Culture

Tracks, 20 ans de contre-culture subliminale

Adrien Yves, mis à jour le 22.09.2017 à 17 h 09

Septembre 1997 - septembre 2017. Depuis deux décennies, l’émission d’Arte emmène Français et Allemands dans les recoins les plus sombres de la culture mondiale.

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Il existe sans doute au fond des mémoires de chacun un kaléidoscope de fantasmes d’enfance qui luisent en arrière-plan, des photographies tapissant le mur du fond de nos imaginaires et qui sont comme des énigmes à résoudre. Des images persistantes et subliminales qui nous hantent et sur lesquelles nous prenons inconsciemment modèle.

Ces images, nombreux les ont découvertes grâce à Tracks, l’hebdo culturel d’Arte. Des plus mainstream - David Lynch, Depeche Mode, ou Eminem - aux plus underground - le mangaka spécialisé dans les pénis Jiro Ishikawa. Tracks ne cesse, depuis 20 ans, 800 émissions et 5000 reportages de visibiliser les marges, les luttes, les phénomènes sociaux par le prisme de pratiques culturelles, ouvrant des perspectives dans un espace envahi par le moralisme et le conformisme. Trois exemples de ce que Tracks nous a appris, mais que le reste de la télé ne nous aurait peut-être jamais raconté.

Nous sommes en 2000, le nouveau siècle offre la vision d’un monde nouveau et DEVO surgit sur l’écran cathodique.

DEVO, c’est un groupe culte aux Etats-Unis, créé dans les années 1970 sur les cendres de l’utopie libertaire de la fin des années 1960: entre humour Dada et provocation post-moderne, ils moquaient le consumérisme et rejetaient les traditions pour mieux refléter la modernité. Dans un monde de la télévision qui fascine par la puissance de sa capacité de transmission, Tracks fait miroiter la possibilité d’un ailleurs où la liberté embrasse l’anticonformisme absolu, en réinventant les sons, la voix off et la mise en scène de l’interview.

2005. Tracks nous fait découvrir Richard Kern dans un sujet signé Dominique Rebellini.

Richard Kern, ou la liberté fantasmée. Comme souvent, avec ce type de sujet, Tracks nous pousse à emprunter des chemins de traverse et nous ouvre à de nouveaux horizons culturels. Découvrir Kern, c’est, plus tard, peut-être écouter Sonic Youth, lire David Wojnarowicz et se plonger dans Cinema of Transgression, ce mouvement qui proposait dans son manifeste, «de faire exploser toutes les écoles de cinéma et de ne plus jamais refaire de films ennuyeux».

Autre spécificité du mag franco-allemand: la célébration du désordre, des marges, des laissés-pour-compte. Tracks met en lumière des brèches confinées, comme avec ce sujet sur Sophie Peyrard qui, en 2008, sublimait la scène musicale de Southend-on Sea, une station balnéaire de l’Essex.

Dans une époque pétrifiée par l’anxiété de savoir si l’art peut se renouveler, la télévision montrait une jeunesse qui célébrait leur jeunesse, leurs lunettes noires et leurs nuits blanches sur fond de musique névrotique.

«Plus un organe de presse ou un moyen d’expression quelconque veut atteindre un public étendu, plus il doit perdre ses aspérités […], plus il doit s’attacher à ne choquer personne», écrivait Bourdieu dans son essai Sur la télévision. Depuis 20 ans, Tracks n'en a cure.

Adrien Yves
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