Jacques Attali: Trois principes pour 2010
Notre déclin n'est pas inéluctable.
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Naturellement, on pourrait en ce début d'année, et c'est notre tendance naturelle, faire la liste infinie des événements épouvantables dont on peut craindre l'avènement. Et celle, moins longue, de ceux qu'on peut espérer voir se réaliser.
Il est dans l'air du temps, en particulier dans l'Europe d'aujourd'hui, de faire d'abord la liste des catastrophes, personnelles et collectives. Moins pour s'y préparer et tenter de les éviter, que pour jouir, inconsciemment, de ces risques, qui menacent, pense-t-on, surtout les autres; et pour profiter au mieux, égoïstement, de cette situation de rescapés provisoires, ce que nous sommes tous, en fait, chacun à notre facon.
Faire la liste des événements positifs semble moins intéressants. Soit parce que, pour certains, on ne peut en rien aider à leur avènement et qu'on a alors le sentiment qu'en parler n'apporterait rien. Soit parce qu'on y peut quelque chose, et qu'on est immédiatement culpabilisé de ne pas tout faire pour les aider à se matérialiser. Car telle est la nature humaine: idéaliste et paresseuse, lucide et résignée. En particulier dans les vieux pays où nous sommes.
Ainsi, ce continent, l'Europe, aborde t-il, depuis deux décennies, chaque année nouvelle avec le délicieux et angoissant (délicieux parce qu'angoissant) sentiment de glisser sur la pente d'un déclin inévitable. Et c'est bien le cas: car le fait même de le vivre ainsi rend vraisemblable ce déclin, ce déclassement, pour soi comme pour les autres. Une fois de plus, l'idéologie précède et conditionne la matière.
Il est encore possible d'éviter ce destin, sans en passer, comme trop souvent en Europe, par des épisodes violents. Il faudrait pour cela que chacun accepte de mettre en œuvre dès aujourd'hui trois principes simples :
1. Avoir un projet personnel. Un projet ambitieux, et réaliste à la fois. Pour vouloir changer quelque chose dans sa vie, personnelle ou professionnelle. Cela peut être un projet de respect de soi (santé, forme, esthétique), de formation (professionnelle ou personnelle), de réalisation d'une aspiration. Cela peut être un projet purement égoïste. Cela conduira chacun de nous à réaliser que l'année qui commence est unique et que ce qu'on n'y accomplira pas ne le sera jamais. Cela conduira aussi à se fixer des objectifs précis, concrets, vérifiables. Et à vérifier honnêtement, à intervalles réguliers, la façon dont on les atteint.
2. Ne rien attendre de personne pour réaliser ce projet. Parce que l'indifférence des autres est le plus vraisemblable et qu'on doit tout faire pour ne pas avoir besoin d'eux, pour vivre comme si on n'avait rien à espérer de qui que ce soit. Ni de ses proches, ni de ses employeurs, ni d'un parti politique, ni d'un syndicat, ni d'un gouvernement. Rien. Radical changement, qui ne conduit à chercher de ressort à son destin qu'en soi même, en sachant que tout ce qui viendra du monde viendra en plus.
3. Trouver du plaisir à être utile aux autres, même sans rien n'attendre d'eux; au moins dans un cercle restreint, sinon plus largement. Cela passera par un comportement civiquement, éthiquement, écologiquement et socialement responsable. Et plus largement, par un engagement dans l'action publique; sans rien espérer en retour. Pour jouir du plaisir égoïste de faire plaisir.
Si nous osons être nombreux dans cet état d'esprit, sans attendre que les autres le soient pour l'être soi-même, alors, 2010 sera magnifique.
Jacques Attali
Lire également: Le déclin de la France et de l'Europe s'accélère, Pourquoi personne ne tient ses bonnes résolutions et Le TGV, miroir d'une Europe endormie.
Image de Une: A Malo les bains lors de la baignade rituelle du 1er janvier Stringer France / Reuters
Mis à jour le 04/01/2010 à 3h07




















































En somme, une vision anglosaxonne de la vie.
Il est vrai que leur manière d'aborder les difficultés semble moins déstabilisante pour l'individu, plus positive.
Une question toutefois : "Et la spiritualité dans tout ça ?"
La spiritualité n'est d'abord pas une question nécessaire ni attendue dans ce texte. Elle est ensuite incluse dans la notion de projet personnel suggérée par J.Attali: peut-on ainsi apprendre à se détacher de ses croyances, un peu, pour une fois!
Mais pour revenir sur l'article lui-même, difficile de contredire J.Attali, l'année 2010 serait merveilleuse si chacun était responsable!
Très bonne année,
Il me semble que la spiritualité serait bien venue dans ce texte et, à ce propos, spiritualité et croyance n'ont absolument rien à voir.
La dimension spirituelle de l'humain est constitutive de celui-ci au même titre que le physique et le psychique, donc la question de sa présence ou pas dans ce contexte ne doit pas se poser. En revanche il me semble que c'est un point de vue et un éclairage qu'il ne faut pas négliger.
Peut-être J. Attali hésite-t-il à utiliser ouvertement cet éclairage !
... Cher Jacques Attali, déjà s'entendre sur ce déclin.
Est-il défini sur le mode d'un classement sportif
comme une sorte de recul d'une position de tête
à un rang moins avancé ?
En un mot, parle-t-on de compétition ?
Si c'est le cas, n'y a-t-il pas de conception plus qualitative
de l'existence dans le concert des nations que celle-là ?
Au passage, l'échelle adoptée est ici continentale :
il est question d'Europe.
. . .
N'y a-t-il pas au moins une Europe des discours
et une Europe bien plus pragmatique, elle-même
en grande partie responsable de sa situation actuelle ?
N'a-t-elle pas été, la première Europe,
la plus économiquement trahie par les acteurs
auxquels elle a conféré le plus d'avantages
au détriment de sa construction politique progressive ?
. . .
La complexité de la question européenne et celle de son rapport
à l'obsesssion du déclin sont-elles le pourquoi
du basculement direct à la sphère individuelle
de la réponse préconisée des "trois principes" ?
Qu'un tout européen dépasse la somme des Européens, soit !
Même si l'incantation est teintée d'auto-persuasion
et qu'un reste de complexe de supériorité puisse encore agacer
des partenaires d'autres continents.
. . .
La recette partagée n'en combine pas moins
dans une équation, sinon improbable, quasi révolutionnaire
si elle était généralisée, solution personnelle et souci collectif.
Comment déclencher alors le changement des mentalités
qui conduirait à ne plus considérer l'application
des "trois principes" comme encore paradoxale, voire utopique ?
Quelle "marche du sel" adapter à la circonstance ?
Le jumelage Paris-Le Havre ?
Ex-péri-mentalement.
sans donner la priorité au troisième principe, c'est simplement un appel à chasser en meute,
dans ce moyen âge qui vient, c'est ce troisième principe qui fait la différence entre saint-Bernard et Gilles de Rais.
mais je viens de relire dans un vieux grimoire (l'anti-economique, Attali:Guillaume) que l'utopie est nécessaire pour conjurer la prophétie de G. Orwell :
"Si vous désirez une image de l'avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain, éternellement"
Mêmes les Hopis sont morts ?
"Il me semble que la spiritualité serait bien venue dans ce texte et, à ce propos, spiritualité et croyance n'ont absolument rien à voir.
"
ce qu'il propose est une hygiène de vie simple.
C'est _DEJA_ de la spiritualité.
si vous ne voyez pas que "Trouver du plaisir à être utile aux autres" sans forcément attendre un remerciement est DEJA de la spritualité, alors on ne peut rien pour vous.
Chacun au quotidien doit faire ses projets, cessez d'attendre l'approbation des autres avant de commencer, et partager le fruit.
La dynamique engendrée sera son propre remerciement (bénéfices, apprentissage, aides, soutiens, etc)
Mais il faut gommer toute culpabilité dans un tel propos. La population au sens large ne peut PAS se contenter d'une telle méthode coué, parce qu'elle n'a pas les outils pour commencer, ou ne croit pas les posséder.
Il faut que l'Etat (qui EXISTE, on a beau tenté de l'ignorer, chaque mois il se rappelle à moi) met en germe les outils d'émancipation et de création.
Cela est tout autant des services publics efficaces, que des transports en communs qu'un internet ouvert et libre.
Un projet libertaire n'est pas le laisser aller et la dérégulation mais la mise en partage d'outils que les gens peuvent s'approprier pour s'émanciper.
Il s'agit d'un projet de libération et pour cela, il faut des moyens gigantesques que seul un Etat peut mettre en oeuvre.
(je me vois mal commencer seul avec ma petite brique l'amélioration du RER parisien )
Spiritualité ET REALISME.
Il faut être progressiste ET sérieux. Le sérieux manque beaucoup à la France avec la nouvelle droite cynique.
Et ça, Jacques Attali n'a pas l'air de le réaliser.
du sérieux !
du travail !
du progrès !
CA c'est une véritable spiritualité.
.. la somme de projets personnels a rarement produit un projet collectif et le chantier européen devient de plus en plus un chantier de Babel, surtout avec la fuite en avant programmée!
Mais merci, Jacques Attali, de nous proposer ce premier pas vers plus d'autonomie et plus de solidarité!
Merci JA pour ces mots, toujours aussi précieux.
Tout d'abord merci à Jacques Attali pour ces voeux moins convenus, moins conventionnels, que tous les voeux officiels, qui sont souvent des voeux "pieux", passifs, attendant des bienfaits tombés du ciel, alors qu'il faut pour qu'ils soient efficaces faire des voeux "actifs", responsabilisants. En effet seul l'être humain, l'individu, libre et responsable de son propre destin, avec sa conscience, sa volonté, est capable de construire son destin personnel ainsi que celui de la communauté en y participant (cf Albert Camus !). Plutôt que souhaiter et croire en un monde meilleur, agissons personnellement pour l'améliorer !
Jacques Attali est toujours pessimiste sur le monde d'aujourd'hui et sur la nature humaine mais essaie de nous conseiller une voie de sortie. Il prônait déjà paradoxalement un "altruisme intéressé", c'est à dire faire plaisir à l'autre par intérêt (de recevoir en retour ou refuser le comportement purement individualiste et égoiste par conscience des dérives qu'il entraîne). Là il va plus loin dans le plaisir "égoiste" de faire plaisir à l'autre, revenant à un intérêt individualiste, son propre plaisir, de faire plaisir. Mais le problème est que ce plaisir de faire plaisir ne se commande pas. Il peut s'imposer comme une règle morale obligée, contrainte, ou s'acquérir par sentiment de fraternité réel, l'amour des autres, une charité naturelle (Pascal). Et il me semble que ce sentiment peut venir en ayant un projet collectif, partagé avec les autres, qui fait qu'on se sent frères dans une communauté de destin où l'on est solidaire, et non dans un projet uniquement personnel, individuel et égoiste, sans rien attendre non plus des autres (Edgar Morin). C'est pourquoi je ne souscris pas à ces principes tels qu'ils sont formulés.
J'aurais plutôt conseillé trois principes simples de vie :
1- Avoir un ou des projets collectifs, avec d'autres personnes, que ce soit en famille, entre amis, en association, en politique et même mondialement (comportement durable par exemple pour participer à la lutte contre le réchauffement climatique), qui peut et doit se traduire en comportement personnel visant cet objectif ; ce qui n'exclut pas en plus des projets "personnels" !
2- Redécouvrir les plaisirs des rencontres familiales, entre amis, réunions au café, autour d'une activité, les joies du divertissement ensemble, rire et sourire, échanger, s'enrichir de l'autre, y trouver réconfort et apporter le sien aussi aux autres. Trouver des joies dans le domaine humain et spirituel plutôt que dans la consommation matérielle. Attendre un réconfort de l'autre n'est pas un délit ! Surtout si on lui en apporte en retour.
3- Respecter l'autre et essayer de le comprendre en toute circonstance. Ne pas s'enfermer sur soi-même.
Très bonne année à tous les slaters !
Je crois que le texte est empli de spiritualité puisqu'il lance un appel du coeur pour un changement de soi, une redéfinition de l'action individuelle pour le bien de la collectivité.
Je conçois Jacques Attali comme un visoinnaire, un futuriste, doté d'un esprit de synthèse pour projeter d'avenir du monde et particulièrement de l'Europe.
J'ai la conviction que dans ce texte, il écarte d'un revers de main toute polémique sur le destin de l'Europe par le langage éculé du politiique, du syndical, du partisan. Lassé d'un discours politique éternel où chacun croit avoir raison sur l'avenir de l'Europe ou de son propre pays, l'auteur appelle à une participation citoyenne qui commence d'abord le chantier du chagement par soi-même. Une prise en main de son propre destin revient à une prise en compte du destin de tous. C'est la solution la plus radicale (terme qu'il souligne lui-même) pour sortir du piège de l'attentisme et de celui de s'en remettre éternellement aux gouvernants, partis et autres formes et lieux d'expression des projets de sociétes.
...tant de sagesse en ce début d'année !
Trois principes que l'on pourrait résumer en trois syllabes : HAR - MO - NIE.
Merci Jacques Attali !
telle est la nature humaine: idéaliste et paresseuse, lucide et résignée...
Tout est dit et quelle belle illustration que le débat sur les Gaz à effet de serre ou sur l'incroyable sérénité des français face à la menace de pandémie heureusement jusqu'à présent non réalisée...
Quant à ne rien attendre des autres il faut bien tout de même accepter notre dépendance aux autres depuis qu'Homo sapiens a choisi de vivre grégaire!
Ouf! l'espace d'un instant, j'ai craint que Jâcques ne propose l'euthanasie des + de 65 ans....