MondeCulture

Le Québec autorise officiellement ses habitants à dire «cocktail», «legging» et «baby-boom»

Repéré par Claire Levenson, mis à jour le 23.09.2017 à 12 h 03

Repéré sur CBC, Le Devoir

L'Office québécois de la langue française a fini par reconnaître qu'encourager à dire «coquetel» et «bébé-boom» ne servait pas à grand chose.

A Montréal, un panneau «arrêt» au lieu de «stop» | JASON PIER IN DC via Flickr CC License by

A Montréal, un panneau «arrêt» au lieu de «stop» | JASON PIER IN DC via Flickr CC License by

Après plus de cinquante ans de défense acharnée du français contre les anglicismes, l'Office québécois de la langue française (OQLF) a opéré un virage radical: les Québécois pourront désormais dire «leader», «cocktail», «legging» et «baby-boom» sans contrevenir aux recommandations officielles. Jusqu'à peu, la politique de l'OQLF était de défendre l'utilisation de termes alternatifs comme «chef», «coquetel», «collant sans pieds» et «bébé-boom».

Mais l'organisme de défense du français s'est rendu compte qu'il fallait être un peu réaliste. Les Québécois avaient-ils vraiment envie de dire «coup d'écrasement» pour décrire un smash au tennis? 

Interviewée par Le Devoir, la directrice générale des services linguistiques de l’OQLF, Danielle Turcotte, reconnaît que les idées de remplacement n'étaient pas toujours très populaires:

«Encore faut-il que les propositions de l’Office soient reprises. Quand nos propositions sont trop tranchées, il arrive que les gens trouvent que nous n’avons pas de bon sens.»

Elle explique qu'en 2007, lorsque la dernière politique officielle des emprunts avait été mise en place, tous les anglicismes étaient rejetés: 

«Le terme “leader” était donc condamné en bloc. Au fil du temps, on a observé que des prises de position aussi marquées desservaient somme toute nos efforts de francisation.»

Certains linguistes regrettent ces nouvelles pratiques, comme Nadine Vincent, qui explique que «le rôle de l’Office, ce n’est pas de décrire l’usage, mais de l’orienter».

Selon les nouvelles règles, le mot «grilled-cheese» pourra aussi être utilisé au lieu de «sandwich au fromage fondant». Cela pourrait paraître un détail, mais c'est une victoire pour plusieurs restaurants qui ont des sandwichs «grilled-cheese» sur leur menu, comme Le Cheese Truck et La Mama Grilled Cheese. Tous deux avaient fait l'objet de plaintes venant de l'OQLF, qui est chargé de faire respecter la loi selon laquelle les commerces doivent avoir un affichage entièrement compréhensible par des francophones. 

Ces cas sont presque toujours résolus à l'amiable, mais il arrive qu'une entreprise doive payer une amende pour affichage non bilingue. Le patron du Cheese Truck avait trouvé une autre solution pour contourner la loi: il avait fait de son nom une marque déposée, donc inattaquable par la police linguistique. «Je suis en faveur de la préservation de la langue et de la culture française –c'est une super initiative–, mais je ne crois pas qu'utiliser le mot "grilled cheese" va détruire ce patrimoine», avait-il expliqué.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte