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France-Allemagne, une élection peut en cacher une autre

Daniel Vernet, mis à jour le 24.09.2017 à 11 h 04

Tout les regards sont tournés vers Berlin, mais la France, elle aussi, vote.

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors d'un point presse à l'Elysée, le 13 juillet 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors d'un point presse à l'Elysée, le 13 juillet 2017. Patrick KOVARIK / AFP

On vote ce dimanche. Ce n’est pas un scoop. Depuis des semaines déjà, la France s’intéresse à ce qui se passe chez ses voisins allemands qui renouvellent le Bundestag, la première chambre de leur Parlement. On vote aussi en France ce dimanche, mais l’intérêt semble bien moindre pour cette élection nationale que pour les législatives d’outre-Rhin. Il est vrai que ce sont des élections sénatoriales qui ne mobilisent que des grands électeurs. Le peuple, comme dirait Jean-Luc Mélenchon, n’est pas appelé aux urnes. Il s’agit de renouveler la moitié des 348 sénateurs dont beaucoup, dans la classe politique, demandent la suppression pure et simple. 

L’intérêt, qui n’est pas seulement médiatique, pour le scrutin allemand est justifié. Le désintérêt pour nos sénatoriales est une erreur. Les Français ont de bonnes raisons de suivre la vie politique d’un pays qui est notre plus important partenaire en Europe. L’Allemagne est la première économie de l’Union européenne. Notre premier fournisseur et notre premier client. Au moins depuis la crise financière de 2008, elle dicte le ton de la politique économique. Et même si certains gouvernements prennent des libertés avec les règles acceptées par tous sous la pression de Berlin, la chancelière Merkel et son austère ministre des Finances Wolfgang Schäuble veillent au respect de l’orthodoxie financière.

Ceux qui veulent modifier les règles doivent d’abord s’y soumettre avant de songer à négocier avec le gouvernement allemand. C’est ce qu’Emmanuel Macron a parfaitement compris. Immunisés par l’histoire du XXème siècle, par les tentations hégémoniques, les dirigeants allemands se gardent bien de reprendre la formule du poète à l’orée de l’unité de 1871: «Am Deutschen Wesen muss die Welt genesen» («C’est par l’être allemand que le monde sera sauvé»). Ils n’en sont pas moins convaincus que leurs partenaires se trouveraient mieux à suivre la politique de rigueur financière qu’ils ont eux-mêmes mise en œuvre depuis une dizaine d’années et qui se traduit par des excédents budgétaires conséquents. C’est pourquoi il est normal de guetter un éventuel changement dans les rapports de forces politiques en Allemagne. Quoique rien ne dit qu’un gouvernement dirigé par un social-démocrate à la place de l’actuelle chancelière chrétienne-démocrate changerait fondamentalement de politique économique. Il y a, à ce sujet, bien des illusions chez quelques membres de l’Union européenne, à commencer par la France.

La femme la plus puissante du monde

De toute manière, la question ne semble pas être d’actualité pour le scrutin de ce dimanche. Sauf énorme surprise, Angela Merkel devrait l’emporter pour un quatrième mandat. C’est aussi cette longévité qui fascine. Alors que la règle dans les démocraties modernes semble être l’alternance à chaque élection, quand ce n’est pas simplement le «dégagisme», elle est en train de réussir l’exploit de recevoir pour la quatrième fois consécutive la confiance de ses concitoyens. Dans les grands pays européens, c’est exceptionnel. Seul Felipe Gonzalez, en Espagne, a été quatre fois président du gouvernement. Margaret Thatcher et Tony Blair, en Grande-Bretagne, se sont arrêtés à trois. Tout se passe comme si Angela Merkel était en passe d’égaler le record d’années passées au pouvoir détenu par Helmut Kohl et… Bismarck.

Comment cette docteure en chimie, que l’on dit dépourvue de charisme, qui a grandi dans un régime communiste, que rien ne prédisposait à faire de la politique au plus haut niveau, est-elle parvenue à diriger le premier État en Europe, et à être souvent qualifiée de «femme la plus puissante du monde»? Ses biographes se cassent la tête sur cette énigme et le mystère ajoute à l’intérêt qu’elle suscite au-delà des frontières allemandes.

Ce n’est pas faire injure au candidat-sénateur —disons au hasard: de la Creuse—, de constater qu’il suscite moins de passion que la chancelière allemande. Il n’aura droit qu’à une petite place dans les médias même si avec ses 171 collègues qui rejoindront dimanche le palais du Luxembourg à Paris, il sera appelé à jouer un rôle faussement modeste dans le processus législatif. Le Sénat représente les «territoires». Par son mode de désignation —un collège de grands électeurs—, il est le reflet de la France rurale, mais il fait les lois au même titre que l’Assemblée nationale élue au suffrage universel direct, même si celle-ci a le dernier mot en cas de désaccord.

Les sénateurs ont un poids particulier quand il s’agit de réformer la Constitution par voie parlementaire, puisqu’une majorité des 3/5ème est nécessaire au Congrès. Emmanuel Macron le sait, lui qui souhaiterait la création d’un groupe La République en marche au Sénat pour donner plus de chances à la révision constitutionnelle qu’il a proposée.

Dimanche soir, le président de la République surveillera ainsi les deux scrutins: en Allemagne, il pourra espérer qu’Angela Merkel soit en mesure de créer une coalition bienveillante par rapport aux idées françaises de relance de l’Europe ; à Paris, il comptera les sénateurs qui pourraient venir à l’appui de sa majorité pléthorique à l’Assemblée.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (430 articles)
Journaliste
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