Culture

Mon premier concert classique avec Lang Lang (aucun rapport avec Jack)

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 27.09.2017 à 11 h 53

[BLOG] Récit de mon tout premier concert de musique classique. Où je découvre que j'ai de graves lacunes, de très graves lacunes.

Cindy Ord / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cindy Ord / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Autant le dire d'emblée, hier encore et même avant-hier, le nom de Lang Lang  m'était totalement, complètement, radicalement inconnu. Il aurait pu être champion du monde de fléchettes, croupier au casino de Monte-Carlo ou concierge de mon immeuble que je n'en aurais pas été plus étonné. Il faut le dire et redire: ma culture musicale dès lors qu'il s'agit de classique doit être équivalente à celle de Franck Ribery appliquée à la littérature, à savoir vierge de toutes références.

Tout juste si avec un tel patronyme le Lang Lang, je ne l'aurais pas pris pour le fils caché de Jack Lang que ce dernier aurait eu avec lui-même.

Si bien que lorsque cet été a fleuri un peu partout en ville de grandes affiches annonçant sa venue, j'ai été aussi ému que si le Vatican venait de confirmer la prochaine visite du Pape François à la paroisse du coin de ma rue. Je suis resté impassible.

Toutefois, comme on promettait que Lang Lang jouerait le «Concerto pour piano N°5», «l'Empereur» de Beethoven –morceau que par une chance extraordinaire je connaissais, j'ignore encore pourquoi, possible réminiscence d'un amour de jeunesse ou bien alors morceau préféré de mon psychiatre– et désireux d'assister à un concert de musique classique avant de mourir , j'ai consenti à prendre un billet en souvenir de ce bon vieux Ludwig.

Entre-temps, vu la somme déboursée, je me suis tout de même renseigné sur ce Lang Lang et bon, visiblement, la terre entière le connaissait, sauf moi. J'avoue j'ai eu honte. Comment moi qui me targue de tout savoir sur tout, qui ai réponse à tout, qui suis la plus grande gueule de mon quartier, pouvais-je ignorer qui il était? Comment?!

Décidément mon éducation était à refaire.

Le soir du concert, j'ai sorti mon smoking que je n'avais pas mis depuis ma bar-mitzvah –entre-temps j'étais passé du mètre soixante-deux au mètre soixante-quatre, il m'allait donc toujour. Je me suis tout de même acheté un nouveau nœud papillon et, fier comme un paon se rendant à son premier bal, j'ai filé à mon rendez-vous avec Lang Lang.

J'avoue, je tremblais un peu et quand j'ai fini par trouver ma place, j'ai souri –un sourire niais mais niais– à mes voisins comme si j'étais un vieil habitué des lieux; eux, étrangement, n'ont pas moufté et se sont plongés dans la lecture du programme. J'ai fait de même. Je l'ai lu une fois, je l'ai lu deux fois, je l'ai lu trois fois. À la quatrième lecture, j'ai fini par comprendre trois choses: 1) il y avait une première partie –ah, et c'est maintenant qu'on me prévient ?!; 2) durant cette première partie, on aurait le droit entre autres festivités d'écouter un morceau de Edward Elgar –de qui ???–; et 3) Lang Lang, souffrant d'une inflammation à la main gauche, à la place du Concerto pour l'Empereur, se contenterait de jouer en duo avec un jeune prodige, «Rhapsody in Blue» de Gershwin –mais c'est quoi, ce foutoir?!! Pourquoi juste ce soir? Pourquoi faut-il que cela tombe sur moi, et d'abord, c'est qui ce Elgar? Agaçante cette manie de me balancer à la tronche des noms d'illustres inconnus par ailleurs fort illustres.

J'allais finir par me vexer.

Les lumières se sont éteintes, les murmures aussi, l'orchestre a pris place, le Maestro de même, je me suis levé et me suis rassis aussitôt: flûte, j'avais confondu avec le concert de Belle and Sebastian auquel j'avais assisté dans cette même salle quelques années plus tôt mais ceci est une autre histoire.

L'orchestre a joué un morceau de Brahms, une danse hongroise, très jolie, a enchaîné tambour battant avec «L'ouverture de William Tell» par Rossini, un tube super entraînant que même mon cheval devait connaître, et puis les choses sérieuses ont commencé avec «Introduction and Allegro, OP.47» du dénommé Elgar.

Qui?!

J'ai failli demandé à mon voisin, mais c'est qui celui-là à la fin? C'est un nouveau? Il est bon au moins, il est passé chez Drucker? C'est un copain à Jacques Chancel?

Entracte.

Je n'ai pas bougé.

J'avais envie de pisser mais je me suis dit que ce n'était ni le moment, ni l'endroit. Un peu de classe que diable. Tu n'es pas au concert de Depeche Mode, bordel, retiens-toi.

Au bout de vingt minutes, les lumières se sont de nouveau éteintes, les murmures aussi, l'orchestre a pris place, le Maestro de même suivi de Lang Lang et du jeune pianiste; cette fois je suis resté assis, tout le monde s'est levé.

Décidément, il fallait vraiment que je bosse mes fondamentaux, j'avais de graves lacunes.

La suite fut évidemment éblouissante même si ce fut plus du Lang tout court que du Lang Lang : le programme n'avait pas menti, le bougre ne s'est pas servi seulement une fois de sa patte gauche, confiant la majeure partie du boulot à son jeune protégé.

Il y a des soirs comme cela.

En repartant, tout de même conquis par ma soirée, j'ai filé direct à la billetterie acheter un billet pour le prochain concert.

On jouera du Sibelius.

Qui?!!!!!!!

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