Sciences

Tous les trois jours, ce scientifique lâchait des guppys dans le «bassin de l'horreur» pour tester leur personnalité

Temps de lecture : 2 min

Face à l'apparition simulée de prédateurs, certains ont été courageux, d'autres plus lâches.

Un guppy mâle dans un aquarium. | Mihnea Stanciu via Flickr CC License by
Un guppy mâle dans un aquarium. | Mihnea Stanciu via Flickr CC License by

Imaginez un guppy. Cet animal ne vous semble peut-être pas familier, mais vous pouvez vous référer à la photo ci-dessus ou à la description suivante pour le visualiser. C'est un poisson d'eau douce tropicale, originaire d'Amérique du Sud, dont la taille varie de 3 à 7 centimètres, selon le sexe et l'âge. Maintenant, imaginez que vous êtes un guppy, au printemps 2015, dans un laboratoire de recherche de l'université d'Exeter, en Angleterre. Le Washington Post vous propose de passer cinq minutes dans la peau de ce guppy.

Vous nagez tranquillement avec vos amis dans un aquarium. Voilà plusieurs jours que vous êtes là. La nourriture tombe du ciel. Tout va bien. Soudain, on vous pêche et vous êtes jeté dans un monde parallèle. Vous vous retrouvez seul, encerclé par les vitres d'un étrange aquarium. D'abord, vous paniquez. Mais petit à petit, le courage revient et vous partez en exploration de ces nouveaux lieux. Un mur de verre. Deux murs de verre. Trois, quatre murs de verre. Un morceau de plastique collé au sol en guise d'abri de fortune.

Splash! Un énorme bec fend l'eau. Vous vous cachez sous le bout de plastique et attendez la mort. Mais le bec ne revient pas et bientôt, une épuisette vous ramène auprès de vos semblables. Ce souvenir terrifiant s'estompe, et tout revient à la normale pendant trois jours. Jusqu'à ce que l'on vous transvase de nouveau dans l'aquarium de l'horreur. Encore et encore et encore. Vous êtes un guppy à la merci de la soif de savoir de Tom Houslay, et il veut connaître l'essence même de votre être.

Des traits de caractère uniques

Il y a deux ans, l'équipe de ce biologiste spécialiste de l'évolution a soumis 105 guppys* à des «doses de peur» régulières pour déterminer si oui ou non, ils avaient une personnalité. Les résultats de l'étude, publiés lundi 25 septembre dans la revue Functional Ecology, montrent que chaque poisson a adopté une réponse singulière à ces situations stressantes.

«Certains d'entre eux se sont directement réfugiés sous l'abri, raconte Tom Houslay. Certains ont simplement arrêté de bouger, peut-être en espérant qu'ils ne seraient pas repérés. D'autres ont foncé d'un côté de l'aquarium, en haut, en bas, tentant de s'échapper.»

Afin de distinguer les guppys les uns des autres, les chercheurs leur ont injecté des polymères colorés. À chaque apparition du bec de «Grim», le faux héron et de «Big Al», un cichlidé –poisson prédateur du guppy à l'état sauvage– de l'autre côté de la vitre, les réactions des guppys étaient filmées, chronométrées et analysées.

En mesurant combien de temps chaque guppy restait caché, figé ou paniquait, les scientifiques ont pu déduire que certains poissons sont naturellement lâches et d'autres relativement courageux. Et il ne s'agissait pas de hasards: chaque guppy a fait preuve de la même «lâcheté» ou du même «courage» à chaque test effectué tous les trois jours et pendant quatre semaines.

Autrement dit, tous ces petits poissons apparemment identitiques, qui ont grandi dans les mêmes aquariums de laboratoire, ont développé des traits de caractère uniques. «Peut-être pas aussi complexes que les nôtres, mais les poissons sont tous singuliers, et c'est ce qui compte dans l'étude de l'évolution», note le Washington Post. Leurs différentes conduites peuvent expliquer comment et pourquoi certaines espèces survivent ou non dans leur milieu naturel.

*Les 105 guppys coulent désormais des jours heureux dans leur aquarium d'origine.

Slate.fr

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