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Macron est peut-être le grand perdant des élections allemandes

Daniel Vernet, mis à jour le 26.09.2017 à 7 h 02

La demi-succès de la chancelière allemande pourrait sérieusement remettre en cause les projets de réforme du président français. Celui-ci doit clarifier ses intentions ce mardi.

Le 28 août 2017 I ludovic MARIN / AFP

Le 28 août 2017 I ludovic MARIN / AFP

Emmanuel Macron sera-t-il une victime collatérale des élections allemandes? À première vue le résultat n’est pas favorable à ses projets de relance européenne. Sa partenaire principale sort affaiblie du scrutin. Certes avec 33% des voix pour son parti, Angel Merkel est dans une position que pourraient lui envier bien des chefs de gouvernement candidats à leur propre succession. Mais la démocratie-chrétienne perd 8 points par rapport aux élections de 2013. Un véritable désaveu pour un parti et une chancelière au pouvoir depuis douze ans.

Dans sa prochaine équipe, Angela Merkel va devoir composer avec des alliés pas faciles. Elle n’aura pas les mains libres pour mener une politique européenne plus dynamique, moins crispée sur le respect des critères de convergence budgétaire, plus ouverte aux propositions de réformes. Emmanuel Macron s’apprête justement à préciser ses intentions dans un discours à la Sorbonne devant des étudiants de diverses nationalités. Il a choisi le 26 septembre, deux jours après les élections allemandes pour profiter d’un élan supposé. Avant, rien n’était possible. Après tout semblait imaginable.

Un calendrier compliqué

 

Depuis les résultats allemands, le calendrier paraît soudain moins propice. L’entourage de la chancelière ne cache pas que ce discours vient à un mauvais moment. L’Allemagne ne sera pas en mesure de répondre au président français. Elle entre, et pour de longs mois, dans une phase de transition qui sera dominée par les négociations entre éventuels partenaires gouvernementaux. Ce ne sera pas le temps des grandes décisions. Sans doute Emmanuel Macron veut prendre date sans attendre de connaître les contours de la future coalition. Mais à Berlin, cet empressement est vu comme une manière d’exercer une pression sur la chancelière. Or, celle-ci ne déteste rien de plus que les décisions précipitées. Elle aime prendre son temps.

Elle avait accepté du bout des lèvres les idées d’Emmanuel Macron pour renforcer la zone euro. Elle avait même consenti à une possible réforme des traités, qu’elle refusait auparavant. Elle n’avait rien contre la création d’un poste de ministre des Finances de l’euro –«à condition qu’il serve à quelque chose», précisait-elle toutefois. Elle était favorable à la transformation du Mécanisme européen de stabilité en véritable Fond monétaire européen. Elle reprenait même l’idée d’un budget de la zone euro – «à condition qu’il soit petit».

Autant de gestes à l’égard du président de la République qu’elle ne voulait pas mettre en difficulté alors que son élection avait été reçue comme une divine surprise en Allemagne. Il est peu probable qu’elle répète ces gestes dans un proche avenir. Si elle veut avoir une majorité au Bundestag, elle devra s’entendre avec les libéraux et les écologistes. Dans la politique européenne, ces derniers ne sont pas des obstacles.

Avertissement

 

Il n’en va pas de même des libéraux qui reviennent au Bundestag après quatre années de purgatoire. En 2013, ils avaient échoué sur la barre des 5% de voix, nécessaire pour avoir des députés. Ils sont prêts à faire monter les enchères pour participer au gouvernement. Leur chef, Christian Lindner, n’est pas pressé. Il n’a que 34 ans. Il n’est pas loin de penser que son parti a plus à gagner en restant encore quelques années dans l’opposition plutôt que d’affronter les responsabilités du pouvoir.

En tous cas, il a mené une campagne très euroréaliste pour ne pas dire eurosceptique. Il s’est déclaré contre tous les changements proposés pour la zone euro qui supposeraient une réforme des traités et surtout qui aboutiraient à faire payer aux Allemands le laxisme des partenaires. Pas question pour lui, comme le propose Emmanuel Macron, d’apporter une garantie communautaire à des emprunts européens destinés à des investissements communs.

Une des raisons avancées pour justifier cette tiédeur européenne risque de trouver un large écho dans l’opinion allemande: la percée de l’AfD serait le signe d’un malaise identitaire qu’il ne faudrait pas renforcer en soutenant une fuite en avant dans l’intégration européenne, l’ouverture des frontières et la mondialisation. L’avertissement devrait être entendu si l’on ne veut pas faire le jeu de l’extrême droite.

«L’Allemagne n’a d’autre intérêt national que l’intérêt européen»

Ces arguments ne sont pas à rejeter mais ils peuvent être retournés. Angela Merkel est affaiblie? Certes ,mais elle entame son quatrième mandat qui sera selon toute vraisemblance le dernier. N’étant pas concentrée sur sa réélection, elle devrait se sentir libre de prendre des initiatives audacieuses. Elle n’a pas, dans le passé, hésité à braver son électorat traditionnel en décrétant la sortie du nucléaire, en ouvrant les frontières aux réfugiés, en permettant le mariage pour tous, pour ne citer que quelques exemples. Il serait temps pour elle de montrer un enthousiasme européen, dévoyé jusqu’à maintenant dans un dogmatisme ordo-libéral. Emmanuel Macron lui en offre l’occasion. À elle de la saisir.

Si l’on prend à la lettre les déclarations de leur chef, ce sera difficile avec les libéraux. Mais beaucoup d’entre eux se rappellent encore que le FDP a été longtemps le parti pro-européen par excellence. Un de ses grands hommes, Hans Dietrich-Genscher, ministre des Affaires étrangères pendant dix-huit ans, avait coutume de dire: «L’Allemagne n’a d’autre intérêt national que l’intérêt européen.» Son parti ne peut pas totalement se renier.

Une carte politique à jouer

 

Et s’il en était besoin, les Verts seront le contrepoids «européïste» aux libéraux. Avec l’écologie, l’Europe est leur autre raison d’être. Ils seront prêts à soutenir Angela Merkel contre tous les eurosceptiques, y compris dans son propre parti ou dans la CSU bavaroise, qui bien que membre à part entière de la démocratie chrétienne, s’apprête à mener la vie dure à la chancelière. L’hégémonie de la CSU à Munich est menacée, par la droite, par la poussée des populistes. Les Verts ont de bons arguments en faveur de l’Europe: les grands problèmes auxquels l’Allemagne est confrontée –changement climatique, développement du numérique, révolution industrielle, etc.– ne peuvent être résolus qu’au niveau communautaire.

Emmanuel Macron a besoin d’Angela Merkel pour transformer la France. Angela Merkel a besoin qu’Emmanuel Macron tienne compte de ses contraintes. Mais penser aider la chancelière en faisant l’impasse sur une relance de l’Europe serait lui rendre un bien mauvais service.

 

Daniel Vernet
Daniel Vernet (429 articles)
Journaliste
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