent du sort de STX expliquant qu’il «préfère un Italien à un Sud-Coréen», d’autres y voient un abandon comme Éric Woerth qui considère qu’ «Alstom ne devient pas franco-allemand, Alstom devient allemand». Les opinions sur l’avenir de l’Europe politique comme économique divergent grandement, ce n'est pas une surprise, et Twitter illustre cet affrontement, notamment au lendemain du discours sur une nouvelle Initiative Européenne du Président français.

Macron, sauveur de l’Europe?

L’europhile Emmanuel Macron s’est exprimé solennellement mardi 26 septembre à la Sorbonne pour relancer la construction de l'Union Européenne. Comme le rappelle Christine Ockrent «Macron a été le seul politique français à avoir osé faire campagne sur l’#Europe et à avoir été élu @Ockrent #24hpujadas». Quand il s’exclame «à tous les peuples européens: regardez l’Europe en face. Vous verrez que nous n’avons pas le choix! #InitiativeEurope», il exprime sa foi dans cette construction dont l'objectif après la seconde Guerre Mondiale était de ramener paix et prospérité sur le continent.

Pour l’éditorialiste Renaud Pila, «il met un taquet aux eurosceptiques allemands en affirmant «je n’ai pas de lignes rouges, je n’ai que des horizons» #sorbonne». Ces propositions comme ce souhait que «la moitié du Parlement européen soit élu sur listes transnationales. Chiche! #InitiativeEurope», ou encore la création d’ «un parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme #InitiativeEurope» ont fait réagir la Twittosphère.

Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker a félicité «un discours très européen de mon ami @EmmanuelMacron. L’Europe a besoin de courage. Merci pour votre soutien au travail des institutions UE», tout comme la sénatrice LR Fabienne Keller qui «salue le discours d’@EmmanuelMacron pour une #Europe de la défense, écologique, économique et politique. La France doit être un moteur puissant!» ou un autre LR, Christian Estrosi qui n’oublie pas de souligner que «@Nicolas Sarkozy avait pris le leadership en Europe, et #Hollande l’avait perdu. #Macron essaie de le récupérer». Et si Pierre Le Textier de l’équipe numérique d’En Marche a trouvé «le discours d’@EmmanuelMacron incroyable. Je sais pourquoi j’ai voté pour lui #InitiativeEurope #Sorbonne», d’autres twittos ont été bien moins enthousiastes.

Pour le porte-parole du FN «de tous les côtés et par tous les moyens @EmmanuelMacron déconstruit la France, sa souveraineté et sa fierté. #Macron #Alstom #Europe». Certains commentaires sont encore plus virulents soulignant que «cette histoire de listes transnationales va épuiser le magasin de farces et attrape du débat politique #Europe #Macron».

Outre-Rhin, bien que le Berliner Zeitung pense que «Macron a tenu un discours sur l’Europe qui méritera sans doute un jour le qualificatif d’historique», d'autres commentateurs estiment qu’Emmanuel Macron doit redescendre sur Terre». Ces twittos critiques ne sont pas forcément tous europhobes. Comme l'explique Tropical Boy, «non Mr #Macron… Non les gens ne sont pas forcément contre l’#Europe. Peut-être qu’ils ne veulent pas de l’#Europe que VOUS représentez».

Après le Brexit, le choc allemand

Le référendum anglais, qui a décidé le 23 juin 2016 de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, avait mis à mal l'avenir de l'Union et son idée même. «Près de 120 000 Européens ont déjà quitté le #RoyaumeUni en un an» et «le Brexit aura forcément un impact sur le #budget de la #zoneeuro». Et «les résultats définitifs des élections en #Allemagne, avec l’énorme percée de l’AfD qui fait 13,2% devenant ainsi le 3e parti allemand» ont ravivé ravivé la grande crainte des pro-européens.

Pour ceux qui l’ignoreraient, l’AfD (Alternative für Deutschland) est un parti d’extrême-droite qui après les élections législatives du 24 septembre fait pour la première fois son entrée au Parlement allemand. Marine Le Pen s'en est immédiatement félicitée: «bravo à nos alliés de l’#AfD pour ce score historique! C’est un nouveau symbole du réveil des peuples européens». Les progressistes allemands ne sont s’y pas trompés non plus. Le Frankfürter Allgemeine Woche illustre ainsi sa couverture d’une image d’Épinal avec une famille blonde sortie d’un autre temps et titre «comment l’AfD voudrait vivre».

Evidemment, le spectre nazi n’est pas loin… Comme le relève Pierre Larrouturou, «90 députés de l’AfD, c’est un choc. Cela renvoie au 107 députés nazis entrés au parlement en 1930». Et un twittos de rappeler que «moins de 80 ans après la seconde Guerre Mondiale, l’extrême-droite est de retour au #Bundestag, avec l’#AfD… L’Europe vite! C’est vital!». Le club de foot du Borussia Dortmund a même réagi avec un clip «en réaction à la montée de l’extrême-droite aux dernières élections en Allemagne».

Avec cet électrochoc, les critiques d'Angela Merkel, la chancellière allemande, se sont mutlipliées et dans tous les camps. «Ne copions pas l’Allemagne: les élections de dimanche nous rappellent qu’elle n’est pas un modèle à suivre». Que ce soit en raison de ses choix économiques et de l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres ou de l’accueil de plus d’un million de migrants, Twitter se déchaîne et apporte aussi parfois des clés pour mieux comprendre ce qui vient de se passer.

Brain Magazine tweete deux cartes de l’Allemagne où l’on voit «à gauche, la carte des étrangers en Allemagne. Et à droite, la carte du vote AfD». Le constat est sans appel. Comme le note le professeur de Sciences Politiques Daniel-Louis Seiler «#AfD après 75 ans la peste brune revient au parlement allemand et vient de l’est. L’Ouest dénazifia et fit un travail de mémoire pas la RDA». Pour de nombreux spécialistes, «la percée de l’AfD est très liée à l’arrivée des migrants en Allemagne. C’est le sujet qui inquiète beaucoup». Ce n'est peut-être pas une coïncidence si le FN en France tente de délaisser le sujet européen et la sortie de l’euro (la démission de Florian Philippot semble en être un indice) pour revenir sur son thème favori de l’immigration, «l’AfD en passant d’une ligne anti-euro à une ligne identitaire a triplé ses voix en quatre ans».

Si le parti d'extrême-droite est déjà miné par des tensions internes, «du rififi toujours et encore à l’AfD: la co-présidente du parti Frauke Petry quitte le parti», Angela Merkel va devoir composer avec l’AfD dont «la percée est plus effrayante et fulgurante que le FN». Michel Onfray a beau relativiser la dimension anxiogène du parti en s’interrogeant: «#AliceWeidel, porte-parole de l’#AfD est homosexuelle, mère de deux enfants, est-elle la Mme Adolf #Hitler en jupon?», l’Europe et Twitter prennent peur. A l'image d'Emmanuel Macron, qui selon le Canard enchainé, «a la trouille, rien ne se passe selon ses plans». Comme le résume amer et ironique un twittos, avec la «montée de l’AfD en Allemagne, Brexit en UK, Pologne et Hongrie réfractaires, c’est sûr on se dirige vers une grande Europe».

Un référendum à risque

Un autre foyer de contestation risque de mettre encore un peu plus d’huile sur le feu. La Catalogne organise un référendum pour statuer sur une éventuelle indépendance vis-à-vis de l'Espagne. Ou plutôt tente d’organiser car comme l’ont pointé de nombreux twittos, le gouvernement espagnol fait tout pour l'empêcher. Ainsi, «la police a saisi 10 millions de bulletins de vote» pour rendre impossible la tenue du scrutin et il y a eu des «manifestations à Barcelone après l’arrestation de treize membres de l’exécutif séparatiste de Catalogne par la garde civile espagnole #AFP».

Face à une situation quasi insurrectionnelle, «la maire de Barcelone demande la médiation de l’UE». Et la tension en Espagne menace directement l’Europe. Du moins, c’est ce que pense une bonne partie de la twittosphère, à l’image de Manuel Valls pour qui «l’indépendance de la Catalogne serait la fin de ce qu’est l’Europe». Si «l’avenir de l’Europe se joue bien en Catalogne», Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne tempère cette crainte en précisant que «non, l’indépendance ce n’est pas la sortie de l’#Europe pour la #Catalogne. Pas du tout».

Comme le déplorent certains «à Bruxelles, le ministre des affaires étrangères de Catalogne @raulromeva accuse l’UE de soutenir par son silence l’attitude de Madrid». L’inaction européenne est dénoncée par ceux qui jugent que le référendum en Catalogne illustre «la lutte des démocrates de toute l’Europe. Pour une Europe des peuples, démocratique, sociale, sans frontière». L’indépendance de la Catalogne signerait-elle la sortie de cette région de l’UE ? Pour les anti-européens, cela pourrait ne rien changer. Et de s'interroger sur l'utilité de «l’indépendance de la #Catalogne si c’est pour être dépendant de #Bruxelles ? #referendumcatalunya».

Les désirs d'identité, de souveraineté et d'autonomie exprimés par les peuples européens, hier au Royaume-Uni, demain peut-être en Espagne, sont perçus par certains comme le plus grand risque du moment pour l'Union Européenne. «A partir du moment où on veut construire une Europe conquérante, ces mouvements indépendantistes sont dangereux #Catalogne». Mais une éventuelle déconstruction du tissu européen n'est pas forcément un danger, juste l'apparition de nouveaux Etats qui reste une entité politique indispensable. C’est en tout cas la perspective évoquée par le journaliste Pierre Haski en Europe et ailleurs: «Kurdistan, Catalogne, Écosse… Ces nouveaux états en devenir».

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