Science & santé

Mais à quoi peuvent bien rêver les chats?

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 22.09.2017 à 11 h 19

[BLOG] Tout chat est une machine à rêves. Pour s'en convaincre, il suffit de le contempler quand il s'abandonne au plus doux des sommeils.

female cat loves books | - via Flickr CC License by

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Mon chat dort environ 23 heures par jour.

Il dort la journée quand soi-disant il doit récupérer de sa nuit où selon ses dires, tiraillé par les soucis et en chasse de souris, il n'aura pas fermé l’œil. Mensonge éhonté puisque lorsque je me lève pour pisser au milieu de la nuit, invariablement, je le découvre à chaque fois soit vautré comme un ivrogne sur le canapé, soit en boule dans son carton préféré, soit affalé de tout son long devant l'armoire à provisions.

Bref, mon chat est aussi noctambule que moi. Il dort comme ce n'est pas permis, il dort comme un homme privé de sommeil depuis des mois, il dort tellement que parfois, même éveillé, il continue de dormir avec sa mine chafouine, ses moustaches tombantes et son regard ahuri qui me fixe mais ne me voit pas, comme s'il était plongé dans des réflexions philosophiques d'une profondeur telle qu'elles l'empêcheraient de partager avec moi le fruit de ses savantes réflexions.

Mais si mon chat est dormeur, il est aussi rêveur.

Tout chat est une machine à rêves à lui tout seul. Il suffit de le contempler quand il s'abandonne au plus doux des sommeils; arrive toujours un moment où son corps semble être traversé de secousses électriques: voilà que ses moustaches frétillent, ses pattes s'agitent, sa queue se hérisse, sa gueule se fronce, il ne s'appartient plus, il est comme possédé et si par mégarde, vous le réveillez à cet instant précis, il vous regarde comme s'il revenait du royaume des morts. Les yeux globuleux, la mine stupéfaite, la langue effarée, il ne sait plus qui il est, comment il s'appelle, sous quelle latitude il vit, quelle est la marque de ses croquettes favorites. C'est dire la profondeur où ses rêves l'avaient emmené.

Évidemment, j'ignore totalement la nature de ses rêves.

On peut supposer qu'il rêve de chasses endiablées, de safaris organisés dans des cales de bateaux saturées de souris grosses comme des lapins, de courses-poursuites effrénées avec des oiseaux qu'il finit toujours par attraper, de batailles acharnées avec d'autres félins où, fort de sa vaillance et de sa malice, il triomphe avant d'être consacré par ses comparses comme le plus grand des chats ayant jamais foulé la surface de la terre.

Rêves de puissance, rêves de grandeur, rêves de conquête.

Ou bien alors, ayant eu l'infortune d'être castré avant même d'avoir connu les joies de l'amour sauvage, rêve-t-il à toutes ces minettes qu'il ne possédera jamais, à des danses amoureuses qui jamais ne finissent, à des roucoulades feutrées qui sont autant de glissements progressifs vers le plaisir, à des accouplements féroces où sans vergogne il secoue sa compagne comme s'il s'agissait de son griffoir?

Rêve-t-il à ses parents qu'il aura à peine eu le temps de connaître? A tous ces autres maîtres qu'il aurait pu avoir si je ne l'avais pas adopté? A toutes ces autres vies qu'il aurait pu mener? À toutes ces destinées où il se voit tantôt chat de gouttière dansant des claquettes sur les toits de Paris, tantôt chat de starlette, câliné par le Tout-Hollywood, chat de Scarlett Johansson qui le trimbale de tournage en tournage, d’avant-première en avant-première, avant de poser en une de Paris Match où il se prélasse, royal, entre les seins de sa divine maîtresse? Ce qui expliquerait son effroi à son réveil quand à la place de la chevelure cendrée de Scarlett, il découvre mon crâne dégarni, ma poitrine tout sauf opulente et mon maigre train de vie.

Rêve-t-il qu'il rêve? Rêve-t-il de moi? Rêve-t-il d'être moi et moi, lui, dans des séquences où il me prive de croquettes pendant des jours, cache mes friandises, me réveille toutes les trente secondes pour vérifier si je dors vraiment, me tient par les jambes afin de voir si je suis capable de faire le poirier, me rend la vie si infernale que je finis par le supplier de me transformer en une souris chevelue et pleine de grâce?

Rêve-t-il d'un retour en cette terre d'Égypte où ses ancêtres étaient considérés comme sacrés et devant qui on se prosternait?

Parle-t-il à Dieu dans ses rêves? Dieu lui parle-t-il, lui donne-t-il des conseils pour veiller sur moi, l'assure-t-il que lui et moi sommes si attachés l'un à l'autre que même l'éternité ne parviendra pas à nous séparer?

À moins qu'il ne rêve d'une vie où il passerait son temps exclusivement à dormir et à rêver.

À rêver encore.

À rêver toujours.

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Laurent Sagalovitsch
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