France

La France a-t-elle un problème de Collomb?

Titiou Lecoq, mis à jour le 22.09.2017 à 14 h 06

Spoiler: oui.

La tanche, le 20 septembre 2017 I Thomas Samson / AFP

La tanche, le 20 septembre 2017 I Thomas Samson / AFP

Excusez-moi mais il est temps de poser franchement la question. Pour rappel, ce monsieur est notre ministre de l’Intérieur et, en quelques mois, il s’est déjà distingué à plusieurs reprises.

Récemment, sur RTL, il parlait de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et expliquait sa crainte que des gens au même endroit se retrouvent cousins sans le savoir. Le journal Marianne a très vite réagi en rappelant que ce n’était pas possible puisque la loi prévoit déjà un nombre limité de recours aux mêmes gamètes. Mais surtout, cela révèle une méconnaissance crasse du sujet puisque la PMA existe déjà.

Bon, après tout, il est ministre de l’Intérieur, on ne lui demande pas de savoir quelles lois sont déjà en vigueur (quoique…) mais alors pourquoi il nous parle de ça? Pourquoi ce ton à la fois préoccupé et péremptoire? Peut-être parce que le vrai souci de Gérard Collomb, et d’un certain nombre d’autres, ce n’est pas la PMA.

On ne les a pas vu défiler contre la PMA quand elle a été autorisée. Leur problème, c’est l’ouverture de la PMA aux lesbiennes. Gérard Collomb avait déjà eu des réponses pour le moins floues quand il était interrogé sur le mariage pour tous. Il ne savait pas s’il voterait la loi, et l’argument de poids: ses amis homosexuels n’avaient pas envie de se marier. Mais bien sûr, il n’est pas du tout homophobe. Alors on va juste dire qu’on a un problème. Voire qu’il est le problème.

Le kyste calaisien

Gégé-la-Tanche, épisodes précédents. En juin dernier, il se rend à Calais. Vous vous rappelez peut-être les photos de gamins de 2 ans qui dormaient par terre…  C’est le moment où Jacques Toubon, qui n’est pas exactement un dangereux gauchiste, dénonçait le traitement inhumain des migrants. Mais la préoccupation première de Gérard Collomb ce n’est pas que des gens aient faim et soif, non, c’est qu’ils ne s’installent pas ici (tu penses, dans un tel paradis).

Il explique qu’ouvrir un centre, ou même simplement organiser des distributions de nourriture, provoquerait un «appel d’air» et que les migrants allaient «s’enkyster». Comme une poche de pus en somme.

Et pour que ça ne s’enkyste pas tout ça, Collomb se livre à un bras de fer avec les associations qui essaient de donner à manger aux centaines de migrants qui errent sur place. Un abcès, ça se draine en privant d’eau et de nourriture. Des associations, dont le Secours populaire, saisissent le juge des référés. Le tribunal administratif de Lille leur donne raison et ordonne à l’État d’installer des points d’accès à de l’eau potable, un endroit pour qu’ils puissent se laver et laver leurs vêtements et des navettes pour pouvoir rejoindre des centres d’accueil.

Et vous croyez que Gérard Collomb, il a fait quoi? Accepté la décision du tribunal qui l’obligeait à donner de l’eau potable à des familles à la rue? Pas du tout. En tant que ministre de l’Intérieur (avec la commune bien sûr), il a fait appel. Il ne voulait vraiment pas la donner cette flotte. Du coup, l’affaire est allée devant le Conseil d’État. Conseil d’État qui a déclaré que le droit à ne pas subir de traitements inhumains et dégradants constituait une liberté fondamentale «qui ne saurait dépendre des choix politiques».

Et là, Gérard Collomb a fait quelque chose qu’il fait très bien: il a pédalé à l’envers. Il a annoncé l’ouverture de deux nouveaux centres (un Formule 1 réquisitionné et une abbaye avec 40 places) et l’application des mesures d’urgence et il a vaguement tenté de nous faire croire que c’était son initiative. Outre l’aspect humainement répugnant de cette affaire, c’est faire montre d’une pauvreté intellectuelle grave que de penser que des gens qui ont dû quitter leur pays, leur maison, qui ont risqué leur vie, vont s’enkyster parce qu’ils vont avoir accès à de l’eau gratos. Ils ne viennent pas là pour avoir de l’eau gratos, ils viennent parce que c’est le point le plus proche pour passer en Angleterre. Le «kyste» ne se forme pas à cause de l’eau potable mais à cause de la Manche.  

Collomb la gaffe

Ok, bon, mais il est dans son rôle de ministre de l’Intérieur. Ah oui? Vous n’aviez pas suivi Gérard-le-problème épisode 2? En mai dernier, il y a eu l’attentat à Manchester. La ministre britannique de l’Intérieur avait déclaré que la police ne voulait pas que des informations fuitent parce que cela pourrait compromettre l’enquête en cours. (Elle visait surtout les médias.) Et bah Gérard Collomb a balancé sur BFM que le terroriste était sans doute passé par la Syrie et qu’il avait des liens avérés avec l’État islamique. Et de préciser qu’il tenait ces informations des services britanniques. D’après The Guardian, cette gaffe a désespéré ces derniers.

Bon, vous allez me dire que c’est normal, il n’a pas encore l’expérience. Heu… Attendez, il a 70 ans et il a adhéré au PS à la fin des années 1960, soit il y a cinquante ans… Et il occupe son premier mandat en 1977, il y a juste quarante ans.


(Ça, c'était avant.) 

En 2013, il était dans le top 10 des plus gros cumulards de France avec pas moins de trois mandats et six fonctions. Attention, on prend son souffle: maire de Lyon, sénateur du Rhône, président du Grand Lyon, président du conseil de surveillance des HCL, président du syndicat mixte d’études et de programmation du SCoT (schéma de cohérence territoriale) de l’agglomération lyonnaise, président de Lyon Confluence, de la SEM (société d’économie mixte) Patrimoniale du Grand Lyon, Président du Pôle métropolitain du G4 - Lyon, Saint-Étienne, Vienne, CAPI et enfin secrétaire général de la fondation Jean-Jaurès.

Rhoo… Ces petits nouveaux qu’il faut former…

Et estimez-vous encore heureux que Gérard Collomb ne soit pas ministre du Travail parce qu’en 2014, il souhaitait déjà une réforme du marché du travail avec une idée… inattendue dirons-nous: il préconisait pour les CDI que la période d’essai soit portée à deux ou trois ans «pour que l'entrepreneur évalue le salarié et l'évolution de l'activité». Gosh… Pourtant, parfois, quatre mois suffisent à se rendre compte qu’on a un problème. Un gros problème.

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